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Paul Bérenger renoue avec l?histoire

13 août 2006, 00:00

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La frontière est infime. Vendredi, Paul Bérenger haranguait la foule sur un caisson de camion à Chemin-Grenier, réclamant des élections générales anticipées. Hier, beaucoup plus calme, au théâtre de Port-Louis, dans un costume d?historien, il retraçait les principaux jalons de la période allant de 1722 à 1968.

À l?issue de sa présentation, assez sommaire ? de 45 minutes ? un jeune dans la salle lui lance : « M. Bérenger, que pensez-vous de l?avenir du pays ? » La répartie du politicien fuse : « Je vous invite au prochain meeting du MMM ! ».

Mais plus sérieusement, davantage que les fruits des recherches, Paul Bérenger a surtout livré les fruits de sa réflexion ? longue de quarante années, selon Steve Obeegadoo, qui a, lui, donné une « conférence sur la passion de Bérenger pour l?histoire » en guise d?avant-propos.

Ce qui amène le Dr Catherine Bourdet, politologue-chercheur à l?université de la Réunion, à penser que Paul Bérenger a plutôt réalisé « un travail de reconstruction de la mémoire collective que celui d?un historien ».

Le thème de la conférence vient confirmer cette démarche : « Un peuple qui ne connaît pas son histoire est comme un navire sans gouvernail. » Paul Bérenger a ainsi donné un sens à son récit. Sa thèse : nous venons tous d?ailleurs, mais nous sommes unis par une histoire « unique et douloureuse ». Ce qui est non sans rappeler le fameux slogan « linité dan la diversité ».

<B>On peut questionner ses choix</B>

Mais comme aucune histoire n?est vraiment neutre, on ne peut reprocher à Paul Bérenger son parti-pris. Mais on peut quand même questionner ses choix. Ainsi, pourquoi commence-t-il son récit en 1722, occultant ainsi la période hollandaise.

« Il faut encore fouiller cette période. On ne peut pas dire avec certitude si les Hollandais en désertant l?île ont laissé des traces de vie humaine. Les versions divergent [?] j?y reviendrai? »

Ce qui est bien avec Paul Bérenger dans ce rôle, contrairement peut-être en politique, c?est qu?il réagit bien aux contestations, d?ailleurs il les invite. « Se ki pa dakor kapave konteste, kapav konplete osi. » Et de temps en temps, quand il n?est pas sûr d?une date, il cherche de l??il dans la salle Jocelyn Chan Low, « l?un des plus brillants historiens de sa génération ». D?ailleurs, ce dernier a suggéré, sous le regard approbateur de Bérenger, qu?il faut encore fouiller la période 1911-1934 de notre histoire, eu égard, entre autres, à l?impact économique de la Première guerre mondiale sur notre société et à l?échec du mouvement rétrocessionniste.

Le leader du MMM a reconnu plus d?une fois que son regard est davantage politique ? même si paradoxalement il entend rester « neutre » ? qu?économique, ou socio-économique. Il a ainsi proposé « aux historiens » des pistes de recherche pour « compléter » le tableau encore flou qu?il dresse de cette période, « où l?histoire semble être effrayée d?elle-même ». En revan-che, il s?est montré très volubile quand il a évoqué Maurice Curé, « un géant aux pieds d?argile », en raison des « zigzags politiques de ce grand tribun », ou encore la bataille de Vieux-Grand-Port, manifestement ses histoires préférées, qu?il raconte avec la fougue d?un adolescent?

Paul Bérenger donnera sept autres conférences, à raison d?une par mois, dans diverses régions de l?île. Entre autres thèmes : « Maurice et ses pays de peuplement », « 1936 à 1968- la naissance de l?île Mau-rice moderne », « La conférence de Lancaster House de 1965, l?indépendance et l?affaire des Chagos », « 1968-1982 : Quatorze années décisives après l?indépendance ». La période post-1982 ne sera pas abordée. Les braises sont-elles encore brûlantes ?

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