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Sithanen pris en sandwich

10 août 2006, 20:00

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La situation actuelle est paradoxale. Plus le ministre des Finances s?applique à sauver l?économie, moins il est soutenu par la population et ses propres amis politiques. Quant à ses adversaires déclarés, ils ne se privent pas de le critiquer même si tous ont rêvé de mettre en ?uvre les réformes qu?il préconise mais ont manqué de courage.

Cette semaine, face à la radicalisation des syndicats, le gouvernement a été obligé de lâcher du lest. Il a annulé la mesure annoncée lors du budget concernant la suppression de la distribution gratuite de pain aux écoliers. Si les syndicats continuent à mobiliser les mécontents avec des modes d'action encore plus spectaculaires que la marche du Pain de samedi dernier, on peut craindre que le gouvernement reculera sur d?autres mesures plus fondamentales.

Il faut admettre que ce sont les travailleurs et les ménages qui ont subi le plus durement les retombées immédiates du budget. Les classes moyennes, elles, résistent surtout au nouveau régime de l?impôt sur les revenus et à la nouvelle taxe d?habitation. Mais, avec une bonne stratégie de communication, il est possible de faire comprendre au plus grand nombre que les réformes de Sithanen constituent un passage incontournable. L?absence des dirigeants du pays sur le terrain politique crée un désarroi populaire qui profite aux syndicalistes.

Ces ?communicateurs? qui avaient imaginé tant de slogans efficaces pour porter le PTr au pouvoir sont subitement devenus inopérants. Pourtant, c?est maintenant que ce parti a besoin d?eux pour obtenir l?adhésion de la population à la réorientation économique qui s?opère. Le citoyen s?impliquera forcément dans la dynamique de redressement s?il est convaincu qu?il n?y a pas d?alternatives. Des slogans qui appellent au sacrifice et à la discipline en période de redressement, cela doit bien exister.

Pour le pays, le défi à relever, c?est de convaincre les bailleurs de fonds étrangers que la la restructuration de l?économie est en marche. Ils ne mettront pas à notre disposition les énormes sommes requises pour poursuivre notre développement si, au préalable, le gouvernement n?a pas procédé à la remise en ordre des finances publiques. A quelques semaines de l?assemblée générale de la Banque mondiale qui se tient à Singapour, ce serait suicidaire d?abandonner la rigueur financière instaurée par le dernier budget.

Il est bien entendu que la suppression des dispendieuses aides non ciblées et l?introduction de nouvelles taxes ont induit un choc social. Pour en atténuer l?effet, les membres du parti au pouvoir devraient utiliser une bonne dose de pédagogie plutôt que de rechercher un bouc émissaire. Pourtant, certains élus rouges sont en train de se désolidariser du ministre des Finances. Ils n?hésitent pas à avouer qu?ils préfèrent laisser griller le fusible Sithanen que de se rendre impopulaires. Ce qui protège le ministre des Finances de la surtension du moment, c?est la bénédiction de son leader. Jusqu?ici, le Premier ministre tient bon et, manifestement, il estime que la situation se retournera à son avantage bien avant la prochaine échéance électorale. En fait, les concepteurs de la restructuration de l?économie ont prévu que celle-ci portera ses fruits dans trois ans.

Il y a quelque temps, Ali Mansoor disait que Maurice pourrait demeurer un ?struggling middle income country like Brazil? ou devenir un ?dynamic high income economy like Singapore?. Il a indiqué la voie vers la deuxième option. C?est à celui qui tient le volant de faire le reste.

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