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Rue Desforges : les commerçants filent un mauvais coton
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Rue Desforges : les commerçants filent un mauvais coton
Abdullah Ghanty jette un regard nostalgique sur la rue Desforges. Ce sexagénaire, propriétaire du commerce Ghanty Fils, spécialisé dans la vente de tissus depuis plus de trente ans, se rappelle le temps où les affaires marchaient. Ce temps, à l?entendre, est révolu. Surtout depuis que le Landlord and Tenant Act de 1960 a été amendé par le Parlement l?année dernière. L?amendement portait sur la libéralisation des prix du loyer qui étaient restés inchangés depuis 1960.
Une décision qui, laissent entendre les commerçants de cette rue, pèse sur leur tête comme une épée de Damoclès. 80 % des commerces concernés, affirment-ils, pourraient mettre la clef sous la porte dans un avenir proche. « Cette loi, qui était en faveur des locataires, a été changée pour cette fois favoriser les propriétaires des bâtiments. Depuis, les locataires de commerces anciens se sont vu réclamer des loyers exorbitants », explique Abdullah Ghanty.
Celui-ci, aidé d?autres commerçants dans la même situation, a mis sur pied une association ? la Tenant traders and provisional ? pour protester contre la hausse des prix du loyer. Une initiative saluée par nombre de commerçants louant un emplacement qui n?ont pas tardé à rejoindre le mouvement. L?association représente aujourd?hui quelque 400 commerces.
À la suite de l?amendement du Landlord and Tenant Act de 1960, ces locataires se sont vu réclamer des loyers à la hausse après la visite d?un « évaluateur » dont la responsabilité était d?estimer la valeur des locaux occupés pour certains depuis plus d?un demi-siècle. C?est à travers une lettre, que leur ont fait parvenir leurs propriétaires, que les commerçants de la rue Desforges ont été informés du nouveau tarif en vigueur. Certains d?entre eux, à l?instar d?Abdullah Ghanty, ont ainsi vu leur loyer mensuel passer de Rs 1 735 à Rs 14 070.
« Contraints de fermer boutique »
« Il est évident que la majorité des commerçants de la rue ne pourront s?acquitter de ce loyer et seront contraints de fermer boutique », explique un autre commerçant. Le propriétaire d?un restaurant très connu s?est même vu réclamer un loyer de Rs 84 000 par mois, alors qu?il payait, jusqu?à l?année dernière, Rs 12 500. Une hausse qui n?est pas sans causer un profond mécontentement chez les commerçants, locataires de bâtiments anciens à travers l?île.
Les membres de l?association des commerçants ont ainsi choisi de ne pas se conformer aux nouveaux tarifs en signe de protestation, au grand dam des propriétaires. La réaction de ces derniers ne s?est pas fait attendre. Ils ont saisi le Fair Rent Tribunal, chargé de régler les litiges entre locataires et propriétaires, et comptent bien récupérer leur dû. En attendant un éventuel dégel de la situation, c?est un patrimoine vivant de la capitale qui risque de disparaître?
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