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L’art de ne choisir personne

26 septembre 2026, 15:00

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⚫ Entre Washington, DC, Londres, Pékin et New Delhi, la géopolitique entre dans l’ère des alliances à géométrie variable

Andy Burnham n’a pas attendu New York pour reprendre le fil. Lundi après-midi, le nouveau Premier ministre britannique a pris l’initiative d’appeler Navin Ramgoolam. Le geste n’est pas anodin. Alors que Londres doit à la fois rassurer Washington, DC, contenir les conséquences diplomatiques du dossier des Chagos et préserver une relation avec Maurice qu’elle souhaite manifestement maintenir, Burnham a choisi de remettre Port-Louis au centre du jeu.

Le communiqué, surtout dans les non-dits, est révélateur : Londres veut travailler avec Maurice et les États-Unis pour trouver une solution qui garantisse le fonctionnement de Diego Garcia et protège la sécurité britannique. Autrement dit, le problème n’est plus seulement de savoir à qui appartiennent les Chagos. Il est désormais de savoir dans quelles conditions l’Amérique pourra continuer à utiliser Diego Garcia.

C’est là que l’Iran entre dans l’équation. Lorsque Washington, DC, a voulu utiliser des bases britanniques au début de la guerre contre l’Iran, le gouvernement de Keir Starmer s’est d’abord opposé à l’utilisation offensive de Diego Garcia, avant d’autoriser certaines opérations défensives. Donald Trump avait alors vivement critiqué Londres. Pour plusieurs analystes qui travaillent dans les alentours du Capitole, cette querelle sur l’usage des bases britanniques a contribué au refroidissement américain à l’égard de l’accord sur les Chagos.

Le message américain semble donc moins porter sur le principe abstrait de la souveraineté que sur la liberté opérationnelle de Diego Garcia. Le traité de 2025 prévoyait précisément que Londres conserve l’accès à la base pendant 99 ans. Mais pour Washington, DC, la question est de savoir si cette garantie sera suffisamment robuste lorsque la prochaine crise militaire éclatera.

C’est probablement la question que Burnham devra clarifier avec Trump. Leur première rencontre intervient dans un contexte où le Premier ministre britannique cherche à préserver la «relation spéciale» avec Washington tout en affirmant les intérêts propres du Royaume-Uni. Et voilà pourquoi Burnham avait intérêt à parler à Ramgoolam avant même de parler à Trump. Il ne peut pas simplement demander à Maurice d’attendre. Il doit maintenir vivant un accord déjà signé, alors que sa ratification est bloquée. Il doit surtout éviter qu’un dossier juridiquement et historiquement lié à la décolonisation ne devienne une simple monnaie d’échange de la relation américano-britannique.

Comme si Washington ne suffisait pas, Malé, davantage sous influence chinoise que russe, vient d’ouvrir un troisième front. Le président Mohamed Muizzu demande à Burnham de rouvrir les discussions sur la souveraineté des Chagos, affirmant que les Maldives auraient dû être consultées avant l’accord avec Maurice et invoquant la proximité géographique et des liens historiques. Londres, pour l’heure, maintient que la question de souveraineté ne concerne que le Royaume-Uni et Maurice.

La manœuvre maldivienne complique donc davantage la tâche de Burnham. Elle lui offre peut-être une porte de sortie diplomatique, mais au prix d’une nouvelle négociation dont Maurice ne voudra évidemment pas être exclu.

C’est précisément pourquoi Jonathan Powell pourrait devenir important. En tant que conseiller à la sécurité nationale, il se trouve à l’intersection du politique, du diplomatique et du militaire. Si Ramgoolam le rencontre à Londres, la discussion pourrait dépasser le simple dossier de souveraineté : elle portera sur la manière de rendre le deal acceptable à Washington sans le vider de sa substance pour Maurice.

Burnham veut conclure ce deal douloureux». Mais il découvre une réalité moins confortable : Maurice négocie avec Londres ; Londres négocie avec Washington ; et Malé tente désormais de s’inviter à la table. Au milieu de tout cela se trouve une piste d’atterrissage longue de quelques kilomètres, mais dont la valeur stratégique dépasse largement la superficie des Chagos.

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L’Inde sort-elle renforcée du sommet des BRICS ? Si le sommet n’a pas transformé l’Inde en nouvelle puissance dominante, il a toutefois confirmé quelque chose de plus subtil : sa capacité croissante à parler avec tout le monde sans appartenir pleinement à personne. Narendra Modi a reçu Xi Jinping, Vladimir Poutine et les dirigeants d’un BRICS élargi représentant près de la moitié de la population mondiale. The Times of India y voit une démonstration de la strategic autonomy indienne. Le signal le plus intéressant est peut-être venu de la relation avec Pékin. Ils sont plusieurs à relever le réchauffement entre Modi et Xi, après des années de tensions frontalières, tout en soulignant les profondes divisions qui traversent encore les BRICS. Chatham House arrive à une conclusion voisine : l’Inde cherche un monde non occidental, mais pas anti-occidental, en refusant notamment de transformer les BRICS en machine de confrontation avec Washington, DC. C’est probablement là que réside le gain diplomatique de New Delhi : moins dans les BRICS eux-mêmes que dans la capacité de l’Inde à devenir indispensable à plusieurs camps simultanément.


Le ménage à trois se complique

Andy Burnham n’a pas attendu Donald Trump pour reprendre le fil. Lundi après-midi, le nouveau Premier ministre britannique avait pris l’initiative d’appeler Navin Ramgoolam. Le geste n’était pas anodin. Alors que Londres cherchait à la fois à rassurer Washington, DC, à contenir les conséquences diplomatiques du dossier des Chagos et à préserver une relation avec Maurice qu’elle souhaitait manifestement maintenir, Burnham avait choisi de remettre Port-Louis au centre du jeu. Mais, 24 heures plus tard, Donald Trump est venu changer la donne.

Lors de leur première rencontre en face-à-face, mardi à New York, le président américain a qualifié une nouvelle fois l’accord sur les Chagos de «terrible» et déclaré qu’il ne le soutenait pas. Burnham, à son côté, a acquiescé avant de promettre que Londres travaillerait à une solution acceptable pour les différentes parties. Mercredi, le ministre britannique de la Défense, Wes Streeting, a été beaucoup plus explicite : l’accord, «dans sa forme actuelle», ne peut aller de l’avant sans le soutien américain.

Voilà le véritable tournant. Comme on le soutient depuis des années, le dossier n’est plus simplement celui d’un traité entre Londres et Port-Louis dont la ratification britannique était retardée. Il demeure un dossier dans lequel Washington, DC, possède désormais, de facto, un droit de regard déterminant. Et Londres vient de le reconnaître publiquement. Streeting a également confirmé que les paiements annuels prévus au bénéfice de Maurice, d’au moins 120 millions de livres, étaient suspendus «à ce stade». Le message est difficile à ignorer : tant que Washington, DC, n’aura pas accepté les nouvelles garanties entourant Diego Garcia, le mécanisme financier et politique prévu par l’accord restera lui aussi en suspens.

Pour Maurice, cette évolution change évidemment la nature du tête-à-tête Ramgoolam-Burnham. Le communiqué du PMO et celui du 10, Downing Street de lundi insistaient sur la volonté de travailler avec Maurice et les États-Unis afin de garantir le fonctionnement de Diego Garcia et de protéger la sécurité britannique. Les deux Premiers ministres avaient convenu de rester en contact et souhaité que leurs ministres des Affaires étrangères se rencontrent au siège new-yorkais de l’ONU.

Mais Londres ne peut désormais plus présenter la question comme une simple négociation bilatérale. Elle doit convaincre la Maison-Blanche sans donner à Maurice le sentiment que sa souveraineté sur les Chagos devient la variable d’ajustement de la relation spéciale anglo-américaine.

C’est là toute la difficulté de Burnham. Il doit préserver l’accès à une base que Washington, DC, considère comme un actif stratégique majeur. Il doit aussi tenir compte de la position juridique et diplomatique de Maurice. Et il doit éviter qu’un accord présenté comme une solution à une longue histoire de décolonisation ne soit transformé en simple arrangement militaire négocié au-dessus de la tête de Port-Louis.

Comme si Washington ne suffisait pas, Malé a déjà tenté de s’inviter dans l’équation. Le président maldivien Mohamed Muizzu a demandé à Burnham de rouvrir les discussions sur la souveraineté des Chagos, estimant que les Maldives auraient dû être consultées. Londres maintient pour sa part que la question de souveraineté relève de sa relation avec Maurice.

La géopolitique de l’océan Indien se complique donc à vue d’œil. Maurice négocie avec Londres. Londres doit désormais négocier avec Washington, DC. Et Malé cherche à entrer dans la conversation. Derrière cette partie de billard diplomatique se trouve Diego Garcia ! Et c’est peut-être là que se trouve la nouvelle réalité de ce dossier : la question n’est plus seulement de savoir qui possède les Chagos, mais dans quelles conditions leur avenir peut satisfaire simultanément Maurice, le Royaume-Uni et les États-Unis.

Pour Ramgoolam, le défi sera de préserver le principe de la souveraineté mauricienne tout en restant suffisamment engagé dans la discussion pour que le traité ne devienne pas la victime collatérale de la relation entre Washington et Londres. Le ménage à trois se complique : Maurice négocie avec Londres, Londres doit désormais composer avec Washington, tandis que Diego Garcia reste au centre de toutes les attentions. La géopolitique est rarement une ligne droite. Dans l’océan Indien, elle ressemble de plus en plus à une partie d’échecs où chacun avance ses pièces – avec, au milieu du jeu, une petite île dont l’importance stratégique dépasse de très loin la superficie.

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