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Questions à...
Vijay Makhan :«Notre influence ne viendra pas de notre poids économique ou militaire»
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Questions à...
Vijay Makhan :«Notre influence ne viendra pas de notre poids économique ou militaire»
Vijay Makhan, diplomate de carrière.
Hors Chagos, quels sont, selon vous les dossiers où Maurice a réellement quelque chose à gagner ou à perdre à l’ONU aujourd’hui ?
Trois dossiers me paraissent déterminants. Le premier est le financement climatique. Pour Maurice, il ne s’agit pas seulement de défendre une cause, mais d’obtenir les moyens de protéger nos côtes, nos infrastructures et notre économie. Le deuxième est la gouvernance de l’océan Indien et des océans en général, nos ressources marines, la sécurité des routes maritimes et la protection des écosystèmes. Le troisième est la réforme des règles financières internationales, qui pénalisent souvent les petits États vulnérables.
Maurice peut aussi contribuer aux débats sur la réforme de l’ONU et la gouvernance de l’intelligence artificielle. Notre influence ne viendra pas de notre poids économique ou militaire, mais de notre capacité à bâtir des coalitions et à défendre des propositions cohérentes.
En marge de l’Assemblée générale, le ministre Ritish Ramful a déclaré que l’autonomie sous souveraineté marocaine est «la solution la plus crédible» pour le Sahara occidental. Comment lisezvous ce changement de position, alors que la République arabe sahraouie démocratique (RASD) est membre de l’Union africaine ?
Je dois dire que la position annoncée par le ministre Ramful me surprend profondément. Maurice, dont l’histoire est marquée par la décolonisation, a toujours soutenu les peuples soumis à la domination et défendu leur droit à déterminer leur avenir. Le peuple sahraoui lutte depuis 1975 pour décider de son destin politique. Présenter une autonomie sous souveraineté marocaine comme l’issue la plus crédible revient à préjuger de cet avenir avant que les Sahraouis l’aient librement choisi.
Le Conseil de sécurité a certes fait de la proposition marocaine la base des négociations dans sa résolution 2797, mais il y maintient aussi l’exigence d’une solution permettant l’autodétermination du peuple du Sahara occidental. Pour moi, aucune formule ne peut être démocratique si elle est imposée à un peuple sans son consentement. Et la question est d’autant plus sensible que la RASD demeure membre de l’Union africaine.
Cette position m’interpelle aussi au regard de la Palestine. Les situations ne sont certes pas identiques. Elles ont leur histoire propre. Mais un même principe doit prévaloir. Les habitants d’un territoire ne sont pas des objets de la politique internationale. Leur consentement, leur dignité et leurs droits politiques ne peuvent être durablement subordonnés aux calculs de puissances extérieures. Si nous défendons ce principe pour le peuple palestinien, nous devons aussi le défendre pour le peuple sahraoui. L’avenir politique des Sahraouis ne peut être décidé à leur place.
Maurice, qui a longtemps porté le principe de l’autodétermination se démarque ainsi de pays comme l’Afrique du Sud ou l’Algérie. Ce choix peut-il avoir un coût pour sa crédibilité ou son influence sur le continent ?
Oui, il peut avoir un coût. Maurice a longtemps puisé son influence dans une diplomatie attachée à la décolonisation, au droit international et au droit des peuples à choisir leur avenir. Notre propre expérience des Chagos rend cette exigence particulièrement forte. Nous savons ce que signifie de voir le sort d’un territoire et de sa population réglé par d’autres.
Les situations ne sont pas identiques, mais le principe du consentement des peuples doit rester le même. Si Maurice défend ce principe pour les Chagos tout en semblant l’écarter pour le Sahara occidental, certains y verront une application sélective du droit. Le gouvernement devra donc expliquer comment sa nouvelle position reste compatible avec le droit des Sahraouis à déterminer librement leur avenir.
Le niveau de revenu de Maurice le rend souvent inéligible aux financements les plus avantageux. En quoi ce statut change-t-il sa capacité à obtenir du soutien au sein du système onusien, notamment face au changement climatique ?
Cela a toujours posé un problème pour les petits pays émergents. Ils sont souvent exclus de plusieurs guichets institutionnels. Le revenu moyen ne détermine pas à lui seul l’accès à tous les financements. Un pays peut afficher un revenu relativement élevé tout en restant très exposé aux cyclones, à l’érosion côtière, à la hausse du niveau de la mer et aux chocs extérieurs. Cela peut réduire l’accès à certains financements avantageux ou accroître le coût de l’emprunt.
C’est pourquoi Maurice défend l’utilisation de l’Indice de vulnérabilité multidimensionnelle en complément du revenu national brut. Notre enjeu est de faire reconnaître que le revenu moyen ne signifie pas une capacité suffisante à financer seul l’adaptation climatique.
La sélection du prochain secrétaire général de l’ONU est en cours. L’Afrique a-t-elle aujourd’hui les moyens de peser dans ce processus, et quel rôle Maurice peut-il y jouer ?
L’Afrique peut peser si elle agit de manière concertée, mais elle ne peut pas, à elle seule, déterminer le résultat. Le Conseil de sécurité recommande un candidat à l’Assemblée générale, et chacun de ses cinq membres permanents dispose d’un droit de veto. Les derniers sondages informels publiés plaçaient Rebeca Grynspan, du Costa Rica, et Carolyn Rodrigues-Birkett, du Guyana, en tête. Macky Sall, du Sénégal y figurait mais avec davantage de votes défavorables.
Maurice peut contribuer à une position africaine lucide, fondée sur les compétences, l’indépendance et la capacité de restaurer la confiance dans l’Organisation. Il peut aussi défendre une sélection plus transparente et faire valoir les priorités des petits États. L’influence d’un petit pays tient souvent à sa capacité de convaincre, de relier les groupes et de négocier avec constance, moyennant qu’il demeure crédible.
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