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Ramgoolam invente la compensation électorale
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Ramgoolam invente la compensation électorale
Lannée financière et économique 1981/82 sera suffisamment catastrophique pour que le FMI impose une dévaluation de 20% à notre roupie, s?ajoutant bien sûr à celle de 30% du 24 octobre 1979, 50e anniversaire du krach de Wall Street. Cette épée de Damoclès n?empêche pourtant pas notre Grand Argentier, grand également par la taille (au sens fiscal et même féodal du terme), de proposer une compensation salariale de? 13% à tous les salariés de Maurice et de Rodrigues. Il est, toutefois, pris de vitesse par son leader, Seewoosagur Ramgoolam, qui surenchérit et invente une compensation électorale de 18 à 20%, réservée aux travailleurs agricoles et autres employés de l?industrie sucrière, autrement dit ?my people?.
Les producteurs sucriers (MSPA) font savoir immédiatement ne pas être en mesure de payer cette compensation surenchérie. Les réunions se succèdent à la Plantation House, les unes plus houleuses que les autres. Les « pôvres » essayent même d?expliquer à la paire Ramgoolam/Ringadoo qu?une industrie sucrière, déjà exsangue, ne peut casquer cent millions supplémentaires rien que pour tenter de sauver la mise électorale du PTr. Ce tandem garde les yeux rivés sur l?échéance électorale inéluctable et se fait plus sourd que pot. La canne ne doit pas craindre un coup de serpe de plus. L?argument, que les travailleurs agricoles sont les mieux rétribués de la classe laborieuse, avec des avantages marginaux de? 70%, s?ajoutant aux salaires de base, n?incluant pas, bien sûr, les heures supplémentaires, se heurte à une surdité ministérielle et gouvernementale plus inébranlable que jamais.
Me Raymond d?Unienville est plus chanceux devant le NRB (espèce de National Wages Council avant l?heure). Cet organisme lui accorde le droit de revoir sa copie, autrement dit les propositions salariales patronales devant être revues à la lueur de la compensation électorale de 18-20% imposée et de la surdité officielle.
L?express « éditorialise » au sujet de la compensation électorale inventée par notre « vieil oncle bien-aimé », ce cher chacha et même de plus en plus cher ! Il parle de « nouvelle pierre blanche dans l?histoire de la démagogie universelle », rappelle la devise travailliste : « faisons payer une minorité sans voix pour une majorité électorale », parle des « glorieux chemins de l?injustice nationale », vante la saveur plébiscitaire d?une « pincée de sel électoraliste », souligne le désarroi prévalant depuis dans le camp syndicaliste, insiste sur la déconfiture des rats de ville, devant la bombance des rats des champs de canne à sucre et dûment sucrés par ceux se disant être en pleine mélasse.
L?express se permet d?aller plus loin car, dit-il, il n?y a pas que la perte du pouvoir d?achat seulement à compenser. Il y a encore toutes les couleuvres politiques que l?électorat travailliste doit avaler depuis le 20 décembre 1976, pour ne pas devoir remonter au déluge, sinon à l?indépendance de Maurice. Il propose donc la reprise sur le champ (pour respecter l?atmosphère bucolique du débat) des négociations tripartites, en suggérant tant de points additionnels pour chacun des scandales politiques, éclatés depuis le 20 décembre 1976.
Cette liste scandaleuse comprend, entre autres, un chèque ministériel mais sans provision, Jagatsingh concédant que le gaspillage est inévitable, Ramgoolam se plaignant d?être mal-aimé parce qu?il est « malbar » alors qu?il est seulement mal barré et le 11 juin 1982 le prouvera amplement, hélas, que pour neuf mois seulement, Duval qui menace d?abandonner l?arène politique mais qui trône toujours à la commission administrative portlouisienne, l?exclusivité « panadol » dans les pharmacies d?Etat, le pays qui avance à reculons (Merci K.D. !), la grève perlée des médecins d?Etat, Ramolly qui justifie le renvoi des élections régionales pour préserver le « tissu spécifique » de Maurice, l?ensablement du chenal de Port-Mathurin d?ouverture pourtant récente, les ministres ne répondant pas aux questions parlementaires, l?école de Vallée-des-Prêtres qui s?effondre déjà (un effondrement qui dure donc depuis un quart de siècle), le remboursement aux ministres de leur contribution au plan de pension (il n?y a de boutte assez petits pour être insignifiants), Ramgoolam critiquant l?action pastorale des différentes religions (à rapprocher des forces vives se plaignant, à juste titre, que les religieux ne participent pas assez à la lutte antidrogue et antisida), les manifestations autorisées contre les Assemblées de Dieu, le rétablissement du duty-free pour les ministres et ambassadeurs démissionnaires, la non-utilisation des fonds de solidarité post-Gervaise et post-Claudette, le ministre condamné pour insulte à policier à la Pointe aux Piments et au Blue Mauritius, la multiplication des tavernes à Rodrigues, les conteneurs cages-à-poule servent de modèles d?habitat dans les cités ouvrières, le vote de plusieurs lois scélérates, Duval dixit, le même Duval voyageant à nos frais alors qu?il n?est ni ministre ni conjoint de ministre, le départ de Maurice de l?ex-maire rosehillien Ameerally, la vente des manuels scolaires s?étendant au-delà du premier trimestre, le mariage religieux toujours pas légalisé, les sinistrés toujours réfugiés dans des salles de classe, les 24_ jours de congé public annuels, la motion de blâme de Daby contre le juge Victor Glover, la Land-Rover Duty Free de Walter, les politiciens qu?on peut acheter comme des pommes d?amour, la saga des tarifs et des points d?eau de la CWA, le théâtre de Port Louis risquant de devenir une salle de cinéma, etc.
L?express conseille à SSR de breveter sa compensation électorale afin que d?autres chefs de gouvernement, en aussi mauvaise posture électorale que lui, ne lui dérobe sa potion magique.
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