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Poonam, victime de sa double vie
Vendredi 11 h 05. Un véhicule de la police entre dans l’enceinte du tribunal de Pamplemousses. À son bord, Chandraduth Jahal, âgé de 35 ans, suspecté d’avoir poignardé à mort sa concubine, la veille,à Baie-du-Tombeau, est assis entre deux policiers en civil sur la banquette arrière. « Eh ! Li mem sa ! », lance un homme. Sans perdre de temps, quel-ques photographes de presse se précipitent vers le 4 x 4 pour prendre des clichés du suspect.
Ce dernier, menotté, est vêtu d’un pull-over noir et d’un pantalon gris. Les yeux rougis, il sèche discrètement ses larmes pour que personne ne s’aperçoive qu’il a pleuré. Lorsque ses proches lui parlent à travers la vitre de la portière, Me Prakash Bheeroo, l’homme de loi du suspect, ramène gentiment à l’ordre les photographes. « S’il vous plaît. So mama pe koz avek li. Aret tir photo », lance l’avocat.
<B>Amoureux fou de la jeune femme</B>
Chandraduth, le regard perdu, écoute sa mère pendant quelques minutes sans piper mot. Visiblement accablé, il semble regretter son geste. Après une heure d’attente, il est escorté par un policier pour être présenté devant le magistrat. Dans le box des accusés, le magistrat l’informe que la police a objecté à sa libération sous caution et qu’une charge provisoire de meurtre pèse sur lui. Chandraduth, l’air complètement abattu, est alors reconduit en cellule policière jusqu’à sa prochaine comparution le 23 juin.
Tout le monde était au courant, à Pointe-aux-Piments, petit village situé tout près de la route côtière du Nord, que Poonam, une jeune femme mariée, entretenait une liaison avec Chandraduth, un menuisier. Au fur et à mesure que les langues se sont déliées, Vishal l’époux de Poonam, est devenu fou de rage en apprenant que sa femme le trompait avec son pire ennemi… qui n’est autre qu’un voisin.
En septembre 2005, le couple se sépare. La jeune femme, mère d’un petit garçon de 4 ans, est contrainte de quitter le toit conjugal pour aller s’installer définitivement chez sa mère à St-Joseph, Terre-Rouge.
Depuis cette rupture, leur fils, Adit, passait une semaine chez Poonam et la semaine suivante chez son père à Pointe-aux-Piments. Malgré la séparation, le jeune couple entretenait de bonnes relations. Chose que ne voyait pas d’un bon œil Chandraduth, l’amant de Poonam, qui était amoureux fou de la jeune femme.
Jeudi après-midi, chez les parents de la victime à St-Joseph, proches et amis s’apprêtent à installer le canapé avant l’arrivée de la dépouille. Assis sur une chaise sous un arbre, Sunil n’arrive toujours pas à comprendre comment sa petite sœur a connu une fin aussi tragique. « Mo ser ti pe dir moi ki sa garson la ti pe fatig li », dit-il avec regret.
Il raconte que Poonam était une femme très malheureuse depuis qu’elle était allée vivre à Grande-Pointe-aux-Piments chez son époux.
« Li ti pe leve tou les zour 4 her pou kui manze pou so mari ek so bann bel ser pou zot al travay. »
<B>Un corps baignant dans une mare de sang</B>
Sunil confie que sa sœur était une femme battue depuis que son ex-beau frère ne travaillait plus. « Ena zour mo ser pa ti pe manze. Se mo mama ki ti pe fer rasion pou zot. » Pour ce qui est de la relation extra-conjugale qu’entretenait sa sœur avec le suspect, Sunil nous affirme que c’est Poonam qui était harcelée par Chandraduth. « Mo pou touy toi si to retourn avek to mari », lui aurait-il lancé quelque temps avant le drame. « Li ti pe dir moi pas koz sa avec nou papa avek nou mama akoz zot la sante pas tro bon », poursuit Sunil.
Anil, l’un des frères de la victime, confie que sa sœur entretenait bel et bien une relation avec Chandraduth. « Depi ki mo bofrer finn al konn sa, problem finn leve. Malgre ki sa de la ti separe, Vishal ti pe vinn guett li akoz zot zanfan. Chandraduth ti kroir ki Poonam ti pe retourn avek so mari. » Depuis une semaine, Poonam avait décroché un job dans une usine à Baie-du-Tombeau. Elle prenait l’autobus tous les matins à 7 h 15 en compagnie de Vijay, son neveu.
Le jour du drame, nous raconte ce dernier, il n’avait rien remarqué d’anormal. « Nou ti pran bis ansam. Mo pas finn remarke si Poonam finn gaign call telefonn. Letan li finn dsann lor bus stop Baie-du-Tombeau, mo pa finn trouv personn pe attann li », nous raconte-t-il.
Jeudi matin, le corps de Poonam est retrouvé sans vie, baignant dans une mare de sang dans la cour d’un temple à Baie-du-Tombeau. À ses côtés, un couteau de cuisine. Elle a été poignardée par Chandraduth qui s’est constitué prisonnier au poste de police de la localité quelques minutes après avoir commis son forfait.
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