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Le chemin de croix

18 juin 2006, 00:00

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Recourir à l’adoption aura été pour cette jeune maman comme un nouveau départ. Cela fait un peu plus de cinq ans maintenant que Christelle et son époux ont recueilli Adrien. Elle ne peut s’empêcher de porter un regard attendri sur ce gamin de six ans qui s’amuse avec ses jouets. Elle a adopté l’enfant après avoir essayé en vain de concevoir. « Devant l’impossibilité d’avoir un enfant, nous avons, après réflexion, décidé d’en adopter un. C’est un choix dont nous sommes très fiers », affirme Christelle. Un petit bout d’homme qui, explique la jeune femme, lui rend bien l’amour qu’elle lui porte.

Le parcours n’a toutefois pas été sans embûches. L’absence d’une structure adéquate entièrement dédiée à l’adoption des enfants ne leur a, en effet, pas rendu la tâche facile. « Personne n’avait été capable de nous donner des renseignements précis. On nous renvoyait à chaque fois vers d’autres bureaux et d’autres officiers qui n’en savaient pas davantage sur la façon dont nous devions nous y prendre. Nous avons finalement dû prendre contact avec un avocat. » Une situation à laquelle font face, aujourd’hui encore, nombre de familles mauriciennes désireuses d’adopter un enfant.

C’est fort de ce constat que Shirin Aumeeruddy-Cziffra, l’Ombudsperson for the Children, a émis des propositions visant à mieux encadrer ces pratiques, d’autant plus que Maurice a ratifié la Convention de La Haye du 29 mai 1993 sur la protection des enfants et la coopération en matière d’adoption internationale.

« Concrètement aujourd’hui, une famille peut déposer une demande d’adoption en cour et bénéficier de la garde d’un enfant sans qu’aucune enquête minutieuse ne soit effectuée sur les parents adoptifs. Or, l’État devrait s’assurer que les enfants adoptés soient placés dans un environnement familial approprié », déplore Shirin Aumeeruddy-Cziffra qui affirme, par ailleurs, noter un manque de volonté politique sur ce dossier.

Une meilleure transparence</B>

Une opinion partagée par Lilette, qui fait partie des trop peu nombreuses familles d’accueil à Maurice. « Il faudrait que les critères soient plus rigoureux car il est arrivé que des enfants, placés dans des familles d’accueil, soient maltraités ou même victimes d’abus. Il faut une plus grande prudence, d’autant plus que ces enfants sont dans un état psychologique fragile », prévient Lilette, qui dit avoir, au fil des années, recueilli sous son toit environ trois enfants – Damien, Mike et Noémie – avant qu’ils ne soient adoptés par d’autres familles ou envoyés dans des abris du ministère en attendant leur majorité.

L’on se souviendra également de l’affaire Tipo et de la bataille juridique qui avait eu lieu entre deux familles – les Alfred, qui ont recueilli l’enfant à l’âge de trois mois, et les Aurdally, qui avaient, en avril 2005, obtenu l’accord légal d’adoption. Le litige n’a pas épargné le garçonnet, déjà perturbé par le conflit opposant sa mère adoptive aux Aurdally.

« Le tourbillon médiatique dans lequel s’est retrouvé cet enfant démontre bien la nécessité de mettre en place une structure efficace qui empêcherait de telles dérives », laisse entendre une source proche du dossier. Une telle structure, affirme cette même source, aurait pour but d’empêcher que des pupilles de l’État ne soient adoptés par des familles ayant des antécédents judiciaires graves ou un environnement socio-économique à risque. Dans l’état actuel des choses, de tels scénarios ne peuvent être évités.

Les critiques formulées sur l’inexistence d’une cellule gouvernementale dont la tâche serait de conseiller les familles désireuses de recourir à l’adoption et de mener des enquêtes poussées sur ces dernières, sont fortement décriées par la ministre de la Femme, Indira Seebun. Cette dernière estime que la Child Development Unit (CDU) est apte à assumer de telles responsabilités. « Tous les mécanismes que l’on évoque existent déjà, mais nous devons, bien sûr, les perfectionner », souligne-t-elle.

Encourager l’adoption, fait, par ailleurs, ressortir l’Ombudsperson for the Children, diminuerait le nombre d’enfants abandonnés ou maltraités souvent livrés à eux-mêmes dans les abris du ministère ainsi que dans les familles d’accueil. « La Convention des droits de l’enfant stipule clairement que lorsqu’on prélève un enfant à risque de son environnement familial, le placer dans une institution est le dernier recours », déclare l’Ombudsperson. Cette maxime n’a, semble-t-il, pas été au centre de l’attention des responsables de ce département jusqu’à maintenant.

Les propositions de réforme visent à assurer une meilleure transparence au niveau des adoptions, comme c’est déjà le cas à l’étranger. Les procédures, rigoureuses, filtrent de manière systématique les demandeurs. C’est le National Adoption Council (voir encadré) qui se charge de l’adoption d’enfants mauriciens par les étrangers. La situation, à en croire les officiers qui y travaillent, serait nettement meilleure. Tout le mérite ne leur en revient cependant pas.

Avant de soumettre leur demande, les étrangers doivent au préalable obtenir l’agrément d’adoption dans leur pays. Ce document ne leur est délivré qu’à la suite d’une enquête « approfondie » effectuée par les autorités de leur pays. Cette enquête qui vise à évaluer les conditions d’accueil sur le plan familial, éducatif et psychologique. Ce n’est qu’après, que l’adoptant est informé si oui ou non il peut procéder à une demande d’adoption.

<B>Des mesures mieux adaptées</B>

« De telles procédures, qui permettent de s’assurer que les enfants adoptés seront accueillis et élevés dans un cadre approprié, sont quasi inexistantes sur le plan local », fait ressortir l’Ombudsperson for the Children. Un point de vue que réfute catégoriquement la ministre de la Femme, Indira Seebun, qui affirme que ce rôle revient à la CDU : « La CDU est tout à fait apte à faire les enquêtes nécessaires sur la cellule familiale que ce soit dans des cas de maltraitance ou d’adoption. »

Une responsabilité qui, semble-t-il, aurait échappé à la CDU jusqu’à présent. C’est justement ce manque que comptent pallier les propositions émises par le bureau de l’Ombudsperson for the Children. Shirin Aumeeruddy-Cziffra et Indira Seebun sont au moins d’accord sur une chose : le ministère de la Femme a un rôle de premier ordre à jouer dans l’adoption des enfants à Maurice.

Conscientes du manque de détermination politique sur ce dossier, certaines organisations non gouvernementales œuvrant pour la protection des enfants entendent travailler de concert avec le bureau de l’Ombudsperson pour apporter des mesures mieux adaptées au contexte mauricien. Une initiative plus qu’urgente pour que Damien, Adrien, Mike, Noémie et les autres puissent enfin aspirer à une vie heureuse au sein d’une famille unie.

<B>QUELQUES CHIFFRES</B>

■ 20. C’est le nombre de pupilles de l’État adoptés depuis ces six dernières années. Un chiffre ridiculement bas si l’on considère le nombre d’enfants placés dans les abris.

■ 85. Il s’agit du nombre d’enfants abandonnés par un de leurs parents ou les deux l’année dernière uniquement.

■ 53. Ce chiffre correspond au nombre d’enfants non scolarisés recensés durant les quatre premiers mois de l’année.

■ 45. C’est le nombre d’enfants qui ont été abusés par leurs parents entre janvier et avril derniers.

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