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« Fallait-il réorienter les subsides sur le riz et la farine ? »

18 juin 2006, 00:00

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<B>OUI</B>

Yousoof Dauhoo</B>

<I>Président de SOS Pauvreté</I>

<B>Pourquoi cette réorientation est-elle justifiée ?</B>

J’ai été toujours contre le principe d’accorder les subsides, notamment ceux sur le riz et la farine, sur une base universelle. Ce principe est susceptible de favoriser les gens aisés, au détriment des plus nécessiteux. Il y a aussi le fait que le contexte socio-économique qui a occasionné le recours à ces subsides a changé. C’est le devoir de tout gouvernement d’appliquer une stratégie plus ciblée et rationnelle. Mais cette réorientation est en elle-même un aveu. Il s’agit d’une reconnaissance explicite de l’existence de deux catégories de citoyens : les gens aisés et les pauvres. Les associations doivent militer pour la défense des nécessiteux et insister pour que le gouvernement renforce sa politique de protection des pauvres et augmente le quantum d’aide à ces derniers.

<B>Mais cette réorientation ne risque-t-elle pas d’entraîner une cascade d’augmentations ?</B>

C’est un scénario inévitable. Pour en atténuer les effets, les associations qui militent pour le bien-être des nécessiteux, doivent rester vigilantes. Elles devraient se battre pour que le gouvernement maintienne sa politique de protection des plus démunis. Des études doivent être menées pour réajuster le montant de compensation auquel les pauvres ont droit. Toutefois, ces augmentations n’ont pas toutes un effet négatif. Celle du prix du prêt-à-manger comme le dholl pourri pourrait inspirer les consommateurs à préférer les mets faits maison plutôt que les fast food.

Qui sont ces pauvres qui devraient être les seuls à bénéficier des subsides ?</B>

Il s’agit de familles qui n’arrivent pas à subvenir à leurs besoins. Pour vivre décemment, une famille avec trois enfants, dont deux qui vont à l’école, a besoin d’une rentrée d’argent dans la fourchette de Rs 8 000 et Rs 10 000 tous les mois. Ces pauvres vivent dans des régions privées de facilités de loisirs. Ils ont donc du mal à honorer les dépenses qu’impose le respect de certaines traditions culturelles, ce qui pourrait provoquer une rupture dans les rapports sociaux. Le gouvernement a le devoir sacré de fixer le seuil de la pauvreté et un salaire de base minimum. Le combat contre la pauvreté ne devrait pas se limiter aux seules allocations. Il faut aussi créer les conditions pour que les pauvres deviennent productifs et arrivent à s’intégrer à notre structure socio-économique.

<B>Non

Georges Legallant</B>

<I>Membre de Rezistans ek Alternativ</I>

<B>Pourquoi les subsides sur la farine et le riz ne devraient-ils pas être réorientés ?</B>

L’Alliance sociale se démarque de la politique adoptée jusqu’ici par les gouvernements successifs pour ce qui est du respect du droit fondamental de chaque Mauricien. Cette mesure est tributaire d’une logique ultralibérale figée caractérisée par le recours à une doctrine économique qui privilégie les possédants. En raison de sa rigidité, on pourrait le qualifier d’intégrisme économique néolibéral. C’est un système qui fait peu de cas des facteurs qui ne lui sont pas compatibles et vise, à terme, leur élimination. Les subsides alimentaires en font partie. La Banque mondiale et le Fonds monétaire international en sont les dignes représentants. Dommage que Rama Sithanen, n’a fait qu’appliquer les diktats de ces institutions. C’est un acte criminel et hautement condamnable.

<B> L’amélioration du niveau de vie des destinataires de ces subsides ne justifie-t-elle pas cette mesure ?</B>

Ils sont connus déjà. Cette réorientation est donc superflue. Elle aurait été justifiée si sa finalité visait une attribution rationnelle et intelligente de ces subsides. La méthode utilisée pour déterminer la liste de nouveaux bénéficiaires comporte un danger extrême. Elle risque d’exclure ces personnes qui n’ont pas un compte personnel auprès du CEB. C’est le cas des occupants des maisons dont la facture du CEB est inscrite au nom des propriétaires. L’augmentation qui accompagne cette réorientation rend celle-ci davantage plus perverse. Les prix des produits dérivés tels le pain, les dholls pourris ou le gâteau poutou à base de riz vont augmenter. Les personnes que l’on prétend vouloir aider, seront les premières à souffrir. Les allocations censées compenser le préjudice qu’occasionnerait la réorientation des subsides sur le riz et la farine et sur les frais d’examen sont insuffisantes. C’est tout un pan de l’édifice de l’État providence qui s’écroule.

<B>Le maintien du présent système ne va-t-il pas créer une mentalité d’assistés ?</B>

On ne peut parler de mentalité d’assistés à l’égard des personnes qui sont victimes d’un système économique qui ne s’est jamais soucié de leur intégration. C’est le devoir de tout État d’assurer un juste équilibre entre la primauté de la dignité de l’homme et les impératifs économiques.

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