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Chacun son rôle
<B>Par Nazim Esoof
C?est entendu. Pour les sceptiques, le budget 2006-2007 consacre le libéralisme économique. Pour les réalistes, il met fin à une dichotomie qui a trop perduré, en consacrant une économie de marché qui s?accommode mal des intentions socialistes qui ne font plus recettes dans le monde moderne. Les choses sont désormais claires. Les paradoxes idéologiques et la bien-pensée de l?intérêt général doivent s?adapter. Le dandinement entre le modéré social et le radical capitalisme était à la longue devenu un lieu commun dont il fallait se débarrasser. C?est fait et c?est tant mieux. A présent, chacun pourra défendre réellement une position. La sienne. Sans démagogie. Et sans excès. Il ne sert à rien de se cacher derrière la défense du petit peuple. Il s?est bien défendu et, cela souvent, en dépit des politiques et des champions de l?économie du marché.
Un vrai débat est à présent possible. Pour cela, il faudra commencer par se rendre capable d?autocritiques. A commencer par le bestiaire politique. Les formations de l?ancien gouvernement, le MSM et le MMM, crient aujourd?hui à la trahison de l?Alliance sociale. Ils n?ont pas tort. Après avoir pratiqué un discours outrancièrement populiste, l?Alliance sociale s?est pliée à la rigueur gestionnaire. On ne s?en plaindra pas. Le pays a besoin d?un électrochoc et non d?un nouveau régime de sinécure. On comprendra aussi cette frustration qui doit habiter certains au sein de l?opposition. Là où Sithanen tente le pari de bousculer les habitudes, eux, ils s?étaient arrêtés à un libéralisme tempéré. C?est pourtant aujourd?hui, dans cette opposition à la philosophie du tout-marché, qu?ils ont la possibilité de se réinventer. Et ils marqueront des points en évitant de se laisser piéger par la facilité du populisme et de l?ouvriérisme de langage dont Navin Ramgoolam a été, pendant la dernière campagne, le porte-voix par excellence et aussi par clientélisme.
Le Premier ministre s?est partiellement rattrapé de ses dérives idéologiques sciemment orchestrées dans le seul souci de s?approprier le pouvoir. Cela fait partie des fondamentaux de la communication politique. Désormais, la dynamique enclenchée avec le budget 2006-2007 ne peut souffrir d?autres cahotements électoralistes. Il reste encore à Navin Ramgoolam à soutenir la logique jusqu?au bout. La modernisation de l?Etat ne se fera pas sans une révolution culturelle et celle des mentalités. Autrement, l?aventure économique butera une nouvelle fois sur des irrédentismes sociaux. L?approche est intégrée. Ce n?est pas l?économie d?un côté et le social et le culturel de l?autre. Est-ce qu?il a les hommes pour réaliser cette vision globale de la société mauricienne ? Les appréhensions sont plus que justifiées à ce chapitre. L?exigence de modernisation et rationalisation passe toutefois par là. L?île Maurice a besoin d?une autre ambition que celle de la gestion du pire. Le Premier ministre et son ministre des Finances l?ont-ils compris ?
C?est à une autre question que devront répondre les syndicalistes et autres associations intermédiaires. L?humanisme syndical et social a connu dans toutes les sociétés contemporaines mûres ses avatars. Il ne s?agit pas seulement de dire le refus de l?assistanat et de chanter l?hymne de la responsabilisation collective. L?heure est à la redéfinition. La contestation sociale emprunte de nouvelles voies. Elle s?appuie sur une idée de l?Etat, une conception du social et une représentation de l?imaginaire culturel d?un pays. Se mettre en équation avec ces nouveaux défis sans se réduire à importer des modèles altermondialistes étrangers, tel est le nouveau champ des possibles des syndicats et autres recours associatifs.
Reste la société civile. C?est son rôle comme le nôtre de nager à contre-courant ne serait-ce que pour que la lumière jaillisse du choc des idées. Un cliché allant avec un autre, il faudra rappeler que la mondialisation de l?économie n?est qu?une étape. Elle ne condamne pas l?action politique et sociale.
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