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Oignon : vers l?autosuffisance

29 mai 2006, 20:00

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Ram Hurree est un agriculteur heureux. Ou presque. Ses terres, à La Marie, lui rapportent 8 à 9 tonnes d?oignon par récolte. Leur mécanisation et leur irrigation ont réduit drastiquement ses coûts. ?Aucune nécessité de biner la terre à coups de pioche et fourchette?, dit-il, non sans fierté. Ses bénéfices sont désormais appréciables. Cependant, il estime que ces frais baisseraient davantage, si l?Etat y participait.

Cette réussite est un exemple à suivre dans la politique d?autosuffisance en oignon que prône l?Etat. Planteurs, ministère de l?Agro-industrie et organismes parapublics bêchent sur une stratégie afin qu?une production locale de 17 000 tonnes soit une réalité. Ils se sont rencontrés vendredi pour un bilan. L?optimisme y est. L?établissement de Médine a un projet sur 200 arpents. Des planteurs à l?Est lorgnent 500 arpents à Belle-Mare, qui demandent à être mécanisés et irrigués.

Autosuffisance. Le terme fait rêver. Mais le réaliser reste un immense défi à relever, tant les obstacles sont multiples. Le pays demeure un gros importateur. La consommation en 2005 s?est chiffrée à 16 600 tonnes, selon l?Agricultural Research & Extension Unit (Areu). La production locale y contribue à hauteur d?un tiers, le reste étant assuré par les importations de l?Agricultural Marketing Board (AMB). Le kilo s?écoule à un prix contrôlé de Rs 14.

Les Mauriciens en mangent entre 300 et 350 tonnes chaque semaine. Mais les plantations du pays, concentrées à l?Est, à l?Ouest et sur le plateau central, n?en produisent pas sur toute l?année. La récolte démarre en octobre et se termine mi-novembre. Les foires en pullulent parfois à un prix en deçà du barème. Le stock dure jusqu?en avril. Ensuite, l?AMB prend le relais.

Réduire la période de pénurie

Aujourd?hui, il s?agit de produire l?oignon tout le long de l?année. Mala Gungadurdoss, Principal Research Scientist à l?Areu, indique que c?est ?impossible car l?oignon est saisonnier?. Mais, dit-elle, une nouvelle méthode pour réduire l?importation est de semer tôt, en septembre, déterrer les bulbes en décembre, les conserver et les transplanter en mars. La récolte est ainsi effectuée en juin. Ainsi, on réduit la période de pénurie. Et l?AMB a de moins en moins recours à ses fournisseurs indiens.

Une autre méthode pour éviter d?importer exige la participation des planteurs des hauts. En repoussant le démarrage de la culture en juin au lieu d?avril, la récolte intervient en décembre, soit 60 jours de plus que pour la culture traditionnelle.

Pourtant, le prix à l?importation revient moins cher que la production locale. Cette année, l?Inde, unique source d?approvisionnement externe, écoule les productions à 200 dollars la tonne (Rs 6 200) contre une moyenne de Rs 10 000 que demandent les producteurs locaux. Ne vaut-il alors pas mieux importer que de payer cher sur le marché local ?

Parmanand Ramnawaz, directeur de l?AMB, estime que ces prix fluctuent par rapport au volume de production des agriculteurs indiens. ?L?Office des marchés est là pour palier à la pénurie à Maurice, ni plus ni moins.? Dans le cas de l?oignon, l?AMB doit constituer un stock de quatre semaines, soit 1 400 tonnes. Son importation est planifiée. Cependant, afin de profiter du bas prix, l?AMB recourt au forward buying qui consiste à commander plus tôt. Le producteur assure le stockage jusqu?à ce que l?Office des marchés lui permette d?exporter.

Atteindre l?autosuffisance dans les brefs délais passe donc par un coût inférieur de production afin d?assurer la survie du secteur face à la concurrence. Elle nécessite des investissements dans la mécanisation et l?irrigation. Kailash Ramdharry, planteur dans le Sud, et président du Small Planters? Welfare Fund, explique que dans de telles conditions, ?l?objectif est réalisable?. Autre modèle à suivre, Médine, qui a déjà flairé le bon filon. Ses terres seront préparées pour la production à grande échelle.

Regroupés en association, les planteurs de l?Est abondent dans cette logique de production rentable et durable face aux pressions externes sur le prix. Occupant 500 hectares à Belle-Mare, ils demandent une irrigation étendue à toute la superficie. La mécanisation est aussi requise. Autre souci : la réouverture de l?entrepôt dans la région pour stocker.

Nouveau venu, Ganesh Daumoo, petit planteur à Grand-Sable, affirme que les frais d?herbicide et de fongicide pèsent lourd, d?où le soutien requis de l?Etat. ?Avec l?irrigation, la mécanisation et des additifs à meilleur marché, notre rendement serait supérieur.? La route vers l?autosuffisance est longue car les partenaires devront résoudre le problème du stockage : les entrepôts se font rares. Ils le savent. Ils s?y mettent.

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