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Textile la renaissance
La catastrophe n?a pas eu lieu. Du moins, elle est moins dévastatrice qu?on ne le pensait. Fin 2004, à la veille du démantèlement de l?accord multifibre, les craintes sur l?avenir du secteur du textile-habillement local étaient à leur plus haut point. Durant l?année, la fermeture de grosses unités de production comme Novel faisait dire aux plus pessimistes que c?était le commencement de la fin. Et les effets n?ont pas tardé à se faire sentir. Entre 2004 et 2005, les exportations du secteur ont ainsi rapporté près de Rs 4 milliards en moins.
Pourtant, en 2006, les choses semblent aller mieux. L?investissement par les entreprises de textile sert souvent de baromètre. Et comme pour montrer leur confiance en l?avenir, cette année, elles investissent massivement. « La situation s?améliore », reprennent en ch?ur plusieurs patrons d?usines. Un cadre du ministère de l?Industrie s?enthousiasme même. « Nous vivons une année 2006 étonnante. D?ici un an, le secteur aura investi Rs 6 ou 7 milliards si tout se passe bien. On se croirait revenus aux heures de gloire du textile. Le rachat de Corona Clothing par le groupe hongkongais Wing Tai est très symbolique. Il montre que les choses vont mieux. »
Pour couronner le tout, les projets d?investissement sont légion actuellement. Tianli, la première filature d?envergure à s?être implantée à Maurice, cherche déjà à accroître sa capacité de production en investissant Rs 1,5 milliard dans des travaux d?extension. Le groupe Ciel, Star Knitwear, la Compagnie mauricienne de textile (CMT), ainsi qu?un groupe pakistanais sont aussi dans les starting-blocks. R S Group s?apprête, lui, à concrétiser son projet de filature au coût de 30 millions de dollars, soit environ Rs 900 millions.
Rapidité, réactivité et compétitivité
Pourquoi toute cette effervescence ? « Ce qui nous a desservis, nous sert désormais », lance, en guise de boutade, le cadre du ministère de l?Industrie. Les acheteurs, attirés dans un premier temps par les prix ultra compétitifs des produits asiatiques ont convergé vers la Chine et l?Inde dès le début de 2005. Mais beaucoup, échaudés par une qualité moindre du made in Asia ou des délais de livraison non respectés, se sont vite tournés vers d?anciens fournisseurs, notamment des entreprises mauriciennes.
Par ailleurs, certains acheteurs prennent soin de ne pas s?approvisionner auprès d?un seul groupe de fournisseurs. Ils ont donc opté pour la solution mauricienne. « Et puis, nous bénéficions également de mesures de sauvegarde que l?Europe a imposées vis-à-vis du textile chinois. Des quotas d?exportations imposés aux Chinois nous ramènent des acheteurs », se réjouit-on chez RS Denim.
Ces développements ont ramené le sourire chez nombre de grands producteurs locaux. « Il ne fallait pas paniquer ! Il faut avoir confiance en ce que nous faisons, en nos produits et en nos clients. Actuellement, je croule sous les commandes. Parfois, je dois même en refuser », lance Ali Parkar, le président-directeur général de Star Knitwear. D?autres enseignes comme Ciel, la CMT, ou encore RS Denim, affichent la même satisfaction.
Mais pour pouvoir afficher cet état d?esprit, ils ont changé. « Je fais de la mode ! Je ne fais plus d?énormes volumes de produits basiques. Nous sommes extrêmement réactifs aux modes et aux tendances. Nous avons des designers et nous proposons des créations à nos clients. En trois semaines elles sont livrées ! Tout cela compte », poursuit Ali Parkar. L?insolente prospérité de la CMT est aussi due à la même logique de rapidité, de réactivité et de compétitivité.
Étonnamment, la capacité de production d?une bonne partie des grosses enseignes locales pourrait encore s?accroître de manière significative. Mais pour l?heure, la production plafonne à cause du manque de main-d??uvre. Star Knitwear cherche ainsi à recruter 250 ouvriers pour augmenter sa capacité de production, idem pour le groupe Ciel et pour RS. À défaut de pouvoir recruter, certains groupes font tourner les usines quasiment en permanence. Et comme les Mauriciens rechignent à effectuer plusieurs night shifts d?affilée, ce sont les ouvriers étrangers qui sont appelés à soutenir la cadence pour que les livraisons soient effectuées à temps.
Mais alors que les grosses unités de production locales affichent une bonne santé évidente, les moyennes et les petites doivent encore surmonter certains problèmes. Chez Enterprise Mauritius (EM), on insiste sur le fait que la quarantaine d?unités moyenne du textile-habillement local traîne quelques handicaps au niveau humain. Cadres pas assez formés, stratégie de marketing approximative sont autant de freins. L?organisme compte donc leur donner un coup de pouce en leur fournissant aide et conseil dans ces domaines.
Ce sont toutefois les 200 petites unités de l?industrie qui sont le plus à plaindre. Beaucoup d?entre elles accumulent tous les malheurs du monde : manque d?équipements, de finances, de personnel qualifié et mauvais marketing. Tout cela chapeauté par une propension à ne produire qu?une seule catégorie de produit : des chemises ! Mais le sort n?en est pas non plus jeté pour ces entreprises. Chez EM, on considère que bon nombre de ces petites unités peuvent bel et bien avoir un avenir.
« Se faire un nom et avoir une réputation »
Et celui-ci se trouve sur des nouveaux marchés : l?Inde et l?Afrique. Le textile local a les atouts pour pénétrer ces deux marchés. Le secteur peut exporter en hors taxes ou à des taux tarifaires réduits vers les pays de la Southern African Development Community et du Common Market for Eastern and Southern Africa. L?Inde offre même la possibilité à Maurice, dans le cadre du Comprehensive Economic Cooperation and Parnership Agreement, d?exporter, sur son sol, trois millions d?unités de textile-habillement hors taxes.
« Il faut profiter de ces opportunités pour se faire un nom et avoir une réputation pour que les acheteurs reviennent pour commander des volumes plus importants », a exhorté Ame-dée Darga, vendredi, lors d?une session d?explication sur la Mauritius for Africa Trade Fair qui aura lieu du 8 au 11 juin. L?intérêt pour le textile mauricien s?accroît en Afrique. Ainsi, de grandes enseignes sud-africaines comme Edgars et Trueworth visiteront bientôt le pays lors de la foire pour examiner les possibilités d?achat à Maurice.
Le textile-habillement local est d?humeur combative. C?est ce qui lui a sans doute manqué jusqu?ici pour appréhender l?avenir avec de l?ambition.
Le textile habillement en chiffres
À décembre 2005 le secteur textile-habillement comptait 263 entreprises en activité, dont 217 dans le segment habillement. Dix nouvelles entreprises ont été créées dans l?industrie l?année dernière alors que 13 ont dû fermer leurs portes, licenciant au passage 6 400 personnes. Le secteur dans son ensemble emploie actuellement environ 55 000 personnes.
Le dernier bulletin du Central Statistics Office indique également que l?industrie a exporté pour l?équivalent de Rs 20,7 en 2005, soit Rs 3,9 milliards de recette en moins comparé à l?année précédente. Le Royaume-Uni, la France et les États-Unis sont les trois principaux marchés d?exportation du textile habillement mauricien.
À eux seuls, ils absorbent 70 % de nos exportations.
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