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Barcelone, on t?aime !
On avait fini par croire que l?Europe se refusait à eux. Que le football, désormais prisonnier de l?enjeu, ne cherchait plus à récompenser le beau jeu. On s?était trompé. Heureusement.
Mercredi, sous les lumières du Stade de France, les Barcelonais ont, enfin, corrigé l?histoire, mettant, ainsi, un terme à une interminable disette. Quatorze ans qu?ils n?avaient plus remporté la fameuse coupe aux grandes oreilles, la plus convoitée d?Europe, vous vous rendez-compte ?
Arsenal, étonnamment courageux et accrocheur sur ce coup-là, avait pourtant fait ce qu?il fallait dans la capitale française. Défendre avec rage, contrer avec intelligence. Et espérer un miracle.
Le club londonien n?avait, de toute façon, au regard du match, pas d?autres possibilités, l?expulsion brutale et controversée de son gardien Jens Lehmann au sortir du premier quart d?heure lui ayant brutalement coupé les ailes. Ce qui ne l?a pourtant pas empêché d?ouvrir le score avant la mi-temps, sur un beau coup de tête de sa tour de contrôle Sol Campbell.
Un avantage que les Gunners ont savamment entretenu jusqu?à quatorze minutes de la fin. Avant que l?irrésistible machine blaugrana ne se mette enfin en marche.
Il a suffi de cinq petites minutes pour que le match bascule. L?entrée en jeu du vétéran suédois Henrik Larssonn, auteur de deux passes décisives pour son match d?adieu avec Barcelone, a servi la cause espagnole.
Samuel Eto?o d?abord, Juliano Belletti ensuite ont scellé en deux temps trois mouvements le sort d?une équipe d?Arsenal devenue pitoyable une fois exposée à la tornade adverse.
Les dès étaient jetés, la cause entendue. Plus rien ne pouvait y faire. Il était écrit, ce mercredi 17 mai 2006, que Barcelone dompterait enfin l?Europe.
Même si, de la fenêtre mauricienne, on semblait, jeudi matin, regretter l?issue de cette finale, la faute à notre gentille obsession pour le football d?Angleterre, il faut avouer que la Ligue des champions n?a jamais, de toute son histoire, couronné une équipe qui lui a autant fait honneur.
Le FC Barcelone, qu?on se le dise, est probablement le plus beau champion d?Europe contemporain qu?il nous a été donné de voir à la télévision. Une équipe au jeu léché, résolument portée vers l?attaque. Une digne héritière de la défunte Hollande des années 70, conceptrice d?un « football total » qu?on croyait mort et enterré mais que Frank Rijkaard, l?entraîneur des Catalans, lui-même inspiré par Johan Cruyff, a su réinventer.
Le jeu de Barcelone, étonnamment soigné, est unique en son genre.
Sans doute parce qu?il allie le passé et le présent.
Le passé parce que les Blaugrana, comme l?Ajax Amsterdam avant eux, privilégient l?approche offensive et spectaculaire, ce qui nous change de l?ennuyeux catenaccio inventé par les sinistres Italiens, qui ont trouvé que pour gagner un match, il fallait d?abord ne pas encaisser de but. Une approche fatale au football puisque la majorité des clubs et des sélections nationales, rattrapée par l?enjeu, l?a adopté en cours de route.
Le présent parce que, tout en étant très porté vers le beau jeu, le FC Barcelone n?est pas naïf pour autant. Il n?oublie jamais l?essentiel. Il construit à partir d?une assise défensive solide, d?un bloc homogène, soudé et généreux, qui étouffe très vite l?adversaire ou plutôt l?endort.
<I>Le FC Barcelone est sans doute le plus beau champion d?Europe contemporain qu?il nous a été donné de voir. Une équipe au jeu léché, portée vers l?attaque. Une digne héritière de la défunte Hollande des années 70, conceptrice d?un « football total » qu?on croyait mort et enterré mais que Rijkaard, lui-même inspiré par Johan Cruyff, a su réinventer.</I>
Barcelone c?est d?abord l?ingéniosité, la créativité de Ronaldinho, très certainement le plus beau footballeur de l?ère moderne. Un phénomène. Taille Pelé, Maradona et Zidane.
Barcelone, c?est l?efficacité et la puissance de Samuel Eto?o, meilleur buteur de la Primera Liga et probablement du monde. Mieux que Henry, disent ceux qui, via les chaînes satellites, ont souvent l?occasion de le voir jouer.
Barcelone, c?est la vitesse d?exécution de Lionel Messi ou de Ludovic Giuly, qui occupent à tour de rôle l?aile droite, en soutien de Ronaldinho, leur vis-à-vis, et de Eto?o.
Barcelone, c?est les mutations permanentes de Deco, milieu de terrain tantôt offensif, tantôt défensif. C?est sa capacité à couvrir les espaces, son sens de l?improvisation, ses frappes lourdes, sèches, imprévues.
Barcelone, c?est la précision chirurgicale d?Iniesta, sa technique sobre mais efficace.
Barcelone, c?est l?éclairage permanent d?Edmilson, qui sert de relais entre la défense et le milieu de terrain. L?homme pont, le poisson-pilote, le guide.
Barcelone, c?est le soutien permanent et généreux des ses latéraux, Giovanni van Bronckhorst et Oleguer, dont on ne saurait mesurer à sa juste valeur l?immense contribution dans la construction, dans cette quête permanente d?élargir au maximum le terrain.
Barcelone, c?est l?imperméabilité de Rafael Marquez et l?influence de Carlos Puyol, les deux arrière-centre, pièces discrètes mais maîtresse du schéma de jeu élaboré par le maître à penser de la basse-cour, Frank Rijkaard, devenu, en cours de route, un des entraîneurs les plus respectés de la planète foot.
Barcelone, c?est aussi l?immense qualité de son banc, illustré, mercredi, par Henrik Larssonn et Juliano Belletti. Le premier a fait marquer, le second a marqué.
Barcelone, enfin, et pour résumer, c?est tout simplement ce que le football fait de mieux en ce moment.
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