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« Bénarès » doit-il être interdit aux moins de 18 ans ?

21 mai 2006, 00:00

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<B>Barlen Pyamootoo réalisateurdu film Bénarès</B>

<B>Pourquoi Bénarès ne doit-il pas être frappé d?un visa 18 ? </B>

Objectivement, il n?y a rien dans le film qui pourrait justifier son interdiction aux jeunes de moins de 18 ans.

Il n?y a, de mon point de vue, aucune raison rationnelle qui puisse soutenir une telle décision.

<B>En tant que réalisateur du film, n?est-il pas normal que vous défendiez votre ?uvre ? </B>

C?est seulement à Maurice que la censure a sévi, ce qui est ridicule et inacceptable. Partout où le film a été projeté, il y avait, dans le public, des enfants de moins de 18 ans. À Marrakech, au Maroc, je n?ai eu aucun problème. Je ne défends pas seulement mon ?uvre mais un principe, celui de la liberté d?expression dans un pays démocratique et moderne. Cette interdiction est inadmissible et représente un vrai déni de culture.

<B>Quelles raisons le comité de censure a-t-il avancé pour expliquer son choix ? </B>

Aucune raison n?a été officiellement communiquée.

<B>Certains dialogues, dont celui où il est question d?une évocation de la femme et de l?homme, auraient peut-être pesé en faveur de cette classification. Votre commentaire ? </B>

C?est la raison officieuse. Même si c?était le cas, ce raisonnement ne tient pas debout. Lorsque la censure s?attaque de front à l?expression artistique de la réalité, elle n?est ni plus ni moins qu?une dictature. Les termes qui, prétend-on, auraient été perçus comme étant préjudiciables à l?équilibre moral des jeunes, n?ont pas été inventés. Ils font partie d?une réalité argotique bien mauricienne. Ils collent parfaitement au contexte du sujet abordé dans le film. Mais l?hypocrisie sociale, elle, n?a pas disparu. Si le film est interdit aux jeunes, on aurait pu interdire, dans le même souffle, la diffusion de mon livre. Tandis que cette restriction est imposée à Bénarès, des films en vidéo, VCD et DVD d?une rare violence circulent aisément. La mentalité n?a pas évolué.

C?est le monde à l?envers. Si les mêmes expressions avaient été formulées en anglais ou en français, cela aurait été accepté. Cela dépasse mon entendement.

<B>En quoi cela vous est-il préjudiciable ? </B>

Ce certificat nous a privés de la moitié de nos spectateurs. En faisant ce film, je n?ai jamais pensé qu?il fallait exclure des cinéphiles de moins de 18 ans parmi les spectateurs potentiels. Le classement qui a valu à Bénarès un visa 18, est aberrant. Les pertes financières sont estimées entre Rs 500 000 et un million de roupies.

<B>En attribuant le visa 18 à Bénarès, le comité de censure ne vous a-t-il pas fait de la publicité gratuite auprès des jeunes de moins de 18 ans ? </B>

Ce n?est pas ainsi que j?aurais aimé présenter le film. L?idéal aurait été que les jeunes aient la possibilité, tout comme les adultes, de regarder le film et de formuler leur propre opinion sur l??uvre.

<B>Cet accident de parcours vous a-t-il refroidi ? </B>

J?ai été choqué et découragé. Cela ne m?empêchera pas de poursuivre mon parcours de cinéaste. La prochaine réalisation, L?île aux poissons vénéneux, est prévue en 2007.

Ce sera un film en créole avec des comédiens mauriciens et des techniciens français.

<B>Quel accueil votre film a-t-il reçu à Maurice ? </B>

Il a été émouvant, touchant et très humain. Je suis quand même dans mon pays, berceau du scénario du film.

<I><B>Palmesh Cuttaree spécialiste en communication et ex-président du comité de censure</B></I>

<B>Quelle est la principale fonction du comité de censure ? </B>

Les membres de ce comité visionnent les films, les classifient par rapport à des critères spécifiques et leur accordent en conséquence un visa qui spécifie clairement les catégories de spectateurs auxquels les films sont destinés.

<B>Quels sont les critères pris en compte ? </B>

Le film est examiné tant dans sa globalité que dans ses détails. Toutes ses composantes sont prises en compte : le contenu, le traitement des images, le jeu des acteurs, le bruitage, les thèmes et les sous-thèmes abordés, les personnages imaginés ou réels, le dialogue.

<B>À ce rythme, les ?uvres cinématographiques ne risquent-elles pas de disparaître ? </B>

La question de censure ne se pose pas. L?attribution d?un visa n?est pas synonyme d?épuration des extraits de films. Le rôle du comité se limite à classifier la catégorie de spectateurs autorisés à regarder tel ou tel film. L??uvre en elle-même est préservée.

<B>Que se passe-t-il en casde désaccord ? </B>

Le verdict est accepté par une simple majorité. Le membre qui ne partage pas l?avis de la majorité peut apposer, à cet effet, une note dans le rapport final.

<B>Le comité est-il autorisé à exposer les motifs de sa décision ? </B>

Il y a un formulaire sur lequel sont inscrits le nom du film, sa durée, son langage, un bref exposé du sujet qu?il traite, et une note qui explique les motifs sur lesquels le comité s?est appuyé pour attribuer un visa au film.

<B>Que se passe-t-il en cas de protestation ? </B>

Le soumissionnaire d?une demande de visa a un droit d?appel. Le président peut changer les membres du comité de censure. Ce comité peut maintenir le même visa, en alléger les conditions ou les renforcer.

<B>Avez-vous personnellement vu Bénarès ? </B>

Oui, c?était mardi lors de sa projection en avant-première au cinéma Star, au Caudan.

<B>Quelle en est votre appréciation ? </B>

J?ai lu le livre. J?ai beaucoup aimé le film. L?auteur a réussi à transposer dans le film la poésie qui jalonne les pages de son ouvrage. On baigne dans un environnement qui témoigne du souci du réalisateur de nous transporter vers les plus hauts sommets de son expression artistique. En outre, le film a du caractère et du charme. Les acteurs ont donné le meilleur d?eux-mêmes.

<B>Quel type de visa auriez-vous attribué au film ? </B>

Je me permets de souligner que le thème du film n?est pas approprié aux enfants âgés de douze ans. S?ils étaient autorisés à voir le film en présence de leurs parents, ces derniers auraient eu des difficultés à leur expliquer le thème du film et les sujets qui y sont traités. Je l?aurais classifié dans la catégorie de film que les jeunes adolescents de quinze ans peuvent voir.

<B>Une formation est-elle nécessaire pour les membres de ce comité ? </B>

Ma réponse n?engage que les pratiques en cours pendant mon mandat de sept ans. L?accent était mis sur la sémiologie. Il s?agissait aussi d?interpréter des situations évoquées dans le film et à déterminer l?impact de ces images sur les cinéphiles.

<B>Qui dispense une telle formation ? </B>

Durant mon mandat, je me suis fait épauler par des spécialistes dont des psychologues de renom et des sociologues.

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