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L?itinéraire tortueux de Rama Valayden
Rama Valayden, le leader du MR, ne laisse personne insensible. Il provoque l?admiration ici et suscite l?hostilité là-bas. Heureusement pour lui, l?indifférence l?aurait tué. Depuis qu?il a fondé un foyer, depuis qu?il a été nommé ministre de la Justice et des Droits humains (une adjonction que d?aucuns lui contestent), depuis qu?il porte quotidiennement costume-cravate et qu?il a pris de l?embonpoint que le pouvoir confère, il tente systéma-tiquement de relooker son profil pour ne plus faire peur.
Qui n?aurait pas eu peur de lui ? Surtout les bien-pensants, avec sa dépénalisation du gandia et de la sodomie ! D?autant que lors de son meeting, Kaya fut arrêté pour avoir fumé un pétard, jeté en prison et faute d?une caution pour son élargissement mourut comme nombre de prisonniers en prison? en glissant sur un morceau de savon ! De quoi provoquer les émeutes de 1999 que les mauvaises langues disent il a aussi attisées en sous-main.
<B>Imbattablesur les Droits humains</B>
Cela dit, depuis sa naissance en 1996 au confluent de deux formations, l?Association des juristes mauriciens et Save the Children, le MR a fait du chemin, des plus tortueux pour pouvoir compter aujourd?hui un ministre (son seul élément à l?Assemblée nationale), 15 conseillers municipaux (dont un maire à Beau-Bassin ? Rose-Hill et un adjoint à Vacoas-Phoenix et 64 conseillers de villages).
Cela n?aurait pas été possible sans un leader populiste qui se réclame ouvertement et de Gaëtan Duval et de Paul Bérenger, « two strange bedfellows » idéologiques, mais dont il incarne, dit-il, l?essentiel de leur vision du monde. Il faut concéder qu?avant de s?envoler pour l?Angleterre pour ses études de droit, Rama était mauve foncé et qu?à son retour, il s?est retrouvé chez Me Gaëtan Duval où il a affûté ses armes.
Mais 1996 dans le sillage de l?accouchement du MR, deux événements allaient marquer ses balbutiements sur la scène politique : l?élection de son leader pour les municipales à Beau-Bassin ? Rose-Hill dans l?arrondissement numéro 1 et la mort de sir Gaëtan Duval dont il a organisé de main de maître les funérailles. Ce qui le propulsa au-devant de la scène et dans le même souffle provoqua l?hostilité du MMM dont il empiétait sur le terrain.
Toutefois les contorsions des uns et des autres firent que le MMM prit le MR « on board ». Il n?en fallait pas plus pour lui donner un peu de respectabilité avec la caution personnelle de Paul Bérenger au nom de l?unité de l?opposition. Mais Rama Valayden n?allait pas pouvoir cohabiter avec le leader mauve pendant longtemps. Cehl Meeah allait être le ver dans le fruit. Par une pirouette dont seuls les politiciens ont le secret, Rama Valayden se retrouva avec le Parti travailliste en 2001.
L?itinéraire de Rama Valayden en politique n?est pas trop différent de celui de Paul Bérenger en fait. Son populisme des années 90 s?est dilué dans les eaux troubles du pouvoir des années 2005-06. Souvenez-vous, le MR manifestait contre une drague-suceuse dans le port en janvier 1998 pour que les pêcheurs qui ne pouvaient travailler obtiennent une compensation?
Manifestation intempestive contre le projet d?aménagement d?un terrain de golf à l?île-aux-Cerfs? Manifestation contre les nouveaux billets de banque pour une préséance de tamil et de l?hindi et enfin le fameux meeting de Rose-Hill sur la dépénalisation du gandia.
Que de pétards consommés depuis, jusqu?à cette dénonciation virulente de son collègue Anil Bachoo, qu?il avait voulu traîner devant l?Icac pour une sombre affaire de patentes de taxis ! Même Navin Ramgoolam, le 1er Mai dernier, ne put s?empêcher d?y trouver une référence amusante. Il est un véritable rassembleur pour avoir mis Valayden et Bachoo, dans le même panier sinon sur la même plate-forme ! C?est dire?
Depuis qu?il est ministre, l?on ne peut dire que Rama Valayden a chômé. Comme la mouche du coche, il a aiguillonné toutes les réformes possibles relevant de son ministère, dopant des filiales de tutelle tout en visitant les prisons de quelques commissariats pour procéder à leur fermeture. Sur les droits humains (et pour cause), il est aujourd?hui imbattable. Pour les déclarations tardives d?enfants, il a assoupli les lois comme celles interdisant des arrestations pour délits mineurs pendant le week-end, entre autres.
<B>Le don d?ubiquité</B>
Disponible en permanence, il est quotidiennement sollicité par toute la presse et toutes les radios pour devenir, en peu de temps, le ministre le plus médiatisé du gouvernement Ramgoolam. Celui-ci n?hésite pas à l?envoyer au feu du front là où d?autres membres du cabinet auraient laissé des plumes. C?est pourquoi parfois on a le sentiment qu?il a le don d?ubiquité.
Rama Valayden, après Paul Bérenger, est l?illustration type de ces jeunes loups carnassiers, capables d?enflammer l?imagination et faire rêver tant leur éloquence est assourdissante dans les rangs de l?opposition. De gauche, ils peuvent résolument se trouver ailleurs quand la réalité leur impose un changement d?itinéraire.
Cette mue est souvent visible physiquement comme dans leur tenue vestimentaire. Ils sont capables de toutes les contorsions que leur dictent leurs ambitions. D?ailleurs, c?est le propre des grands hommes. Pour le 8e anniversaire du MR, Rama avait trouvé des accents de Danton avec son slogan « Le Peuple a faim ! »
Le peuple est-il repu aujourd?hui ?
Heureusement que notre référence en la matière est La République des animaux d?Orwell !
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