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La menace salutaire

7 mai 2006, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le Mauricien est un enfant gâté. Un peu niais sur les bords. C?est bien pourquoi il réclame toujours davantage de ses dirigeants gouvernementaux. Et qu?à chaque fois, il se fait berner par des cadeaux qui s?avèrent empoisonnés. Il est donc utile que quelqu?un lui dise ses quatre vérités en face de temps en temps. Cette semaine, c?est Rama Sithanen, le ministre des Finances qui s?est attelé à la tâche. Pour dire à tous, y compris ses propres collègues, à quel point il va falloir faire preuve de sacrifice, de discipline et de solidarité pour surmonter une conjoncture économique difficile.

La formule employée par le ministre est percutante. C?est qu?il a le mérite de placer chacun devant sa responsabilité. « Il ne faut pas qu?on demande une chose pour en refuser les conséquences. » En l?occurrence, l?avertissement de Sithanen concerne la taxe sur la valeur ajoutée. Qu?il dit vouloir augmenter si les réclamations de dotation supplémentaires qui s?exercent sur lui ne s?estompent pas.

On est tenté de dire à Sithanen de passer en force.

De ne pas écouter les récriminations et litanies de toutes sortes. Mais le principal intéressé rétorque qu?il faut quand même un minimum de dialogue et d?écoute. Soit. Accepter que les plus bas salaires du pays reçoivent une compensation salariale paraît justifiable. Parfaitement souhaitable même. Mais il y a d?autres demandent qui sonnent faux.

Ainsi le secteur privé recommencerait à réclamer des exemptions fiscales et des incitations sectorielles. Afin de surmonter cette période difficile. Pourtant, tout le monde semblait avoir compris, qu?une entreprise doit avant tout être compétitive à travers ses coûts de productions maîtrisés et ses délais et mode de livraisons adaptés aux besoins des clients.

Si le gouvernement doit faire une chose pour Mauritius Inc., c?est améliorer le climat d?investissement et des affaires dans le pays. Remédier à ces « platform issues » tant détestées par le secteur privé. Les moyens d?y arriver sont connus. Rationaliser et accélérer les procédures administratives permettant d?obtenir un permis d?opération ou la permission de fonder une société. Que le secteur privé continue à réclamer cela !

Ce budget est peut-être aussi l?occasion de revoir les relations de l?État avec le maelström d?associations culturelles, communautaires et ethniques qui pullulent dans le pays. Est-il juste que l?impôt que payent respectivement un petit cadre du privé et un « purchasing officer » du public aille financer la construction d?un énième hall d?une association culturelle ?

Nous ne tirons pas de conclusions hâtives, les associations dont nous parlons ont le droit d?exister. Même le ministre de la Culture, Mahen Gowressoo, saurait justifier cela pendant au moins une heure ! Nous questionnons plutôt la pertinence de leur financement à partir des deniers publics.

Les Mauriciens se targuent d?être religieux et attachés à leurs communautés et associations. Qu?ils financent donc directement leurs églises, temples, mosquées de leur poche. Car, si financer une association religieuse est d?utilité ethnique-communautaire, financer l?achat de sanitaire neuf pour une école défavorisée est d?utilité publique. La députée Nita Deerpalsing avait soulevé la question du financement des associations religieuses il n?y a pas longtemps.

Il est temps que le sujet revienne sur le tapis.

Mais il n?y a pas que ses interlocuteurs de la société civile et des affaires que Sithanen pourrait éduquer. Son plus grand défi depuis le jour où il a été nommé ministre des Finances en juillet dernier, a été de convaincre ses collègues du cabinet de suivre la voie de la sagesse budgétaire. Or le ministre des Finances précise volontiers que quasiment tous ses collègues lui ont réclamé des augmentations de leurs budgets.

A-t-il désormais la possibilité de faire la sourde oreille à leurs demandes sans risquer d?être rappelé à l?ordre par Navin Ramgoolam ? Peut-être que si. Car peut-être que le Premier ministre est enfin convaincu que la voie de la responsabilité et de la discipline est la seule qui mène au salut économique. « Pena choix, zot bizin conpran », dit Sithanen.

Tant mieux s?il en est ainsi.

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