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La mise en garde de Sithanen
Rama Sithanen, le ministre des Finances, aura réussi un bon exercice d?explication à un mois de son budget 2006-2007. En situant les enjeux et en énumérant les contraintes auxquels le Trésor fait face, il cherche désormais à placer la population devant ses responsabilités. La mise en garde de Sithanen est précise et claire. Si syndicats, secteur privé, ministres ou associations s?acharnent à vouloir bénéficier de dotations supplémentaires, il va falloir qu?ils en payent le prix. Le ministre des Finances balance même l?option qui fâche : une hausse du taux de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA).
Soucieux de bien se faire comprendre, Sithanen se fait même professeur d?économie politique. Il explique d?abord les quatre possibilités qui s?offrent à lui. À commencer par l?inaction, qui résultera en un déficit budgétaire équivalent à 9% du produit intérieur brut (PIB) durant l?année financière 2007-2008. Toutefois, cette solution qu?il juge insupportable doit être « rayée ».
Reste la possibilité de laisser monter les dépenses en les finançant par une augmentation des recettes de l?État grâce à une hausse de la TVA. « Je ne souhaite pas le faire. Mais cela dépend de la population, des syndicats et des opérateurs économiques. Plus il y aura des pressions pour augmenter les dépenses, plus il y aura la possibilité de hausser les taxes. »
<B>Exhortation à la discipline</B>
Mais ce n?est ni la première ou la deuxième option que veut privilégier Sithanen, mais deux autres. Il veut d?abord maîtriser les dépenses de fonctionnement des ministères ou des corps parapublics en appliquant plus de discipline et en luttant contre le gaspillage. À ce chapitre les chiffres avancés par le ministre font réaliser que la maîtrise des dépenses devient effectivement une vertu cardinale de l?État. En effet, le déficit cumulé des organismes comme le CEB, la DWC, Mauritius Post, la STC, l?Irrigation Authority ou BPML dépasse allégrement les Rs 2,5 milliards.
C?est donc un véritable arsenal de lutte contre le gaspillage, de maîtrise des dépenses et de collecte améliorée qui devra être mis en place. Pour cela, Sithanen exhorte chacun à la discipline et à la solidarité, en assurant que le gaspillage sera traqué là où il existe. Parallèlement, les dépenses des ministères feront d?abord l?objet d?un contrôle par des Audit Committees, pour être ensuite corsetées dans une planification à moyen terme grâce au Medium Term Expenditure Frame-work. La Mauritius Revenue Authority achèvera alors de compléter cette force de frappe de rationalisation de la collecte des revenus de l?État.
Toutefois, même la meilleure gestion budgétaire ne suffira à assurer des taux de croissance enviables au pays. « Il faut à tout prix engager des réformes rapidement pour permettre au pays d?atteindre les 6 à 7% de croissance, et ce, afin de le placer dans une dynamique de croissance. Cette dernière générera alors des revenus plus importants pour l?État. »
Pour y arriver, Sithanen ne réinvente pas la roue, mais puise dans les solutions qui sont dans l?air depuis des années. Exemple, restructurer en profondeur l?industrie sucrière et celle de la zone franche, tout en consolidant le tourisme, les technologies de l?information, le secteur financier, et le seafood hub. En parallèle, le knowledge hub ou la land based oceanic industry devront prendre leur essor. Mais Sithanen prévient que cette nouvelle approche nécessite une plus grande ouverture du pays vers l?étranger. « On parle aussi bien de technologie, de capitaux, d?idées que de personnes », insiste le ministre des Finances.
Le coût de la réforme de l?économie, sur une période de 10 ans, a été chiffré à Rs 150 millions. Et pour Sithanen, la finalité du budget est en partie de faire en sorte que Maurice offre le meilleur visage possible pour attirer ces précieux fonds pour financer la réforme.
Deux sources existent : l?investissement direct étranger (IDE) et les prêts d?organismes de financement internationaux. Or, la Banque mondiale ou la Banque européenne de développement ne prêtent qu?à des pays qui offrent certaines garanties, notamment celle d?avoir des gouvernements avec des finances assez solides et stables pour pouvoir rembourser les prêts contractés. « Il vaut mieux décider de faire les sacrifices seuls maintenant plutôt que de voir le Fonds monétaire international nous les imposer plus tard. »
Parallèlement, le taux d?IDE dans le pays ne croîtra que si l?économie montre des signes évidents de croissance et de bonne santé, avec des secteurs dont les taux avoisinent les 6% ou 10%, plutôt que des contractions ou des progressions médiocres.
Et la population dans tout ça ? Sithanen promet du réconfort si on consent à faire des efforts dès maintenant. « Si nous arrivons à maîtriser nos dépenses et que nous réussissons notre effort. Au bout de trois ans, nous récolterons les fruits de notre discipline. » Reste à persuader la population d?écouter le prêche de Sithanen?
<B>Tripartites : L?impasse</B>
Ils sont repartis dos à dos. La situation s?est répétée une fois de plus entre le patronat et les syndicats jeudi, lors de la première réunion des tripartites. Mais alors que d?habitude le gouvernement joue un rôle plus ou moins neutre, cette fois, le ministre des Finances a clairement annoncé la couleur. Il a en déclaré, dès le départ, que les demandes devront être raisonnables afin de ne pas lester davantage le budget de l?État et de ne pas essouffler encore plus un secteur privé qui peine à se remettre des baisses de croissance dans la zone franche et le secteur sucre. Le comité technique des tripartites se réunira demain avant de soumettre ses conclusions sur les barèmes de compensation au ministre des Finances et au président du comité tripartite. Le montant des compensations reste encore à être déterminé. Mais une chose est déjà établie, les syndicats se verront refuser leur demande de compensation de Rs 718 pour ceux qui sont au bas de l?échelle. Sithanen a prévenu : « Si l?on demande une chose, il faut en assumer les conséquences. Plus de compensation amène davantage d?inflation. Ce qui à son tour amène davantage de compensation. C?est une illusion monétaire. »
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