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PROFESSION : Infirmière
09h20.
Hôpital de Candos. Dans la salle des urgences, quelques femmes aux coiffes assorties de leurs robes blanches et des incontournables paires de bas font le va-et-vient? On les appelle les « Sister » ou encore « Miss » ! À ce jour, environ 2 000 Mauriciennes exercent le métier d?infirmière dans la santé publique. La totalité revient à 2 608 infirmiers en poste, incluant 1 129 femmes affectées comme Nursing Officers (les infirmières fraîchement diplômées et travaillant dans les hôpitaux) et bien d?autres destinées aux domaines de spécialisation. Dans le privé, on en dénombre des centaines.
Leur mission ? Tout ce qui contribue à la guérison du patient. Du triage des patients, aux indications des salles de consultation, en passant par l?assistance des médecins, les prises de tension ou les injections? La liste des responsabilités est longue.
Qu?est-ce qui pousse à faire carrière dans l?infirmerie ? « En voyant les gens malades souffrir, j?ai été transformée, je compatissais avec eux. Je me devais de leur venir en aide. Je voulais travailler avec les malades », déclare Luce, 55 ans, Acting Ward Manager à la radiothérapie, département traitant les cancéreux.
Pendant 31 ans, elle a travaillé pendant les gardes de jour, de 7 heures à 18 heures et de nuit, de 18 heures à 7 heures. « J?étais tellement prise par le travail qu?il m?arrivait parfois de ne pas avoir le temps de rencontrer mon mari en rentrant. Ce n?était pas évident car il y avait tant de choses à faire comme s?occuper du patient, lui donner son bain, ses médicaments, surveiller son état etc. Mais je vouais de l?amour à cette profession », ajoute-t-elle.
Braver les insultes et agressions physiques
C?est également pour être au chevet des malades que Bleuette, 43 ans, responsable des infirmières à la clinique Medisave, a choisi d?exercer dans le métier. Caressant ce rêve depuis l?enfance, elle s?est toutefois orientée vers l?hôtellerie pendant trois ans.
Puis portée par sa vocation, Bleuette s?est embarquée pour l?Allemagne et la Chine pour des cours en nursing. Du coup, elle y a aussi appris les langues étrangères et travaillé. Dès son retour à Maurice, elle a travaillé au sein des cliniques, a gravi les échelons tout en poursuivant sa formation.
À la clinique de Quatre-Bornes, son quotidien se résume à l?enregistrement des présences des autres nurses, surveiller les malades en salle, faire l?inventaire des médicaments et psychotropes, répartir la tâche de ses collègues et accompagner les médecins effectuant les examens médicaux. Les nurses sont, en quelque sorte, les bras droit des docteurs qui viennent nous ausculter.
Quelles sont donc les qualités pour être une bonne infirmière ? Selon Luce, il faut impérativement « cultiver la patience, la compréhension et l?écoute des patients ». Pour Bleuette, la ponctualité est de rigueur ainsi qu?une bonne présentation. Cela inclut une tenue vestimentaire réglementée.
À ce propos, vous êtes sans doute nombreux à vous demander pourquoi les nurses portent toujours des bas ? Explication : pour empêcher la sudation des pieds. Car pour se protéger de tout matériel tranchant se trouvant à terre lors de leurs fonctions ? des scalpels ou des aiguilles de seringue, elles doivent porter des chaussures fermées. Par ailleurs, les pieds maintenus toute la journée ou toute la soirée se mettraient à suer sans bas.
Le sens de l?observation est aussi important. Surtout pour analyser des signes sur l?état de santé du malade. Bref, le dévouement total est de mise.
Bien que la dévotion soit le maître-mot du nursing, le métier n?est pas sans anicroches. En premier lieu, les horaires ne sont pas flexibles. « Le nursing est un travail de défi. Il faut faire beaucoup de sacrifice. En plus, le nombre de patients nécessitant des soins augmente de jours en jours ; ce qui fait que le volume de travail prend aussi l?ascenseur », souligne Govindass Nathoo, Chariman du Nursing Council.
Donc, les infirmières n?ont guère le temps de se consacrer à leur vie personnelle et familiale. Francis Supparayen, président de la Nursing Association, évoque les dures conditions de travail : « Les salaires varient entre Rs 8 800 pour le Nursing Officer et Rs 16 000 à Rs 18 000 pour le plus haut poste. Mais la promotion ne se fait qu?au bout d?une vingtaine d?années de service. »
Manque de considération et difficultés de gestion des patients sont aussi des obstacles au métier. Car les patients et leurs proches exigeants, réclament un service rapide. Les infirmières bravent parfois insultes ou agressions physiques. Une infirmière vient d?être giflée par un patient.
Par ailleurs, elles sont aussi exposées aux risques d?infections nosocomiales, et à la contraction des virus comme le sida ou l?hépatite. Toutes ces difficultés découragent à se lancer dans cette profession. Pour le recrutement de novembre 2002 à juin 2005, on dénombre 493 étudiants ; ce qui est insuffisant selon le Nursing Council. Ce métier entraîne aussi l?exode. Selon les dernières indications, 600 d?entre eux viennent de partir en Angleterre, recevant de meilleures conditions de travail.
Redorer le blason de l?infirmerie
Toutefois, les instances mauriciennes ne s?avouent pas vaincues. On entend redorer le blason de l?infirmerie !
Le ministère ainsi que le Nursing Council se penchent sur des moyens pour encourager les gens à épouser la profession. Il est question de créer des centres de formation privés avec des critères spécifiques pour « produire des infirmières de qualité internationale », déclare le Chairman du Nursing Council. Et pour honorer nos valeureuses nurses, plusieurs activités sont prévues à l?occasion de la journée mondiale, dont un hommage à Florence Nightingale, qui a posé les bases de la profession d?infirmière contemporaine.
Francis Supparayen confie qu?une célébration aura lieu la veille. Au menu, chants, danses, sketchs et discours officiels. Le lendemain, le Health and Occupational Safety Centre sera inauguré au Nurses Centre, à Beau-Bassin. La journée mondiale sera aussi marquée par une campagne de sensibilisation contre les agressions à l?encontre des nurses.
LA FORMATION
Si vous souhaitez devenir infirmière, il faut suivre un cours d?une durée de trois ans. À Maurice, la formation est dispensée par les centres de la Central School of Nursing aux hôpitaux de Candos et de Pamplemousses. Lors de ce cours, les étudiants bénéficieront d?un programme basé sur le modèle anglais mais ajusté selon la santé locale, en théorie et en pratique. Les student nurses sont soumises à deux examens ? un interne et un final.
En plus de cette formation de base, les infirmières peuvent se spécialiser dans d?autres domaines du Nursing. Par exemple, la maternité (pour les sages-femmes, le mid-wifing), le traitement du sida, le Samu, l?Hospital Administration. Un BSC Nursing, introduit à l?université de Maurice quelques années plus tôt, n?est actuellement pas en cours. À la fin des études basiques, les infirmières reçoivent un Certificate in General Nursing. Pour exercer comme Nursing Officer, elles doivent s?enregistrer auprès du Nursing Council. Après plusieurs années (environ 20 ans de service), le Nursing Officer peut être promu comme Charged Nurse, Ward Manager (après 22 ans de service), Nursing Supervisor, Nursing Administrator, Regional Nursing Administrator et finalement Chief Nursing Officer au ministère.
ELLES ONT CHOISI LA SPECIALISATION
Après la formation de base, beaucoup d?infirmières se spécialisent dans certains domaines. Sheila, 42 ans est immergée dans une carrière à 100 à l?heure ! Elle exerce au Samu depuis six ans.
« Dès que nous arrivons, nous devons vérifier tous les équipements dans l?ambulance. Nous fonctionnons comme un mini-casualty, avec défibrillateurs, appareils de cardiologie, équipements d?intubation etc. Quand le patient est au seuil de la mort, nous devons faire tous les efforts pour le sauver. Tout va vite, très vite », déclare-t-elle. Ce service d?urgence comprenant deux infirmiers, un médecin et un chauffeur, traite huit à douze cas par jour.
Autre département de spécialisation ? la Hyberbaric Medicine Unit (HMU). Amita, 40 ans, y travaille depuis deux ans. « J?ai travaillé aux soins intensifs pendant sept ans. Puis, avec l?opération de la HMU, je souhaitais m?y consacrer et j?ai suivi une formation. La HMU possède des équipements sous pression pour traiter les victimes d?accidents sous plongée, les diabétiques aux plaies qui ne cicatrisent pas etc. », indique-t-elle.
Preety, 22 ans, a choisi d?exercer à l?hôpital de Brown Sequard. Pour aider les patients, tout simplement. « Le travail peut être dur. Il faut avoir un moral d?acier car parfois nous avons affaire à des patients difficiles », dit-elle. Car elle est souvent amenée à traiter avec des patients sujets à des troubles associés à l?abus d?alcool ou de drogue et qui peuvent être violents. Il faut garder son sang-froid. Tout comme lors des accouchements, il est impératif de garder son calme, surtout s?il y a des complications. Géraldine, 30 ans, sage-femme dans une clinique privée, s?est spécialisée en maternité et psychiatrie, par amour du patient mais aussi des enfants. « J?ai été formée en Afrique du Sud dans ce domaine car on a besoin de sages-femmes. Et puis cela permet de s?occuper des patientes avant l?accouchement, pendant, en assistant les médecins et aussi après, en s?occupant des nouveaux nés », explique-t-elle.
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