Publicité
Frilosité
Face à la montée abrupte du prix des carburants, le ministre des Services publics choisit la méthode douce, l?éducation. Ce serait faire preuve de mauvaise foi que de prévoir que cela ne marchera pas. Mais des réserves sont permises. D?abord, parce qu?aucun bilan chiffré de cette campagne discrète de quatre mois n?est fait : citer le résultat des efforts du gouvernement lui-même, ce n?est pas sérieux. Ensuite, parce que les intentions mêmes du ministre ne sont pas convaincantes. Il a trahi cette semaine une préférence : à l?impopularité, il préfère l?inefficience des mesures. On n?arrive guère à grand-chose ainsi.
Le gouvernement commence à changer de discours. N?était-ce notre obsession des foules, on l?aurait mieux senti lundi, derrière les clameurs. Il se met à instiller dans la population un autre état d?esprit. Hier encore, le ministre des Finances a renchéri. L?heure est à l?appel à la responsabilité collective, laquelle déterminera la bonne application de la politique budgétaire de restriction. Cela manque encore un peu de fermeté mais l?on s?achemine vers une ligne plus dure : le gouvernement ne tolérera pas de gaspillage, et ne devrait donc pas céder aux lobbies pour concéder des générosités.
Mais quand le discours se déplace du politique à l?économique, il faut que les comportements suivent. Le ministre Kasenally a envoyé un message contraire à la population. Par crainte de perdre des plumes, il relativise la gravité de la situation sur la question de l?énergie. Alors que le Central Electricity Board (CEB) est favorable à une augmentation des prix aux heures de pointe, alors que le ministre reconnaît que c?est là une option sérieuse qui intéresse le gouvernement, il prend peur quand la nouvelle devient publique et s?écrie : Il n?y a pas le feu, on ne touchera pas aux compteurs.
Passe encore le ridicule de la réaction : pourquoi autant s?exciter quand cette mesure ne ferait payer que celui qui n?arrivera pas à se discipliner ? Passe encore la précipitation à retourner sa veste, qui illustre le sens des priorités de la personne. Passe encore? Le véritable scandale est cette garantie que le ministre ose donner. Non seulement en niant avec autant d?assurance toute éventualité de hausse, il laisse croire, encore et toujours, à la population qu?elle pourrait être épargnée de toute mauvaise surprise à l?avenir. Mais c?est de l?inconscience de garantir que l?électricité pourrait ne pas augmenter avant la fin de l?année.
Les prix des carburants continuent d?augmenter et rien ne donne à penser que la tendance sera autre avant longtemps. Lorsque le gouvernement a concédé en janvier une augmentation de 10 % et 15 %, la moitié de ce que l?organisme avait réclamé pour combler son déficit de Rs 2 milliards, le CEB avait indiqué que cette hausse-là n?allait représenter que Rs 705 millions dans ses caisses et qu?il fallait autre chose. Quatre mois plus tard, il peine à trouver des astuces politiquement correctes. Sa proposition, ce n?était pas un livret, à en croire ses responsables.
Dans leur lutte contre le gaspillage, les dirigeants ne doivent pourtant pas ignorer une chose : on ne gaspille que ce qu?on croit être bon marché. Il faut être suffisamment convaincu du contraire pour que cesse le gaspillage. Sur tous les tons, l?urgence d?économiser l?énergie est hurlée, des chiffres effrayants sont brandis, en vain. Quelle famille pense aujourd?hui à éteindre les lumières dans les espaces inutilisés ? Il faut, plus efficacement que les discours, que ça pince suffisamment du côté du porte-monnaie pour provoquer la réaction souhaitée.
La politique énergétique, nerf de toute politique budgétaire, ce n?est pas que l?affaire de l?administration ou des seuls producteurs de bagasse et autres compagnies pétrolières. Elle doit impliquer le citoyen. Le Luxembourg offre le transport gratuit? à ceux qui renoncent à utiliser leur voiture pour aller travailler. Un ?pass? contre une plaque d?immatriculation. C?est là un plus gros sacrifice qu?un coup de pouce sur l?interrupteur.
Publicité
Publicité
Les plus récents