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?Le marché du ciment se rétrécit?

30 avril 2006, 20:00

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Comment se porte l?industrie de la construction ?

Nous avons comme indicateur le marché du ciment. Nous constatons, sur les trois premiers mois de l?année, un marché en très légère décroissance par rapport à l?an dernier. Ce n?est pas pour autant une situation en forte dégradation par rapport à 2005. Mais une chose est sûre, l?on ne retrouve pas les volumes que l?on avait en 2004. En clair, l?année 2006 confirme la baisse du marché que nous avons constatée en 2005. Nous nous dirigeons cette année vers un volume qui tourne autour de 635 000 tonnes de ciment pour l?ensemble du marché. A titre de comparaison, en 2004, il s?élevait à 670 000.

Quelle en est la raison ?

On peut l?expliquer pour l?essentiel par un facteur macroéconomique. La croissance du produit intérieur brut (PIB) est, pour 2006, proche de 3 %. Nous avons une économie qui, sans être en récession, n?est pas en forte croissance. Cela a un impact sur l?ensemble des activités, en particulier sur l?industrie de la construction.

Est-ce que les gros chantiers sont terminés ?

Nous constatons une baisse des gros projets publics, comme par exemple écoles, projets d?infrastructure ou autres projets d?Etat. Par contre, nous avons une belle perspective pour les projets privés, principalement les projets hôteliers et les Integrated Resorts Scheme (IRS).

Ces gros projets sont-ils une source importante d?activités et de revenus ?

Le dynamisme des projets IRS et hôteliers ne fait que compenser la baisse des autres segments de marché. J?entends par là les projets d?infrastructures publiques, ainsi que la consommation des individus, qui est relativement importante à Maurice. Cette année, le segment de la construction des particuliers n?est pas très dynamique. Il est même en légère récession.

C?est-à-dire ?

Le secteur des particuliers est étroitement lié à la croissance. Pour faire un investissement dans sa maison, il faut avoir de l?épargne. Cette épargne, elle est justement liée à la croissance du pouvoir d?achat. Nous sentons bien que cette année le secteur des particuliers souffre, par rapport aux années d?avant 2004.

Il y a du béton partout dans l?île. Existe-t-il de nouvelles techniques pour le remplacer ?

Même dans les pays développés, on n?a pas réussi à trouver des produits pouvant remplacer massivement le ciment pour la construction. Comme produit alternatif au ciment, nous avons la construction métallique. Le problème, c?est que le coût de l?acier a connu une croissance bien supérieure à celui du ciment ces dernières années. Sur le plan économique ce n?est pas forcément très intéressant. Nous avons quelques initiatives prises par certains pays de l?Europe de l?Ouest, à base de bois. Maurice n?est malheureusement pas un grand producteur de bois. Pour la partie structurelle d?un bâtiment ou d?une maison, il n?existe pas aujourd?hui de matériau qui ait un coût et des caractéristiques nettement supérieurs au ciment.

?Ce que nous avions indiqué à la fin de 2005 est clair. La persistance d?un prix qui ne permet pas, durablement, une rentabilité normale pourrait conduire à une cessation d?activités.?

Parlons de la polémique avec le gouvernement sur le prix du ciment. En décembre 2005, vous déclariez dans nos colonnes que si le prix du ciment n?était pas revu à la hausse, la viabilité de votre business serait remise en cause. Vous envisagiez alors une décision drastique pour janvier. S?agissait-il d?une sorte de chantage pour forcer l?Etat à revoir le prix du ciment ?

Il y a deux facteurs. D?abord, un élément est intervenu au début de l?année : la libéralisation du prix du vrac. C?est une bonne chose. De manière évidente, cela nous met dans une situation économique qui, sans être rentable, nous permet de patienter. Puis, il y a l?étude du Management Audit Bureau (MAB) commanditée par le ministère du Commerce. On en attend les résultats. Celle-ci doit à la fois déterminer le prix de vente du ciment en sachet pour 2006, et proposer un Automatic Pricing Mechanism sur ce produit, permettant d?avoir une révision des prix en fonction des variations des principaux paramètres économiques.

Quelle est la situation actuelle ?

Une décision pour la révision du prix du ciment devrait intervenir courant mai.

Si tel n?était pas le cas, quelle sera votre position ?

Ce que nous avions indiqué à la fin de 2005 est clair. La persistance d?un prix qui ne permet pas, durablement, une rentabilité normale, pourrait conduire à une cessation d?activités. Il faut savoir que pour un groupe comme Lafarge, arrêter son activité sur un marché comme Maurice est une décision extrêmement lourde. D?une part, nous avons investi énormément sur place et d?autre part, nous avons une responsabilité commerciale et sociale. Nous ne pouvons pas prendre une telle décision à la légère. En fonction de l?évolution des discussions que nous avons eues avec le ministère du Commerce, nous préférons attendre les résultats du MAB.

Le problème que nous avons soulevé n?est pas spécifique à Lafarge. N?importe quelle société confrontée à une situation de marché sur lequel les prix ne permettent pas une rentabilité correcte, se pose toujours la question de sa présence sur le marché. Ce n?est pas du tout, comme certains l?ont avancé, un chantage. C?est simplement des réflexions stratégiques normales que fait toute compagnie confrontée à une situation de marché qui ne lui permet pas d?avoir une rentabilité correcte.

Vous réclamez une hausse de combien ?

On a réclamé une hausse qui porterait le prix de la pochette deRs 135 à Rs 150.

C?est une augmentation importante quand même.

Notre marge brute n?a pas été révisée depuis 2002. Si l?on tient compte de l?inflation cumulée entre 2002 et 2006, ce n?est pas une hausse très importante.

Si l?on regarde le prix du ciment en roupies constantes, c?est-à-dire en corrigeant ce prix de l?inflation, sur une très longue période, on constate qu?il a baissé. Le prix du ciment sur une longue période a eu une croissance inférieure à l?inflation mauricienne.

Est-ce qu?une telle hausse peut ralentir l?industrie de la construction ?

Non. Le ciment a un poids relativement modeste dans l?économie de la construction. Pour preuve, l?augmentation du prix en vrac n?a eu strictement aucun impact sur l?activité des gros chantiers.

Pourrait-on trouver une formule qui permette de faire payer le ciment moins cher aux particuliers, notamment à ceux qui sont bas de l?échelle ?

On doit voir deux aspects. D?une part, la notion d?aide à la construction pour les plus démunis. Cela reste de la compétence du gouvernement. Je n?ai pas d?avis à donner là-dessus.

En ce qui concerne le ciment, on en importe une seule catégorie. On travaille sur un ciment de classe 42/5. Pour être simpliste, c?est un ciment à tout faire. Il permet de faire de gros chantiers, mais il a des performances un peu excessives pour des maisons individuelles. On pourrait faire un ciment avec des performances plus adaptées que l?on vendrait à un prix inférieur. Nous avons fait des recherches à ce niveau. Sur un plan logistique, nous avons du mal à gérer plusieurs catégories de ciment sur nos terminaux. Par contre, il y aurait la possibilité de fabriquer ce type de ciment à Maurice en ajoutant au ciment importé des fillers produits localement. Mais avant de se lancer, il faudrait avoir une perspective d?une politique cohérente pour fixer le prix car cela nécessite un investissement important.

Rama Sithanen souhaite une plus grande implication de la part du privé dans la construction des logements sociaux. Votre avis ?

A notre niveau, on peut étudier la possibilité de faire des matériaux plus adaptés et à un moindre prix pour ces types de logements. Par contre, il ne faut pas que ce soit synonyme de mauvaise qualité.

Nous sommes dans un domaine dans lequel on est prêt à s?asseoir avec le gouvernement pour regarder ce qui est possible d?être fait.

On attend quoi alors ?

Nous avons eu une rencontre organisée par l?ambassade de France il y a un mois et demi. Nous avons officiellement parlé de ce projet avec le ministre des Finances. Nous avons aussi déjà évoqué ce projet avec la State Trading Corporation. Nous attendons que le problème de la régulation du prix du ciment soit réglé avant d?envisager des projets de développement.

Quels sont vos projets pour l?avenir ?

Dans les cartons, on a le projet de monter un hub, destiné à distribuer du ciment stocké à Maurice sur les marchés de la région.

En juin, nous allons passer la certification OHSAS 18 000 de notre terminal. Nous allons être certifié en matière de sécurité du travail. Cette étape démontre l?importance donnée par le Groupe Lafarge à la santé et à la sécurité du personnel.

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