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«?Bénarès? a ouvert la voie, mon deuxième film sera plus complexe»
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«?Bénarès? a ouvert la voie, mon deuxième film sera plus complexe»
● Vous survolez la France avec votre film et votre livre en poche. ?Bénarès? a été projeté dans cinq grandes villes françaises. Racontez-nous cette aventure?
Bénarès a été projeté dans cinq grandes villes parce qu?il existe cinq copies du film pour la projection en salle uniquement. Les organisations mauriciennes nous aident à promouvoir ce film.
Ce sont des inconnus comme Ruben Marimootoo, responsable d?un centre de jeunesse, qui diffusera le film. Le 13 avril, un cousin de Jérome Boulle (acteur du film), préparera une projection et un question-réponse. Ça fait chaud au c?ur, croyez-moi. On peut se balader avec un film toute sa vie?
● Comment le public français a-t-il réagi lors de la première de ?Bénarès? le 29 mars dernier ?
Il y a eu beaucoup de questions. Les Français sont venus en grand nombre et ils ont posé un autre regard sur Maurice. Il existe une seule prise de vue de la plage dans le film. Ils ont été quelque peu décontenancés par ces images.
● Vous dites qu?il n?y a que cinq copies uniquement pour la projection dans les salles. Expliquez-nous?
Au fait, nous devions en avoir plus mais cela n?a pas pu se faire. Une bagarre entre les deux co producteurs s?est terminée au tribunal. Ils voulaient avoir le film. Mais en sus de ces cinq copies, il y en a une qui reste avec moi et une autre avec Paul Olsen.
● ?Bénarès? est-il toujours à l?affiche dans les salles françaises ?
Oui. Bénarès continue et les cinéphiles sont toujours au rendez-vous.
● Les critiques ont beaucoup parlé de votre film?
Oui. Ce qui me plaît, c?est que je n?avais aucune connaissance du monde cinématographique mais malgré tout, ça a accroché. Les critiques de Cahiers du Cinéma me plaisent aussi. Il me semble que nous avons trouvé notre public. Il y a eu beaucoup de louanges aussi pour les acteurs. Le public français a trouvé que pour des non-professionnels, ils se débrouillent très bien.
● Pourquoi ne pas avoir présenté ?Bénarès? au public mauricien en premier lieu ?
Le délai était trop court. La sortie était prévue depuis très longtemps déjà ! Il y a eu six mois de préparation en France, toute une communication à préparer, des affiches à imprimer. Puisque le film sortait en France en mars, nous ne pouvions pas le programmer pour février à Maurice !
● Vous serez à Maurice pour la projection de ?Bénarès? le 3 mai au Caudan Waterfront ?
Bien entendu ! Nous viendrons avec notre matériel et nos affiches. Ma société de distribution s?occupera de tout l?aspect technique. J?espère que notre public sera présent.
● Vous nous annoncez aussi un second film ?
Oui. J?ai décroché un contrat pour mon deuxième film. Le tournage débute l?année prochaine. J?ai rencontré la productrice lors des nombreuses présentations de Bénarès dans les festivals. Un second film, c?est une bonne nouvelle, non ? Je termine aussi mon livre cette année?
● Un film et un livre, dites-nous en plus?
Le scénario de mon film sera original. Il s?intitule : l?Île au poisson vénéneux. J?écris le scénario directement cette fois parce que quand vous débutez avec un livre, vous restez toujours avec une seule idée principale. Mais quand vous débutez par le scénario, c?est totalement différent. Ce film parlera de la disparition d?un homme et des moyens qui sont entrepris pour le retrouver. Mon livre n?est pas relié à ce thème, il parlera de ma mère qui est morte dans des conditions tragiques l?année dernière.
● Vous vous êtes épris de la caméra?
Je veux poursuivre dans ce domaine. Bénarès a ouvert la voie, mon deuxième film sera plus complexe. C?était mon premier film et retranscrire un livre à travers un film est vraiment une aventure ! Je m?y prendrais vraiment différemment pour le deuxième.
● Vous choisirez aussi des acteurs non-professionnels pour ce film ?
Il n?y a pas d?acteur professionnel à Maurice ! Mais malgré tout, mon choix se portera sur eux tout comme pour Bénarès. Cette fois, il faudra se soustraire à un long travail de préparation car ce deuxième film qui est plus compliqué au niveau du jeu de scène. Une femme et un homme tiendront les rôles principaux. Dans Bénarès, on voit beaucoup de paysages qui défilent. Là, ce sont les dialogues qui construiront le scénario. J?ai besoin de personnages solides, qui parviennent à capter tout de suite de quoi il est question.
Propos recueillis par Tania HUËT
Critique de la presse
?Télérama? : ?Le premier film de l?écrivain mauricien Barlen Pyamootoo (d?après son propre roman) irradie une douceur et une tranquillité séduisantes, qui tiennent, entre autres, à une trame dénuée de tout conflit ou tension. Cette suavité a son revers, une langueur monocorde, que renforce l?alternance métronomique de paysages nocturnes sur fond de jazz et de conversations entre les protagonistes. Mais quelque chose filtre de l?essence du projet : donner à voir et à sentir l?ineffable d?un moment transitoire (un trajet en voiture), qui devient soudain un temps plein, suspendu, et une fin en soi.?
?Le Monde? : ?Tourné en créole avec des non-professionnels, «Bénarès», premier film du romancier mauricien, suit fidèlement un texte minimaliste (éd. de L?Olivier). Bande-son jazz de Gil Evans, et la vision de ces paysages de champs de canne à sucre, villes côtières, petites boutiques. La prostitution apparaît comme un gagne-pain naturel dans les faubourgs misérables de Port-Louis. Ni exotisme ni sexe dans ce périple aller-retour, voyage sans issue hanté par l'errance, la solitude, les revenants.?
?Studio Magazine? : ? On devine l'intention poétique, mais le réalisateur, qui touche une caméra pour la première fois de sa vie, ne sait pas (encore) changer les mots en images.?
?Journal du Dimanche? : ?Solitude et rencontre à l'île Maurice où deux garçons d'un village entreprennent de ramener deux filles pour la nuit. Un ode poétique et quasi ethnologique aux ?gens de peu?.
?Première? : ?(...) une écriture plus littéraire que cinématographique.
APPRÉCIATION
?Ernest Wiehe et Paul Olsen, les premiers à visionner ?Bénarès?
Il est l?un des privilégiés à avoir vu le film dans son intégralité. Ernest Wiehe l?a trouvé tout simplement ?sensible et profond?. Il s?est abstenu de revoir le film pendant un an, pour avoir ?un regard objectif sur sa musique et le scénario? au moment de la projection. «?Bénarès? est un voyage dans la poésie et le temps. C?est une ?uvre d?art. Un film qui a été artistiquement fait.» Ce film repose sur 35 minutes de musique. Plusieurs artistes, en sus d?Ernest Wiehe, y ont apposé leur signature musicale. Pour s?empreindre de l?atmosphère, Ernest Wiehe a visionné le film plusieurs fois. Il a permis aux acteurs d?avoir un refrain à siffloter. Cette musique teintée de jazz, a été complètement écrite, souligne-t-il. Le musicien s?est aussi mis au saxophone et à la flûte pour y ajouter de la richesse. Il ne peut décrire véritablement la musique car ?c?est un art abstrait. Au fait, continue-t-il, tout découle du thème principal, cette musique que sifflotent les acteurs?. ?Bénarès? plaira-t-il ou ne plaira-t-il pas ? Ernest Wiehe confie : ?Ça touche ou ça ne touche pas?. Après tout, le public est vaste. Il livre que ?Bénarès? n?atteindra pas une très grande popularité mais il trouvera son public. Il existe une copie du film à Maurice : elle appartient à Paul Olsen, directeur d?Otayo. Interrogé, celui-ci devait avouer qu?il a été séduit par le ?film d?atmosphère?. ?Magnifique ?. C?est le premier mot qui est sorti de sa bouche à l?évocation de ?Bénarès?. ?Je l?ai vu à Paris. C?est un film très intimiste, un film d?atmosphère, un road-movie.? C?est presque l?insulter que de lui poser la question : ?Avez-vous lu le roman éponyme ?? Sans se départir de son sourire, Paul Olsen répond : ?Bien sûr. Il a ajouté certaines choses, comme une histoire parallèle, parce qu?on ne peut pas faire pareil.? Lui, s?est aussi laissé prendre par les clins d??il qui émaillent le film. ?Par exemple, on retrouve un Stop Go qui tourne sur la route. Les personnages sont mécanicien, pêcheur, jardinier, des gens humbles et grands à la fois. Barlen leur donne l?occasion de s?exprimer, ce qui n?arrive pas souvent. Et puis, c?est les paysages de Maurice qui défilent en 35 mm.? Invité à réagir sur la ?lenteur? du film, un mot qui revient souvent chez la critique, le spectateur privilégié nous explique que pour lui, cette ?lenteur? est voulue.
?Ce n?est pas un film d?action ultra rapide.
Je n?ai pas trouvé lent mais plaisant.?
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