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Prodi donné favori en Italie
Les Italiens ont commencé hier à voter lors d?élections législatives qui pourraient, selon les sondages, mettre un point final au gouvernement de centre droit de Silvio Berlusconi, le plus durable de l?après-guerre après cinq années aux affaires.
Les bureaux de vote ont ouvert à 8 heures et fermeront à 22 heures, avant de rouvrir lundi entre 7 heures et 15 heures.
Des sondages sortis des urnes seront diffusés peu après et les résultats officiels seront connus ce soir.
Le nombre considérable des indécis, qui représentent près d?un quart de l?électorat, promet un scrutin ouvert.
Les dernières enquêtes d?opinion, interdites depuis la fin mars, donnaient à l??Unione?, l?alliance de centre gauche de Romano Prodi, une avance de trois points et demi à cinq points sur la ?Maison de la liberté?, la coalition conduite par Berlusconi.
?Outre la défaite de Berlusconi, ces élections pourraient entraîner sa disparition de la scène politique?, a estimé le politologue Franco Pavoncello.
La campagne a été virulente, les insultes ont fusé de part et d?autres, à tel point que le président de la République, Carlo Azeglio Ciampi, s?est senti obligé d?intervenir le mois dernier pour calmer les esprits.
Le président du Conseil sortant s?est présenté comme un martyr, s?est même comparé à Jésus-Christ, accusant pêle-mêle la presse, les magistrats et le patronat de vouloir sa perte. Il a traité les électeurs de centre gauche de ?couillons?, son adversaire Prodi, ancien président de la Commission européenne, d??idiot utile? au service des communistes, et a prédit l?apocalypse en cas de victoire de l?Unione.
Derrière les chiffres
Berlusconi, qui avait triomphé en 2001 en promettant aux Italiens un miracle économique, s?appuie aujourd?hui sur un bilan contesté par ses adversaires.
Effectivement, les impôts directs ont baissé, mais moins que prévu, et cette baisse a été pratiquement neutralisée par l?augmentation des taxes indirectes. En 2005, pour la deuxième fois en trois ans, la croissance n?a pas été au rendez-vous. Sur cinq ans, elle a été en moyenne de 0,6 % par an, en queue de peloton des douze pays de la zone euro.
Pour la première fois depuis 1992, la balance commerciale a été déficitaire en 2004 et 2005. La demande intérieure est restée faible, la productivité a stagné, contrairement à ce qui se passait chez les partenaires européens.
Côté emploi, Silvio Berlusconi peut présenter des chiffres flatteurs. Depuis 2001, le taux de chômage est tombé de 9,2 à 7,7% de la population active, avec la création d?un million d?emplois. Mais pour l?opposition ces chiffres sont en partie dus à la régularisation massive d?immigrés clandestins. Et le taux d?emploi est de seulement 57,5%, contre 65% en Allemagne et 63% en France.
Mauvaise nouvelle pour le gouvernement sortant, le Trésor a ramené le 2 avril sa prévision de croissance du produit intérieur brut 2006 à 1,3%, au lieu de 1,5%. Le gouvernement a en outre revu à la hausse, à 3,8% au lieu de 3,5%, son objectif de ratio déficit budgétaire/PIB pour cette année, ce qui a conduit Romano Prodi à dénoncer une «gestion désastreuse des finances publiques».
Ces trois dernières années, les déficits publics ont dépassé les 3% du PIB des critères de Maastricht. L?an dernier, ils étaient de 4,1%, les plus importants depuis 1996. En cinq ans, l?inflation annuelle a augmenté en moyenne de 2,5%, plus que dans les autres pays de la zone euro, et la population dénonce une flambée des prix qu?elle associe à l?introduction de la monnaie européenne.
Hormis les interprétations divergentes du bilan économique de son ?quinquennat?, Silvio Berlusconi peut mettre en avant la réforme des institutions adoptée en novembre dernier au Parlement et qui sera soumise à référendum dans la deuxième quinzaine de juin. Cette réforme accroît l?autonomie des régions ? mais compromet, selon l?opposition, le financement des services publics au niveau local ? renforce les pouvoirs du chef du gouvernement et fait du Sénat une chambre fédérale.
Réactions allergiques
En politique étrangère, l?engagement militaire en Irak, où sont tombés de nombreux Italiens, a été au centre des débats. En janvier, le gouvernement a annoncé une réduction de moitié, à 1 300 hommes, de son contingent d?ici mai. Le centre gauche a toujours été hostile à la guerre en Irak, comme une majorité de la population italienne.
Sur le dossier européen, si Romano Prodi n?a pas laissé un souvenir impérissable à Bruxelles lors de son règne de cinq ans à la tête de la Commission, Berlusconi, lui, y suscite carrément des réactions allergiques ? reste à savoir si cela le desservira auprès de l?électorat italien.
Quel que soit le verdict des urnes, il est probable que la formation du nouveau gouvernement prendra au moins un mois.
D?ici là, le Parlement devra élire un nouveau président de la République. Ensuite pointeront à l?horizon d?importantes élections locales et le référendum sur la réforme constitutionnelle.
Phil STEWART
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