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Chikungunya

9 avril 2006, 00:00

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D?un côté, il y a les chiffres du ministère de la Santé qui démontrent une régression du chikungunya : 233 cas du 1er au 6 avril, comparés à 2 484 cas pendant les six premiers jours de mars. De l?autre, il y a ces témoignages de médecins et d?infirmiers qui soutiennent, à l?inverse, que la maladie est en recrudescence. Entre les statistiques et le constat des professionnels sur le terrain, il y a de quoi perdre son latin.

À l?hôpital SSRN de Pample-mousses, l?Outpatient Department (OPD), qui fonctionne normalement jusqu?à 16 heures, ne ferme pas ses portes avant 22 heures chaque jour. « Depuis le début de la maladie, nous devons faire face à un vrai casse-tête le soir. Les médecins doivent délaisser leurs départements respectifs pour prêter main-forte à leurs collègues qui sont débordés. On a dû aménager l?OPD pour accueillir le nombre grandissant de patients. Même les aires de stationnement sont bondées. L?hôpital n?a jamais connu un tel chamboulement », confie une infirmière.

Médecins et infirmiers au bout du rouleau

Pas étonnant que médecins et infirmiers disent être au bout du rouleau. À l?hôpital Jeetoo, les urgences sont noires de monde dès 9 heures du matin. Les gens s?impatientent, veulent être auscultés au plus vite, ce qui donne parfois lieu à des accrochages entre médecins et patients? « Nous voyons entre 1 500 et 2 000 patients chaque jour. La moitié d?entre eux environ souffre du chikungunya », constate un médecin. Si cela est vrai, on est bien loin des chiffres avancés par le ministère de la Santé, qui dénombre 6 299 de cas confirmés.

« Les chiffres officiels ne reflètent pas la réalité pour plusieurs raisons. Le ministère a déterminé d?autres critères pour établir si un malade souffre de ce virus ou pas », explique un praticien des Plaines-Wilhems. Explications : si vous vous présentez à l?hôpital avec une fièvre de 39 °C, des douleurs aux articulations et des rougeurs, le médecin diagnostiquera le chikungunya.

Mais si vous présentez seulement deux de ces symptômes, vous ne rejoindrez pas la liste des « chikungunyés ».

« Or seul 1 ou 2 % des malades présentent les trois symptômes. Les rougeurs se manifestent cinq jours après le début de la maladie. Cela fausse les chiffres », affirme un médecin. Et forcément cela bouleverse le programme de démoustication.

Au début de la maladie, le patient qui souffrait de douleurs accablantes et de fièvre était considéré comme suspect.

« Mais maintenant, d?après le critère du ministère de la Santé, ce n?est plus le cas. » Ce que le ministère réfute catégoriquement. « Les malades qui présentent deux symptômes doivent également être recensés. Apparemment, il y a un malentendu que nous devons éclaircir au plus vite », soutient un porte-parole de ce ministère.

Un autre facteur contribue à fausser les statistiques. À l?hôpital de Candos, la salle d?attente est tellement remplie que beaucoup de patients choisissent de traverser la route pour se rendre à la pharmacie la plus proche. « Les gens se demandent à quoi bon perdre deux à trois heures pour qu?on leur prescrive du Panadol. Alors, ils achètent des anti-inflammatoires », constate le propriétaire d?une pharmacie. Ces nouveaux cas passent alors inaperçus. Pour la Santé, ces malades ne représentent qu?un infime pourcentage : 90 % des malades vont à l?hôpital alors qu?un peu moins de 10 % s?en remettent aux médecins du privé.

Suivre le protocole mis en place

Tout en notant une meilleure collaboration entre les médecins du privé et le ministère de la Santé, le Dr Mohamad Isshak Jowahir, président de la Private Medical Practitioners' Association (PMPA), soutient que la maladie continue à progresser. Après plusieurs cafouillages, les médecins consentent désormais à suivre le protocole mis en place pour signaler les nouveaux cas de chikungunya. « Les statistiques dont disposeront les autorités seront dorénavant plus proches de la réalité, mais elles seront faussées dans au moins deux cas de figure », affirme le docteur Jowahir.

D?abord, il y a la probabilité qu?un certain nombre de cas soient traités par des médecins généralistes des établissements publics qui ne sont pourtant pas autorisés à avoir une clientèle privée. « Comme ils sont dans l?illégalité, ils ne signaleront pas les nouveaux cas », explique le Dr Jowahir. En raison de ces facteurs, poursuit le médecin, il est important que le ministère de la Santé ne se prononce pas trop vite en affirmant que la maladie recule.

En attendant, les salles de consultation ne désemplissent pas. Ainsi, un médecin de Rivière-du-Rempart confie qu?il voit 60 à 80 personnes malades chaque matin. Un autre à Mahé-bourg, qui précise toutefois que la maladie recule dans le village, affirme avoir diagnostiqué une centaine de cas par jour au début de l?année.

Selon lui, la situation revient peu à peu à la normale. « Dans le Sud, confir-me un infirmier, le nombre de cas se stabilise. Mais les gens continuent à affluer parce que nous changeons peu à peu de saison, ce qui est propice à une recrudescence des cas de fièvre. Rien d?anormal à cela. Cela démontre toutefois une certaine sensibilisation face à la maladie. »

D?après les observations des médecins du privé et du public, la maladie a migré vers les régions tempérées, mais aussi vers la périphérie de Port-Louis. Lise, atteinte de chikungunya, souligne que Baie-du-Tombeau en est frappée.

« Boukou komers pe ferme. Mo pense ki moustik pe miltiplie dan bann lonzer ki a kote. Nou pa konpran kifer pa finn spray insektisid kot nou », déplore-t-elle. Quoi qu?il en soit, les praticiens s?attendent à une baisse dans le nombre de cas vers fin avril début mai. Vivement, le début de l?hiver.

UNE LUEUR D?ESPOIR

Elle fait suite aux résultats d?un test dans un laboratoire du Centre hospitalier universitaire de l?hôpital de la Timone, à Marseille, en France. Une molécule s?est avérée efficace contre le virus du chikungunya. L?efficacité de cette molécule doit subir plusieurs épreuves.

La prochaine va consister à tester son efficacité réelle sur des humains. C?est ce que l?on appelle des tests cliniques. Les Mauriciens sont en droit de se réjouir de cette bonne nouvelle, car les tests seront effectués sur des cobayes de l?île S?ur. C?est à la suite de ces tests que l?on saura si oui ou non la découverte va changer les choses. Si tout se passe comme prévu, le produit miracle sera commercialisé en décembre. Un autre traitement à base d?un vaccin déjà expérimenté par les Américains pourrait apparaître dans cinq ans.

CREAD SE LANCE DANS LA BATAILLE

« Napa laisse ene goutte dilo passé », « Anou devir zot lakaz enba lahaut » : rien de tel que des slogans percutants pour combattre le chikungunya. Imaginée par l?agence de publicité Cread, la nouvelle campagne contre la maladie veut toucher un maximum de personnes. Les panneaux publicitaires seront bientôt placardés partout dans l?île. Les radios et la télévision nationale ne sont pas en reste car elles diffusent des spots publicitaires. Cette campagne, lancée gratuitement par Cread, est le fruit de la collaboration entre le ministère de la Santé et l?agence de publicité. Par ailleurs, le ministère note que la maladie régresse. Du 28 mars au 4 avril, 318 cas de chikungunya ont été recensés par les médecins de l?État et du privé.

« Le nombre de personnes touchées diminue et la loi fait désormais obligation aux médecins de signaler les nouveaux cas », affirme un porte-parole, et la campagne de désinsectisation suit son cours.

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