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Harry Seenauth ou le succès des serres
Ingénieur de formation, contracteur en bâtiments et venant d’une famille de planteurs, Harry Seenauth a su tracer sa voie pour rallier les trois. L’entrepreneur, modeste, cultive roses et gerberas ainsi que des légumes à l’ombre des intempéries. Il sait réinvestir ses profits et plaint ces planteurs récalcitrants aux cultures modernes. Il dévoile ce jeudi, lors de l’Agri-Business Forum, les recettes de son succès.
Quand Harry Seenauth se lance dans la construction de serres, il s’agit d’abord de moderniser les terres de son père. Au lieu de solliciter les entreprises spécialisées dans le domaine, il préfère allier l’expérience acquise dans différents domaines pour créer sa propre serre.
80 % de serres à son actif</B>
“À l’époque, il y a six ans, c’était très difficile pour un planteur de se lancer dans la culture sous serre vu les coûts”, explique-t-il. Le résultat est que la serre en question, destinée à la culture de fleurs, lui revient à un prix réduit de moitié.
Les planteurs des alentours de Moka s’y intéressent et commandes des serres auprès de Plantech, compagnie que fondera Harry Seenauth pour répondre à la demande. Mieux encore, il apporte son soutien dans la conception des systèmes d’irrigation adaptés aux cultures, en terre ou hydroponique, définis par le client. “Aujourd’hui, plus de 80 % des serres ont été érigées par mes soins”, indique-t-il.
Son savoir-faire reconnu, pourquoi ne pas s’installer à son compte ? Sa famille étant déjà dans le business des fleurs, ce seront donc les roses et gerberas qui constitueront le fleuron de ses activités. Toute sa production est destinée au marché local, ses clients étant des fleuristes situés à Port-Louis, Rose-Hill, Quatre-Bornes, Vacoas, Curepipe et Grand-Baie. Sa cueillette quotidienne lui rapporte 800 fleurs.
Ces variétés viennent de l’Afrique du Sud pour les roses et des Pays-Bas en ce qui concerne les gerberas. Et l’anthurium ? “Non. Le pays est à court de variétés par crainte d’importer des maladies”, souligne-t-il, tout en rappelant les exigences de ses fournisseurs en termes de royalties sur chaque plantule et les greffes.
La culture sous serre englobe tout naturellement, l’hydroponique : tomates et poivrons sont parmi les légumes qu’on peut cultiver hors sol. Une fois de plus, le marché local en hérite, au lieu des hôtels et des pays étrangers.
Sa logique est simple. La tomate, aujourd’hui, se vend au même prix, sinon moins cher que la pomme d’amour. Le chou, argue-t-il, est quasi inexistant sur le marché. Il aurait suffit que les planteurs se lancent dans la serre pour que le pays ne souffre pas de ces pénuries.
D’ailleurs, son principal grief est à l’égard de cette vieille génération qui rechigne à moderniser. “Les planteurs n’ont pas le choix. Ils doivent passer à la culture sous serre. Ils ne peuvent plus arguer en faveur des méthodes traditionnelles, avec des champs ouverts et la pluie comme seule source d’irrigation. Regardez en Hollande, même les bananeraies sont cultivées sous serre!” lâche-t-il.
Cependant, il déplore les conditions contraignantes pesant sur ceux désireux d’investir dans des serres, dont la mise en place coûte cher. Les frais varient de Rs 750 à Rs 2 000 le mètre carré. Pour obtenir un prêt d’un million de roupies auprès de la Banque de développement, il se doit d’offrir ses terres en garantie, dont la valeur devrait être le double du montant. Harry Seenauth estime, de fait, que “ces conditions devront être plus flexibles”. Ensuite, il faut s’atteler à convaincre les planteurs traditionnels à hypothéquer leurs terres…
En ce qui concerne le retour sur l’investissement, les débouchés sont multiples. Car dans la chaîne, on a tendance à oublier la transformation de ces fleurs et légumes, de revenus additionnels pour un produit à valeur ajoutée.
Et c’est ce que fait Harry Seenauth. Des bouquets. Il lui suffit d’enlever les épines. Ce que d’autres devront apprendre à faire.
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