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?Plein tank !?
Les compagnies pétrolières et les propriétaires de stations-service doivent avoir ri un bon coup hier à l?annonce de la baisse du prix de l?essence. Par contre, les automobilistes qui ont fait la queue pour faire le plein en anticipant une hausse ont dû rire jaune. Quant à ceux qui carburent au diesel, ils ont dû voir rouge.
Plus sérieusement, cette baisse surprise appelle quelques commentaires tant elle laisse perplexe. Le président du comité de l?Automatic Pricing Mechanism, Harish Bundhoo, explique que cette baisse de l?essence est possible grâce à une réduction considérable des pertes de la State Trading Corporation (STC) sur ce carburant, à une stabilisation du cours mondial du pétrole ainsi qu?à une stabilisation du taux de change du dollar.
Le prix du pétrole a effectivement fluctué sur le marché international, mais a pu rester stable en moyenne pour Maurice au gré des arrivages. Admettons également qu?un glissement de quelque 15 sous de la roupie par rapport au dollar entre janvier et mars n?est pas significatif pour le comité de l?APM.
Mais le prix du pétrole n?a pas baissé et la roupie ne s?est pas appréciée contre le billet vert. En toute logique, le prix de l?essence aurait donc dû rester stable, lui aussi. Sur le site de la STC concernant l?APM et dans les communiqués successifs sur la révision des prix des produits pétroliers, seuls deux facteurs sont cités comme étant ceux qui sont pris en considération : la fluctuation du prix CIF du pétrole et la fluctuation du billet vert par rapport à la roupie.
Hier, le président de l?APM a mis un nouvel argument en avant : le niveau des pertes de la STC par produit spécifique. Pour résumer Harish Bundhoo, les pertes sur l?essence ayant été pratiquement éliminées, on peut en baisser le prix localement, d?autant plus que les prix sont restés stables sur le marché mondial. Dans le cas du diesel, les pertes demeurant élevées, il faut augmenter.
Poussons cette logique jusqu?au bout et ajustons le prix du gaz ménager sur lequel la STC fait des pertes colossales de pas loin de Rs 1 milliard. D?autant plus que la STC avait des pertes accumulées de Rs 2 milliards à la fin de décembre 2005, selon le même Harish Bundhoo.
Les proches du dossier font ressortir qu?il n?y a pas de subventions croisées possibles entre les différents produits pétroliers. D?une part, par respect de l?intégrité des comptes et d?autre part, parce que les règlements de l?APM l?empêchent. Ceux qui ont rédigé ces règlements voulaient que la réalité des prix soit strictement respectée. Ils voulaient justement prévenir des subventions croisées où l?on se perd finalement, et empêcher l?Etat et la STC de manipuler les chiffres. L?intention est noble, mais, à l?arrivée, le résultat est discutable.
La baisse des pertes sur l?essence est elle-même en grande partie due à des volumes de vente nettement supérieurs aux estimations initiales au cours du dernier trimestre. Voila donc un pays où la consommation d?essence augmente même après une hausse de 20 % du prix.
La théorie sur l?élasticité de la demande est bonne à jeter à la poubelle. Mais les manuels d?économie précisent bien que cette théorie présuppose des consommateurs rationnels ! C?est à croire que les près de 300 000 propriétaires de véhicules (voitures ou deux-roues) sont beaucoup plus riches qu?on veut nous le faire croire. Ou alors, comme l?indiquent les statistiques, que les Mauriciens rognent de plus en plus sur leur épargne pour maintenir un niveau de vie qu?ils ne peuvent plus se permettre. Cela peut indiquer enfin, que le transport public est pire que jamais?
Mais la baisse du prix de l?essence est un bon et un mauvais signal.
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