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Rex Omar : « Le piratage est une grosse mafia »
31 mars 2006, 20:00
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Rex Omar : « Le piratage est une grosse mafia »
Peut-on dresser un état des lieux du piratage en Afrique?
- Dans la majorité des pays africains que j?ai visités, l?industrie de la musique est totalement négligée à l?exception de l?Afrique du Sud. Ceux qui font les lois ne considèrent pas la musique comme une industrie. D?autre part, dans de nombreux pays, les personnes qui sont haut placés ont des membres de leur famille impliqués dans le piratage. Le piratage en Afrique est une chose très sérieuse. Les sociétés de production multinationales sont aussi négligentes. Le piratage est une grosse mafia.
Qu?est-ce qui doit être fait ?
- Les pays ont mis en place des lois et des méthodes pour combattre le trafic de drogue. Il faut en faire de même pour le piratage. La manière de vendre de la musique évolue rapidement. Mais les artistes africains ne sont pas en train de changer la manière dont ils vendent leur musique. Ils continuent à faire des cds, des cassettes et se font pirater. C?est un moyen traditionnel qu?il faut commencer à changer. En Chine, on vend de la musique à travers le téléphone portable. Vous n?avez même plus à faire un cd entier. Vous avez un bon titre, vous en proposez la licence aux services de télécommunications qui se chargent de la vendre pour vous sur mobile. C?est facile et cela permet de diminuer le piratage.
Mais la technologie n?est pas la même partout...
- Combattre le piratage n?est pas la même chose partout. Vendre de la musique sur portable permet de réduire les coûts de production. Le pirate vend ma musique mais il ne peut me remplacer sur scène. Il faut aussi savoir jouer de ça et en prendre avantage. La performance en live est aussi un moyen de rentabiliser. Si, dans un pays comme les Etats-Unis, ils n?arrivent pas à combattre totalement le piratage et que des films qui doivent sortir le lendemain sont déjà en vente dans les rues avant, c?est qu?il y a forcément une complicité. Si dans un pays aussi développé, on ne peut endiguer totalement le piratage, comment y arriver en Afrique ?
Le piratage est aussi très ancré dans les m?urs populaires. Comment changer cet état d?esprit ?
- Peu importe la manière dont le système est fait, qu?il y a un tribunal spécial ou pas, le problème est le même dans de nombreux pays africains. Il y a cette tendance à négliger. Les personnes faisant partie de l?industrie de la musique doivent se regrouper. Que ce soit au Ghana, au Nigeria, à Maurice et au Burundi, il faut déterminer la contribution de la musique au produit intérieur brut du pays. Les artistes sont trop émotionnels. En connaissant le poids financier de cette industrie, ils peuvent faire des demandes. Cette industrie crée des emplois et contribue à l?économie à travers la taxe. Il faut créer un National Music Council.
Que ferait ce National Music Council ?
- Il saurait exactement qui fait quoi. Il ne faudrait pas s?enregistrer sur une base individuelle mais à travers différentes associations que ce soit celle des musiciens ou des chanteurs de différents genres, des producteurs, des disquaires? Le National Music Council peut ainsi faire la liaison entre les artistes et différents organismes à travers le monde. Il pourrait aussi réglementer le nombre de graveurs entrant dans le pays, en demandant quel en sera l?usage. Une licence devrait également être fournie aux propriétaires de graveurs. Cela pourrait ramener le piratage à une toute petite activité. Le Ghana se prépare d?ailleurs à lancer son National Music Council.
Pensez-vous qu?une réduction de prix des cds aurait un impact sur le piratage ?
- Oui. Mais la musique est encore considérée comme un luxe. Au Ghana, il y a même une taxe spéciale sur les cds, qualifiés de produit de luxe. Nous n?avons pas d?usine à cds et devons donc les faire graver en Angleterre ou en France. Notre musique traditionnelle est considérée comme un luxe.
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