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Paroles d?un futur SAJ

30 mars 2006, 20:00

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A la fin de mars 1981, Anerood Jugnauth, chef de l?opposition parlementaire et simple président du MMM, confie ses états d?âme à la presse écrite mauricienne. L?exercice peut être considéré comme une référence importante dans l?évolution de la pensée politique jugnauthienne. Il a, de plus, l?avantage d?expliciter le regard qu?il porte, alors, sur son combat et sur ses responsabilités politiques, avant son accession au poste de Premier ministre. Il précise d?emblée : ?Je ne serai pas un Premier ministre-pantin. J?entends exercer toutes les responsabilités inhérentes à cette charge. On s?apercevra vite de cela.?

Il fait état de la nécessité d?unir toutes les forces de gauche, en prévision des prochaines élections législatives. La direction du MMM a donc dû engager sa responsabilité pour rallier une majorité de militants à l?idée d?une alliance électorale avec le PSM d?Harish Boodhoo.

Les négociations se font d?abord de direction à direction de parti. Il y a ensuite la mise au point d?un manifeste électoral détaillé. L?accord se peaufine ensuite sur cette base. Les oppositions ne manquent pas tout comme certaines demandes d?explication. Certains opposants campent sur leurs positions. D?autres se rallient aux points de vue majoritaires. ?Sans l?accord MMM-PSM, j?aurais été pessimiste quant à l?avenir du pays. J?ai confiance qu?il y aura un gouvernement stable et fort pour imposer les réformes que réclame la population.?

A.Jugnauth se refuse à parler de raz de marée électoral anti-PTr-PMSD. Il garde confiance dans une forte majorité MMM-PSM. Il avoue avoir suivi longtemps la contestation menée par Harish Boodhoo à l?intérieur du PTr. Il approuve ce mouvement car ce parti trahit ses options socialistes, celles de 1948. Cette volonté réformatrice prend, toutefois, du temps pour se préciser. Arrive, cependant, un moment où les points de convergence l?emportent sur les points de divergence. Il y a eu certes des critiques contre certains dirigeants du MMM. Mais beaucoup de malentendus ont depuis été dissipés. Certains, au PSM, ont pris du temps avant de comprendre que le MMM n?est pas un parti communiste opposé aux libertés individuelles. PSM, comme MMM, souhaite l?avènement d?une société juste, offrant les conditions d?une meilleure répartition des richesses et d?une considération plus respectueuse du travailleur manuel.

L?accord MMM-PSM porte sur seulement cinq ans. L?engagement ne va donc pas au-delà de cette période. Mais rien n?interdit qu?il soit renouvelé pour une nouvelle période quinquennale.

Les critiques travaillistes, selon lesquelles l?arrivée du MMM au pouvoir constituera une menace pour la maîtrise du pouvoir politique par la communauté ethnique majoritaire, ont pesé d?un poids certain sur la conclusion de l?accord MMM-PSM. C?est une des raisons de cet accord mais pas la seule. Il désamorce dans une grande mesure l?argument raciste du Parti travailliste. Les partis politiques ne peuvent pas ignorer certaines réalités locales. Parfois pour servir une bonne cause, on doit recourir à des palliatifs pouvant laisser un goût amer. Le terrain politique est difficile. L?adversaire peut à n?importe quel moment récupérer et exploiter à fond le moindre faux pas. ?Si nos adversaires utilisent le canon nous ne pourrons les contrer avec des épées en bois. Il est regrettable que des militants purs et durs n?aient pas compris cela. Ne pas tenir compte de certaines réalités locales équivaut à un suicide politique. Avec le temps et avec l?appareil d?Etat entre les mains, nous pourrons procéder à des réformes approfondies tout en rassurant les masses inquiètes. La méritocratie l?emportera, alors, sur les calculs racistes.?

Les Mauriciens comptent sur plusieurs lobbies pour défendre leurs intérêts. Le MMM, estime A.Jugnauth, est trop assimilé à l?une ou l?autre section de la population. Voilà donc un argument de taille qui s?ajoute à l?accusation mensongère qu?il est un parti communiste.

A. Jugnauth est d?avis que le Bérenger de 1981 n?est plus celui de 1971. Il change considérablement et se rapproche des réalités mauriciennes. Il comprend qu?aller contre certaines réalités c?est se taper la tête contre le mur. Il est moins idéologique et davantage pragmatique. Il joue un rôle capital et à plein temps en tant que secrétaire général du MMM. Nul n?accorde plus de temps que lui à la politique et au social. Battu aux législatives, Bérenger peut entrer au Parlement comme député correctif. Tel ne peut être le cas pour A.Jugnauth au n° 7. Il y a donc des risques professionnels que ce dernier ne peut prendre en 1981.?Si je suis battu que m?arrivera-t-il ?? Il n?a pas les moyens de devenir un politicien à plein temps. Pour l?instant sa profession légale passe avant son engagement politique. Les choses changeront du tout au tout, en cas de victoire électorale du MMM-PSM. ?Je ne serai pas un Premier ministre pour la forme.? Un gouvernement MMM-PSM respectera les institutions existantes. Les ?executive bodies? concrétiseront les politiques que les politiciens de la majorité définiront. Bérenger est souvent mis en minorité au bureau politique ou au comité central. Les oppositions Jugnauth-Bérenger n?y manquent pas non plus. Le public connaît mal le fonctionnement du MMM. ?On me connaît mal. Je sais défendre mes convictions avec force. Et au besoin je n?hésiterai pas à me retirer plutôt que de les trahir. Je serai Premier ministre dans toute l?étendue du terme.?

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