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?Lord of war?
C?est un film qui commence avec un gros plan d?une toute petite feuille de métal sur une machine-outil, dans une usine, quelque part en Russie. La petite feuille de métal devient une douille, puis une cartouche dont les premières minutes du film suivent le parcours, image par image? jusque dans le crâne d?un adolescent en Afrique.
Ainsi, Lord Of War, du Néo-zélandais Andrew Niccol installe d?emblée son sujet, le trafic d?armes. Et, cette longue séquence virtuose vient démontrer la finalité des produits en question. La séquence d?après, nous voyons Nicholas Cage. Son personnage, Yuri Orlov, un gros trafiquant d?armes, nous raconte son parcours. Il explique à la caméra qu?il y a ?(?) 550 millions d?armes en circulation sur cette planète. C?est-à-dire qu?en gros, une personne sur douze est armée. La question, c?est comment armer les onze autres?.
Cette fiction, inspirée de faits réels, fait froid dans le dos. On sent que certains personnages sont, eux aussi, ancrés dans la réalité, les plus convaincants étant les affreux, comme Yuri Orlov, le personnage central (on ne peut pas parler de héros), Américain d?origine ukrainienne, arrivé enfant aux USA sous une fausse identité juive.
Ainsi, en vendant la mort et la destruction sans jamais tomber dans l?illégalité, il parvient à s?acheter un bel appartement, une voiture de luxe et la femme de ses rêves (Bridget Moynaham). À celle-ci, il ment sur la nature de ses activités, mais elle ne lui pose pas trop de questions non plus. Construisant sa vie de rêve sur le cynisme le plus total, le personnage est des plus abjects.
L?interprétation de Nicolas Cage y est pour beaucoup et il se peut qu?il soit encore plus crédible dans la version originale. On reste fasciné, on le comprend, et on le trouve même, par moments, chaleureux et sympathique, plus sympathique en tout cas que celui qu?interprète Ian Holm (Simon Weisz) présenté au début comme le prince des marchands d?armes. Lui aussi est très réel et il traite avec les gouvernements, servant d?intermédiaire pour des ventes non officielles, mais tout à fait légales.
Andrew Niccol les fait se rencontrer une première fois lors d?un salon de l?armement. Un salon comme il en existe pour les autos ou pour le jardinage, sauf que dans celui-là il y a de quoi vitrifier l?île Maurice une bonne dizaine de fois. Réel aussi, ce général ukrainien (Jean-Pierre Nshanian) qui, après l?effondrement de l?Union Soviétique, devient un fournisseur d?armes.
On sent que le cinéaste s?est penché sérieusement sur le commerce des armes et qu?il tient à nous communiquer son indignation et son effroi. Au bout de la chaîne de ce commerce, il y a des individus comme le dictateur André Baptiste (Eammon Walker) et son fils (Sammi Rotibi). Toujours l?Afrique : ce dictateur rappelle beaucoup Charles Taylor, tant par son comportement de psychopathe violent que par les exactions commises par ses hommes. Le pays ravagé qu?il ?dirige? n?est pas sans évoquer le Libéria, il y a quelques années.
Le cinéma hollywoodien redevient politique, comme il y a vingt ans. Le propos d?Andrew Niccols est étayé de scènes fortes, tout au long du film. Certaines sont insoutenables d?horreur, d?autres sont époustouflantes de virtuosité, d?autres encore sont ?seulement? des tableaux hallucinants. Lord of war n?aura pas provoqué la controverse annoncée, mais c?est un film réussi, maîtrisé et cohérent de bout en bout. Ainsi, lorsque le journal télévisé nous montrera des conflits armés, nous saurons que quelqu?un quelque part aura réalisé des bénéfices nets sur ces cadavres.
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