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Le dernier des Mohicans

23 mars 2006, 20:00

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Entré dans l?arène politique à 33 ans, Sir Satcam Boolell sera un des acteurs de la lutte pour l?Indépendance. Il se définissait comme un des derniers témoins vivants de cette période charnière de l?histoire.

Au début des années cinquante, la politique était bien la dernière des choses dont se préoccupait le jeune Satcam Boolell. Fraîchement rentré au pays après des études de droit en Grande-Bretagne, en 1952, cet enfant de New-Grove n?avait en tête que sa carrière d?homme de loi. Mais, avoue-t-il, ?des gens? l?ont convaincu que ?personne ne te connaît, personne ne sait qu?il y a un Boolell avocat. Mais si tu deviens candidat, ce sera de la publicité pour toi !?

C?est ainsi que le mythe du politicien Boolell est né. Le jeune Satcam brigue, à l?âge de 33 ans, les suffrages pour la première fois en 1953. Deux ans plus tard, il sera un des privilégiés qui assisteront à la conférence constitutionnelle de Londres en 1961 et 1965. Lors d?une interview, il y a deux semaines, il se définissait comme ?le dernier des Mohicans?. Avec sa mort, le seul témoin de ces moments historiques demeure Sir Aneerood Jugnauth (SAJ), président de la République.

Sir Satcam Boolell s?était reconverti en conseiller ces derniers temps. Constamment à l?affût de ce qui se passe à Maurice, il donnait son opinion sur tout. Haussant le ton quand il n?était pas d?accord avec la ligne que prenait son parti. ?C?est mon privilège. Je suis le président d?honneur?, nous avait-il dit avec un grand sourire, il y a un an.

En 2002, lors d?une interview accordée à Week-End, Sir Satcam critique allègrement Navin Ramgoolam, alors leader de l?opposition. A la question de savoir s?il ne craignait pas que Ramgoolam soit mécontent de ses critiques, il répond avec l?assurance des aînés : ?Il peut crier si ça lui fait plaisir, cela ne m?impressionne pas.?

?En politique tout est possible?

De sa longue carrière, SSB disait souvent sa ?tristesse de ne pas avoir atteint le sommet dans ma carrière politique?. Mais ?c?est ma faute, ma faute seulement?. Comme Chateaubriand, disait-il, il lui manquait deux choses, ?l?ambition et l?hypocrisie?.

L?homme au franc-parler est aussi connu pour ses phrases qui sont entrées dans la légende politique. En 1979, SSB se prononce fermement contre une motion privée de Ramduth Jaddoo qui veut que tout député quittant son parti politique soit obligé de donner sa démission comme parlementaire pour empêcher le ?transfugisme?.

Il affirme alors que ?seuls les imbéciles ne changent pas d?avis?. Il est aussi célèbre pour sa phrase : ?En politique, tout est possible.? On se souvient également de sa déclaration selon laquelle il attendait ?une offre digne et sincère? de SAJ.

Pour un homme qui est entré en politique pour ?se faire connaître? ? SSB aura droit à des funérailles nationales aujourd?hui ? il a réussi sa mission. Un longue vie ? 85 ans, comblée par une reconnaissance nationale ?un peu tardive?? il reçoit la plus haute distinction, le Grand Commander of the Star and the Key of the Indian Ocean, le 12 mars dernier, une existence comblée par des ?victoires éclatantes aux élections (?) par la réussite de mes enfants qui assurent ma continuité?.

Son seul regret, c?est peut-être de ne pas avoir pu être nommé président de la République à temps. Mais Sir Satcam a eu d?autres privilèges.

En février 2005, alors que le gouvernement est secoué par la démission d?Anil Bachoo, Sir Satcam est assis dans son bureau qu?il appelle avec humour le ?business class?. Son téléphone sonne. C?est Navin Ramgoolam, alors leader de l?opposition. Il appelle pour annoncer la démission de Bachoo à Sir Satcam. ?Pran maximum to kapav. Fini MSM la?? dit-il tranquillement.

Que peut-on espérer de plus quand on a été conseiller du Roi ?

Les dates clés

■ 1953 : Première participation aux élections en indépendant avec le soutien de Sookdeo Beesoondoyal.

■ 1967 : Réelu à Montagne-Blanche-Grande-Rivière-Sud-Est (n° 10) aux élections générales. Occupe le poste de ministre de l?éducation jusqu?à 1968.

■ 1968 -1982 : Ministre de l?Agriculture.

■ 1982 : Battu aux élections générales, il quitte le PTr.

■ 1983 : Retour au bercail et intronisé président du Labour Party. Nommé ministre du Plan et du Dévelopement économique par SAJ à la suite d?une alliance MSM-PTr-PMSD.

■ 1984 : Nommé leader du PTr. Révoqué comme ministre, son parti quitte le gouvernement.

■ 1986 : Le PTr réintégre le gouvernement et SSB devient ministre des Affaires etrangères et deuxième VPM.

■ 1987 : Victoire de l?alliance MSM-PTr-PMSD aux générales et SSB retrouve ses fonctions.

■ 1988 : Devient le numéro 2 du régime.

■ 1990 : Révoqué à nouveau par SAJ pour refus de soutenir le projet de République.

■ 1991 : Cède le leadership à Navin Ramgoolam et devient président d?honneur du parti. Battu aux élections générales.

■ 1995 : Ne se représentera plus aux élections. Abandonne la politique active.

■ 1996 : Nommé haut-commissaire mauricien à Londres.

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