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Sautes d?humeurs de Mahébourg
Deux cent ans après. Et Mahébourg toujours balayé par des vents contraires. Cycle des marées, météo immuable décidant du sort des pêcheurs. Souffle de modernité, souvent bien caché dans les n?uds inextricables des multipliants. Des pirogues, beaucoup de pirogues ? certainement l?objet le plus récurrent dans un village de pêcheur ? mais aussi des rues, du soleil, un phare assoupi.
C?est le Mahébourg de Siddick Nuckcheddy. Celui qu?il expose depuis vendredi, et ce jusqu?au 17 avril au musée d?histoire national. Une manifestation initiée par la National Art Gallery dans le cadre des festivités marquant le bicentenaire de Mahébourg.
Pour Nuckcheddy le Vacoassien, Mahébourg, c?est là où il va laver l?âme à grand coup d?eau de mer après une semaine de travail. Des balades pour se remplir les narines et sa tente de l?odeur du poisson frais.
D?où la quantité d?iode qui se dégage des tableaux de format standard du pastelliste. Sur trente-cinq compositions, une quinzaine parlent de la mer. Soit elles sont agrémentées des silhouettes effilées des pirogues, soit c?est l?horizon qui se profile au loin, derrière les épaules du marché de Dilo pendant.
Certes, nous avons bien compris le propos : Mahébourg est bel et bien un village de pêcheur. Oublié du développement, attaché à son glorieux passé, cela est un autre débat. Nuckcheddy choisit de « pastelliser » sans argumenter. Mais fallait-il faire autant de pirogues et nous faire tanguer de saturation à cause de cette répétition appuyée.
Répétitions
Un solo de 35 ?uvres demande une somme de travail colossal. Nous en sommes bien conscients. Mais pourquoi le diluer ainsi quand le sujet ne s?y prête pas, ou pire, quand l?imagination ne suit pas ? Quand le regard ne se renouvelle pas, pourquoi prendre le risque de se répéter souvent, au lieu de condenser l?exposition en une vingtaine ( voire moins ) de travaux bien sentis.
Pourtant l?esprit est là. La sensibilité de Siddick Nuckcheddy s?est laissée toucher par la nostalgie de La boutique rouge. En ces temps où l?on ne coure dans les hypermarchés, retourner derrière le comptoir c?est de retrouver le lieu où convergent toutes les indiscrétions du village. Sa mémoire aussi. Conservée, relayée sur plusieurs générations. Une manière plus humaine de se raconter 200 ans après. Comme ces petits groupes qui restent parlementer des journées entières à l?ombre des varangues de la boutique.
Imperturbable face aux palabres, le pont de la Ville Noire s?étale de tout son long au-dessus de la rivière La Chaux. Qui se souvient que le nom officiel de ce pont ? le plus long de Maurice ? est Cavendish Bridge, du nom d?un gouverneur anglais.
Le phare, les ruelles écrasées de soleil, bordée de marchands ambulants ont aussi eu droit de citer sous les bâtons de couleur de Siddick Nuckcheddy. De quoi mesurer deux siècles, en attendant le prochain solo de ce directeur artistique de l?agence de publicité Cread.
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