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?Les lois du travail sont trop rigides?
● <B>Quelles sont vos priorités en tant que nouveau président de la Mauritius Employers? Federation (MEF) ? </B>
La MEF regroupe plus d?un millier de membres répartis dans les différents secteurs de l?économie. Nos membres emploient, au total, près de 250 000 personnes. Nous estimons que nous sommes une force sur laquelle il faut compter dans la réflexion stratégique sur l?orientation de l?économie et des différentes industries.
C?est dans cette optique que nous avons réalisé l?année dernière un Vision Paper où nous énonçons notre idée d?un nouveau modèle de relations industrielles en vue d?une meilleure compétitivité de l?économie mauricienne.
Nous nous inquiétons beaucoup du faible taux de croissance de l?économie durant ces quatre dernières années. Nous estimons que les lois du travail, trop rigides, représentent un gros handicap à la progression économique. Il faut insuffler plus de flexibilité dans les relations industrielles. C?est ce qui va favoriser l?investissement privé et la création d?emplois. Il faut un cadre qui soit business-friendly pour encourager les négociations collectives entre employeurs et employés.
Nous sommes heureux de constater que le gouvernement a exprimé son intention de revoir le cadre législatif du travail. Nous avons déjà eu des séances de travail sur l?Industrial Relations Act (IRA) avec le ministère du Travail.
● <B>Quels sont les aspects qui vous gênent le plus dans le cadre industriel existant ? </B>
Les lois industrielles, contre-productives sous plusieurs angles, découragent les investisseurs. Il y a trop d?institutions qui déterminent les salaires et les relations industrielles. Ainsi, Maurice n?est plus compétitif sur les marchés d?exportation en raison de l?encadrement légal très restrictif du marché du travail.
L?IRA fut adopté dans un contexte donné, il y a 35 ans. La situation politique et économique a beaucoup évolué ces trois dernières décennies. Aujourd?hui, face aux défis mondiaux et de notre perte de compétitivité, nous n?avons d?autre choix que d?avoir un cadre beaucoup plus souple pour opérer.
L?IRA et le Labour Act penchent trop souvent en faveur des employés. Les entreprises perdent beaucoup de temps et d?énergie avec les procédures qui existent sous ces lois. Des problèmes mineurs dans les entreprises sont traités par une bureaucratie lourde et coûteuse. Il y a plusieurs étapes à franchir, dont le Labour Office et la cour industrielle, avant d?arriver à un jugement dans le cas d?un conflit industriel. Du reste, très peu de verdicts rendus par le tribunal sont en faveur des employeurs.
La plupart des opérateurs étrangers de la zone franche ont quitté le pays, en partie à cause de l?existence de ces lois archaïques. Certes, ils ne jouissaient plus de certains avantages fiscaux mais certains seraient restés si les lois n?étaient pas aussi rigides.
● <B>Pour vous, c?est quoi un cadre flexible ? </B>
Je vous cite un fait commun dans les hôtels. La loi ne permet pas à un valet de nettoyer plus de dix chambres par jour. Il ne peut faire plus même s?il peut ou veut en faire. L?entreprise aurait gagné en productivité et l?employé en rémunération supplémentaire si celui-ci avait la possibilité de travailler plus.
Il y a des blocages similaires dans la zone franche avec notamment le système de piece rate prévalant. Les Remuneration Orders (RO) sont très restrictives et freinent le multi-skilling dont l?économie a besoin pour demeurer compétitive.
● <B> Les tripartites n?ont plus leur place dans un nouveau modèle des relations industrielles. Quelles en sont les raisons ? </B>
Les négociations tripartites traitent principalement la compensation salariale. Un pays ne peut pas payer la compensation chaque année avec la situation économique qui prévaut.
La zone franche a connu une récession durant ces quatre dernières années mais a dû payer malgré sa situation précaire. On peut imaginer les répercussions que cela a sur la survie même des entreprises.
Il est temps d?encourager les négociations sectorielles. Les secteurs qui ont les moyens de payer pourront continuer à le faire. D?autres, qui n?en ont pas, ne devraient pas y être contraints. Les entreprises qui ont des difficultés financières devront avoir le choix de ne pas payer la compensation salariale.
Nous disons aussi que nous ne pouvons plus continuer à lier l?augmentation salariale à l?inflation uniquement. Il faut également tenir compte de la productivité et de la croissance économique.
● <B>On retrouvera toujours des sociétés en difficulté même dans des secteurs florissants?</B>
Prenons le cas du textile-habillement qui connaît des difficultés. Néanmoins, il y a des fabricants de t-shirts qui continuent à obtenir de grosses commandes qui génèrent de gros revenus. Ils ont donc la possibilité de donner une augmentation indépendamment des tripartites.
Il y a d?autres institutions tels le National Remuneration Board et le Tribunal d?arbitrage permanent qui accordent des augmentations salariales en sus des tripartites. Il est temps de revoir le rôle de toutes ces structures.
Si nous avons des négociations sectorielles, le rôle du National Remuneration Board sera considérablement réduit. Par contre, l?Industrial Relations Commission aura plus à faire parcequ?il y aura beaucoup plus d?activités d?arbitrage et de médiation.
●<B>Changer les lois existantes sur le travail ne risque-il pas de remettre en question la paix industrielle ?</B>
Il faut adapter les lois au contexte actuel. L?IRA a fait son temps. Nous sommes passés d?une économie agricole à une économie manufacturière. Maintenant nous mettons beaucoup d?accent sur les services, dont les technologies de l?information et des communications (Tic).
Les besoins de ces nouvelles activités sont différents. Il est essentiel de faire tourner un centre d?appel 24 heures sur 24. Les lois existantes ne sont pas toujours applicables à ces nouveaux secteurs.
<I>?Les entreprises qui ont des difficultés financières devront avoir le choix de ne pas payer la compensation salariale.?
La MEF souhaite qu?il y ait une certaine discipline car ce sera dans l?intérêt de tout le monde. Je pense que si les changements dans l?IRA et dans le Labour Act se font de manière bien définie, il n?y aura plus de problèmes.
● <B> Pourquoi est-ce que les RO ne sont pas compatibles aux nouvelles activités ? </B>
Dans les Tic, il faudra rédiger une loi qui puisse permettre aux opérateurs de continuer à opérer de manière profitable. On ne peut appliquer une logique de jour de travail 9 heures-16 heures. Les centres d?appel ont besoin de travailler 24 sur 24. Il ne faut pas que les heures supplémentaires et les autres allocations pour les équipes du soir viennent affecter la rentabilité de l?activité.
Le rendement d?un centre d?appel est le même le jour comme le soir. Le client est facturé au même tarif mais la production du soir coûte plus cher.
Les centre d?appel représentent un premier pas dans les Tic. Ils ont un gros potentiel de création d?emplois. Il ne faut pas les pénaliser en leur imposant des charges sociales lourdes.
Propos recueillis par Akilesh ROOPUN</B>
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