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Du côté des petites filles
par Shirin AUMEERUDY-CZIFFRA
?On ne naît pas femme, on le devient?, écrit Simone de Beauvoir. En cette journée de la Femme, nous avons décidé de réfléchir à nouveau sur cette fameuse phrase. Est-ce qu?en venant au monde la petite fille a les mêmes opportunités que le garçon ? Ou alors la société patriarcale persiste à la marginaliser, à la fragiliser et à en faire un être ?inférieur? ? Pourquoi y a-t-il autant d?adolescentes qui sont enceintes et qui n?ont visiblement que peu de contrôle sur leur corps en des temps où on parle de ?libération sexuelle?? Qu?est-ce qui explique que, malgré de longues années de combat, la femme demeure encore vulnérable ? Que son rôle est invisible dans toutes les sphères de la vie, au plan familial, social, économique, politique ?
Certes, il y a eu beaucoup de progrès sur tous les plans. Mais sur le plan privé les petites filles, les adolescentes, les femmes demeurent encore sous le joug des hommes qui exercent une très grande autorité dans la vie privée et publique. Trop de femmes sont la proie de pulsions violentes des hommes. De plus, la recherche au niveau mondial démontre qu?elles sont surtout victimes de violence à l?intérieur de la famille, cette institution sacro-sainte qui est censée être un havre de paix. Que ce soit des cas de violence dite domestique ou familiale ou des cas d?attouchement ou d?inceste, c?est le parent le plus proche qui se sent autorisé à commettre ces actes de perversion sur des êtres qu?ils sont censés chérir.
On étudie aujourd?hui le cas de la petite fille sans pour autant oublier que des garçons aussi sont victimes de toutes sortes de violence. Mais celle qui est perpétrée contre l?enfant de sexe féminin est un phénomène en soi, qui est sans commune mesure avec le reste. De même que la violence domestique concerne majoritairement des femmes y compris des femmes intelligentes qui ont des carrières brillantes. Dans certains pays, on lutte encore contre des mutilations sexuelles. Dans les régions en conflit armé, le viol est utilisé comme une forme de torture et a dû être déclaré crime de guerre.
A Maurice, nous sommes heureusement loin de ce type de violence. Mais sommes-nous si protégés ? Il y a une recrudescence de la violence en général et ce sont surtout les femmes et les enfants qui en font les frais. N?est-il pas temps de s?arrêter et de se poser des questions fondamentales sur le type de société que nous voulons voir émerger ? Ne sait-on pas que la violence appelle la violence ? Que les enfants témoins de la violence à la maison développent des comportements violents ou à risque? Qu?aucune action ou omission de notre part n?est sans conséquence sur ceux qui sont autour de nous ?
La petite fille a besoin de savoir qu?elle a un bien précieux, celui de pouvoir donner la vie. Son sexe n?est pas faible, bien au contraire. A condition de savoir qu?il y a deux faces à ce cadeau: Eros, c?est-à-dire l?amour et Thanatos c?est-à-dire la mort et par extension tout ce qui est néfaste.
Aujourd?hui, on a aussi compris qu?il existe un phénomène nouveau connu comme la ?teen dating violence?. Il s?agit de la pression qu?un jeune exerce sur sa petite amie pour ?passer à l?acte?. L?argument le plus souvent est ?si tu m?aimes, tu dois le faire?. Mais en fait, il y a une multitude de formes de pression exercée sur la fille pour qu?elle finisse par céder. Les jeunes font du chantage affectif, utilisent l?humiliation, la violence morale, verbale ou physique, comme les adultes.
De plus, le machisme est encore un modèle pour beaucoup de garçons qui sont eux-mêmes victimes de ceux qui roulent les mécaniques en confondant violence et virilité. Ils finissent souvent par ?faire comme les autres? car il y a encore chez l?enfant mâle ce besoin de se prouver, que lui impose la société. Dès que le petit garçon montre ses émotions, on le compare à une fille, on l?humilie. Par la même occasion, on dévalorise certains attributs humains qui font pourtant partie des valeurs fondamentales positives.
Malgré plus d?un siècle de débats sur le sujet, les stéréotypes sont tenaces, les cloisons étanches et les petites filles deviennent des femmes dans un monde toujours très patriarcal ? même si quelques femmes ça et là ont pu conquérir, de haute lutte, des ?positions de responsabilité?.
Chacun sait que les transformations sociales prennent longtemps. La lutte féministe remet en question les fondements mêmes de la société. Elle fait donc face à des résistances de partout y compris par des forces obscurantistes ouvertement ou de manière plus insidieuse. Au niveau des discours on a l?impression d?avoir progressé. Dans les faits les petites filles que nous étions attendent encore afin que nos petites filles connaissent un monde plus équilibré ? et pourquoi pas moins agité ?
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