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Du trottoir à la vie normale
Bernadette et Monica n?ont plus rien à voir avec celles qu?elles étaient au début de l?an dernier. ?Mo ti mari meg, aster monn byen grosi e mem tro?, confie Bernadette, la quarantaine. Monica, 35 ans, la chevelure relevée de mèches violines, éclate de rire. ?Ha! Pa ti bon pou gete ditou. Mo ti meg meg, nwar nwar. Zordi mo get moi, mo enn lot dimounn.?
Les deux ont été abîmées par la vie. Bernadette, enfant abandonnée, a grandi dans un couvent. D?une timidité maladive, elle prend de l?alcool ?pou gagn impe toupe?. Scolarisée jusqu?en Form III, elle se fait renvoyer de l?institution lorsqu?elle persiste à fréquenter un homme dont elle dit ignorer qu?il est marié. ?Ti mo premie amour.? Il la place dans une maison close avant de l?abandonner à son sort.
L?amour prend alors le goût âcre de la déception. Bernadette noie ses états d?âme dans l?alcool. Pour subvenir à ce besoin insatiable, elle se prostitue avec les hommes qu?elle croise dans les bars. C?est dans l?un de ces établissements qu?elle rencontre un homme qui lui plaît et avec qui elle décide de faire sa vie. Entre autres, ils ont en commun leur penchant pour l?alcool. Bernadette prend aussi des psychotropes.
C?est le choc à la naissance de leur enfant : il présente un handicap mental. Bernadette sombre davantage dans la boisson, profitant des absences de son compagnon pour se prostituer afin d?avoir toujours plus d?argent pour s?approvisionner en alcool. En désespoir de cause, son conjoint finit par se suicider.
Au travail sexuel, Bernadette ajoute la mendicité. Pour l?occasion, elle emmène sa fille avec elle. Son organisme est tellement intoxiqué qu?elle finit par avoir des deliriums tremens. ?Mo ti pe trouv dimounn galoup deryer mwa.? Au cours d?une crise aiguë, elle trouve refuge à la police qui l?envoie à l?hôpital Brown-Séquard tandis que sa fille est confiée à la Child Development Unit et placée à l?abri d?Albion.
Sevrée au bout de deux mois, Bernadette a le choix entre reprendre sa vie de débauche ou tenter l?aventure avec le centre Chrysalide à Bambous. ?Mo ti anvi aret sa lavi la. Monn panse ki mo pa finn met enn zanfan lor later pou fer li soufer.? Elle choisit donc la deuxième option.
Une place dans la société
Au début le plus difficile pour elle, c?est la vie en communauté. Mais elle affirme avoir beaucoup gagné de son séjour à Chrysalide. ?Monn apran respekte mwa e dekilpabilize. Wi, monn menn enn move lavi, me li deryer mwa zordi. Mo kapav get mwa dan laglas. Avek tou kour noun swiv, monn devlop enn lamour pou la kwizin.?
Bernadette a réussi à trouver un emploi. D?abord comme femme de ménage dans une banque avant d?être embauchée comme responsable de la cuisine dans une institution qui s?occupe d?une centaine de handicapés. Elle a l?impression d?avoir enfin trouvé sa place dans la société. ?Mo santi mwa erez ek itil.?
Si Bernadette voit sa fille chaque semaine, elle rêve de pouvoir louer une maison pour s?y installer avec la petite. Elle avoue avoir rechuté deux fois: la première au début de la réinsertion, lorsqu?elle a retrouvé le monde extérieur. Et plus récemment il y a deux mois, quand elle a eu le sentiment de piétiner et que ses projets d?avenir n?aboutiraient jamais. ?Mo pa finn le al plis ladan. Tantasyon li la toultan li. Me mo pa le perdi seki monn ena.?
Bernadette a croisé quelques-uns de ses anciens clients qui trouvent qu?elle fait la fière aujourd?hui. ?Monn dir zot mo napli sa Bernadette avan la. Zordi mo le gagn enn lakaz, swayn mo tifi e donn li lamour zame monn resi donn li. Mo le osi tir bann lezot tifi dan prostitisyon e fer zot mars drwat.?
Le lot quotidien de Monica consiste à voir son père battre sa mère comme du plâtre et à mener une vie dissolue. Etudiante en Form IV, elle abandonne tout, quand sa mère déserte le foyer, pour aller travailler dans une usine. A 21 ans, elle emménage avec un homme. Ils ont un enfant avant que son compagnon ne meure par overdose.
C?est la mort dans l?âme qu?elle retourne vivre chez son père. Pour pouvoir nourrir son bébé, elle décide de se prostituer dans les discothèques. ?Mo ti fer li zis enn fwa par zour. Mo ti bizin bwar pou fer li parski a zin pa ti fasil. Me mo ti fer enn lot kalite prostitisyon. Zame mo pa travay o kler, ni abye de fason degelas ou vilger.?
Monica touche le fond de la déchéance quand elle se met au brown sugar. ?Sa finn fer mwa devlop enn yen. E kouma fime pran plis larzan ki pike, monn komans inzekte. Ler la monn komans vinn enn vre esklav.? Plus personne ne compte alors pour elle. Même pas sa fille qu?elle abandonne à son père. ?Mo napli ti trouv personn. Mo nek leve, al trase, revini pou droge. Lanuit, lizour parey.? Elle mènera cette triste vie pendant dix ans.
L?envie de s?en sortir
Plusieurs facteurs l?amènent à se ressaisir. Un jour qu?elle racole au jardin de la Compagnie, elle croise son frère. Celui-ci détourne les yeux et cela lui fend le c?ur. De plus, elle n?arrive pas à s?acclimater au lieu.
Une de ses copines lui parle du centre Chrysalide. Au même moment, elle apprend qu?après 20 ans de séparation, sa mère s?est réconciliée avec son père.
Monica est prête pour la désintoxication et la thérapie au centre Chrysalide. Au départ, elle a du mal à mener une vie sociale avec les autres mais son envie de s?en sortir la fait s?accrocher, d?autant plus que sa mère et même le frère, qui l?avait rejetée, lui rendent régulièrement visite.
Cela fait dix jours qu?elle a regagné le toit familial et retrouvé sa fille. ?Mo tifi inn vinn granfi tou !? L?apprivoisement mutuel est lent et elle en souffre. Mais sur les conseils de Marlène Ladine, la responsable du centre Chrysalide, Monica prend son mal en patience.
Aujourd?hui, elle prête main forte à son frère qui tient une tabagie. Même si ce n?est pas son idéal ? elle désire devenir coiffeuse ? Monica dit se sentir libérée. ?Mo santi mwa erez sirtou kan mo dan lakaz avek mo fami otour mwa. Avan mo ti esklav. Ler mo leve, mo nek galoupe al rod lavi pou droge. Zordi mo santi moi leze, lib. Enn mari sansasyon sa??
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