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Le c?ur a besoin de pontage

7 mars 2006, 00:00

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On croyait qu?il n?avait pas les épaules assez larges pour incarner l?alternance et qu?il renoncerait au leadership du MSM dès qu?il allait être confronté aux premières difficultés dans l?opposition. Or, non seulement Pravind Jugnauth résiste à la charge menée contre lui mais, de plus, il est en passe de s?affirmer personnellement comme jamais auparavant. Le leader du MSM a laissé passer la tempête initiale pour tenter ensuite de régler, à son avantage, les problèmes qui ont surgi dans l?opposition.

Pour paraître crédible auprès de son électorat cible, Pravind Jugnauth avait un lourd handicap à surmonter. Il était perçu par une importante frange de l?électorat rural comme un dirigeant pas assez tenace. A leurs yeux, il n?avait pas encore apporté la démonstration qu?il était capable de se mesurer au leader du MMM, Paul Bérenger. Les événements de ces derniers jours lui ont donné l?occasion de corriger cette perception. Il parvient, peu à peu, à se forger une image d?homme à poigne, intransigeant et dur.

L?attitude de Pravind Jugnauth, tant sur le rassemblement du 1er mai que sur le challenge d?Ashock Jugnauth au MSM, s'inscrit dans une stratégie globale qu?il a élaborée longtemps avant son échec aux législatives. Il a entrepris d?éliminer la vieille garde de son parti pour installer des hommes et des femmes de son choix. Il contrôle mieux son parti aujourd?hui et dirige une équipe motivée pour affronter la traversée du désert. De plus, il a pris ses distances du MMM, allant jusqu?à se montrer critique envers son leader dans ses réunions politiques. C?est un MSM revigoré qui descend dans les villages depuis quelques mois pour tenter de déstabiliser le gouvernement.

En revanche, le MMM a adopté une approche plus conservatrice. Il a misé sur des méthodes traditionnelles telles les conférences de presse et les réunions de la base organisées par Rajesh Bhagwan. Alors que le MSM montait en puissance, le MMM créait les conditions de son affaissement. En outre, le renouvellement de ses instances n?a pas permis le rajeunissement annoncé. Jayen Cuttaree, Alan Ganoo, Ivan Collendavelloo et Ahmad Jeewah prolongent leur temps de service. Du coup, la jeune génération des militants reste à l?écart. Pourtant, des quadragénaires dévoués tels que Deven Nagalingum, Pradeep Jeeha, Abdullah Hossen et Clyde Vacher sont à la disposition du parti mais leurs énergies restent bridées par la domination des seniors.

Ce qui distingue le MSM du MMM à l?heure actuelle, c?est sa capacité à se renouveler. Cette caractéristique est importante pour un parti qui veut reconquérir le pouvoir. C?est précisément en éliminant complètement la vieille garde de SSR que Navin Ramgoolam a achevé la mue de son parti en 2005 et l?a conduit à une brillante victoire électorale.

On peut mettre sur le compte de la fatigue l?incapacité de l?opposition à aller dans la rue pour contester certaines mesures controversables du pouvoir telles que la réforme du CPE. Au MMM, pour beaucoup, le c?ur n?y est plus. Quelques dirigeants ont déjà jeté l?éponge et ne cachent pas leur désir de trouver une place dans l?attelage de l?Alliance sociale. Cependant, ce n?est pas sûr que Navin Ramgoolam les accommodera au sein de son gouvernement même s?il continuera à utiliser des carottes pour les appâter tout le long de son mandat.

Ensuite il y a le vagabondage politique des députés du PMSD. Et leur promotion prochaine provoque sans doute des jalousies dans le camp de l?opposition.

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