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Tortures : nouvelles photos sur Abou Ghraib
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Tortures : nouvelles photos sur Abou Ghraib
Mouna NAÏM
Les clichés ont beau ne pas être récents et représenter une situation qui régnait jusqu?en 2003 au moins, et les responsables américains et irakiens ont beau rappeler que les faits ne correspondent plus à la réalité d?aujourd?hui dans les centres de détention irakiens, les révélations faites mercredi par la télévision publique australienne SBS sur les exactions commises par des soldats américains contre les détenus de la prison irakienne d?Abou Ghraib risquent d?accentuer le ressentiment antiaméricain au sein de l?opinion publique arabe, et plus largement musulmane. Révélés dans la foulée d?un enregistrement vidéo montrant des militaires britanniques rouant de coups de bâton et de pied des civils irakiens, à un moment où le monde arabe et musulman bout par ailleurs de colère à propos de caricatures jugées diffamatoires pour le Prophète, ces clichés risquent d?attiser la colère anti-occidentale.
Certains quotidiens arabes ont publié en «une» jeudi, sans commentaire, quelques-uns de ces clichés accompagnés des dépêches d?agences d?information, et au moins deux chaînes de télévision satellitaires, Al-Jazira et Al-Arabiya, en ont diffusé plusieurs. Sur un enregistrement vidéo, on peut voir un prisonnier enchaîné à une porte métallique se cogner de manière répétitive et avec violence la tête contre la porte, avant de se figer, au bord des larmes, dans un rictus de douleur.
Prisonnier tétanisé
Sur une autre image, un prisonnier le corps nu recouvert de ce qui pourrait être des excréments, se tient les bras grands ouverts à l?intérieur d?une cellule. Un troisième cliché montre un prisonnier face contre sol, pris en sandwich entre deux sortes de civières bien serrées. Un autre cliché dévoile un bras boursouflé, couvert de plaies qui ressemblent à des brûlures, les mêmes que l?on retrouve sur le torse d?un autre détenu. Sur un autre encore, un homme gît sur le sol sans que l?on sache s?il respire encore.
Les prisonniers étant le plus souvent nus - dans le monde musulman, montrer la nudité des corps est une offense et une indignité faites à l?être humain les deux chaînes arabes ont brouillé l?image.
D?autres photos ont déjà été vues en janvier 2004, lors des premières révélations qui ont valu aux tortionnaires d?être condamnés aux Etats-Unis. Telles celle d?un prisonnier en équilibre sur une boîte en carton, la tête recouverte d?un sac en papier tandis que ses mains sont liées à des fils - électriques, ou celle d?un prisonnier tétanisé par un chien noir tenu en laisse à toute petite distance par un militaire américain. Les journalistes qui, à Sydney, ont pu voir certaines de ces images avant leur diffusion parlent, entre autres, d?un homme égorgé, d?un autre souffrant de sérieuses blessures à la tête et d?un groupe d?hommes en train de se masturber.
Tout en «dénonçant toutes sortes de tortures», la ministre irakienne des droits de l?homme, Nermine Othman, a déclaré à Al-Arabiya que la situation n?est plus du tout la même aujourd?hui, que des commissions irakiennes visitent régulièrement les prisons sous contrôle de la force multinationale, où les normes légales de traitement sont désormais respectées selon elle, et qu?à ce jour un seul cas de torture avait été découvert à Abou Ghraib. Mais, a-t-elle précisé, les sévices ont été commis avant le transfert de la victime à Abou Ghraib, dans un des centres de détention provisoire auxquels les commissions de contrôle n?ont pas accès.
Alors que le Pentagone confirmait mercredi l?authenticité des photos, le porte-parole du département d?Etat, Adam Erly, interrogé par Al-Jazira, a dit le «dégoût, la tristesse et la honte» que suscitent «ces actes criminels», dont les responsables ont été sanctionnés.
«Voici les photos que le gouvernement américain ne veut pas que vous voyiez», a dit l?animateur de l?émission «Dateline», avant de mettre en garde les âmes sensibles. Les photos montrent des prisonniers torturés, blessés ou encore contraints à des pratiques sexuelles. Un détenu exhibe des cicatrices sur son avant-bras gauche qui semblent être dues à des brûlures, un autre gît sur une civière, couvert de sang. Un autre homme est vu encagoulé et ligoté dans un uniforme orange et apparemment menacé par un chien.
Certains des soldats déjà condamnés, dont Lynndie England, peuvent être aperçus sur des photographies. Les images ont été «prises en même temps que les fameuses photos d?Abou Ghraib, qui avaient fait l?objet d?une fuite dans la presse en 2004». Elles font partie du lot de photos qui avaient été montré au Congrès américain lors d?une diffusion privée et dont seule une partie avait paru dans la presse américaine, ajoute la chaîne.
Diffusion empêchée aux Etats-Unis
Les autres photos non publiques ont été obtenues par l?Union américaine des libertés civiles (ACLU), principale association de défense du genre, mais le gouvernement a fait appel pour empêcher leur diffusion aux Etats-Unis, selon SBS qui ne précise par comment elle s?est procuré les images. «L?ampleur des mauvais traitements révélée par ces photos laisse penser que la torture et les abus, qui ont eu lieu à Abou Ghraib en 2004, étaient vraiment pires que ce qui est actuellement connu», poursuit SBS. «Les membres du Congrès ont été choqués» en voyant ces images supplémentaires, a ajouté SBS, qui parle «d?une première mondiale».
Le producteur exécutif de Dateline, Mike Carey, a justifié la diffusion des photos par le fait qu?il «est d?un intérêt public important que toute l?histoire des sévices à Abou Ghraib soit dite». L?Australie, un des plus fidèles alliés des Etats-Unis dans le monde, a participé aux opérations en Irak, où 900 soldats australiens environ sont encore stationnés.
© 2006 Le Monde News Service Distribué par The New York Times Syndicate
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