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Tante Déa : pour l?amour de l?autre

17 février 2006, 00:00

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Déa Modeste lit avec intérêt les articles que la presse consacre aux jeunes travailleurs sociaux et elle se demandait quand elle paraîtrait dans un journal. Tante Déa a raison de parler des jeunes travailleurs sociaux car elle fait du social depuis l?âge de 15 ans. Elle est maintenant âgée de 81 ans.

C?est dans une école maternelle qu?elle a fait ses débuts. Elle gardait les enfants de ses voisins. Elle se souvient encore de la somme de 10 sous payée pour chaque enfant et elle leur apprenait l?alphabet. C?est sa mère Françoise Modeste, enseignante, qui lui a appris à lire et à écrire. ?Quand je vois un enfant seul, je lui demandais pourquoi et je demandais à ses parents s?ils ne voulaient pas que je le garde pendant leur absence.?

En sus de s?occuper des enfants, Tante Déa faisait aussi le tour du des maisons avoisinantes pour aider les personnes malades. Son engagement était connu dans toute la région. C?est ainsi qu?un prêtre du Morne l?approcha pour qu?elle donne des cours de catéchisme dans le village. Proposition qu?elle n?avait pas refusée. Elle consacra alors une bonne partie de sa vie au Morne et au volontariat dans son village natal. Et c?est avec beaucoup de fierté qu?elle affirme que les enfants qui étaient avec elle au catéchisme ont réussi professionnellement et? socialement. Elle fait référence à Jeff Manal, prêtre originaire de Bel-Ombre et à des conseillers du village du Morne.

Son dévouement était très connu. Quand l?école du gouvernement du Morne a ouvert ses portes, le responsable de l?école avait fait appel à elle pour accompagner les enfants de la maternelle. Elle se souvient encore de cette région entre St-Martin et Le Morne. Il n?y avait point de maisons en tôle ou en bois. Il n?y avait que quelques huttes en paille. Les filaos et les buissons étaient maîtres du lieu. La route, non plus, n?était pas en bon état. C?était plus ou moins un sentier. Evidemment, pas de bus. ?Je marchais pendant deux heures pour me rendre au Morne et je faisais le même trajet pour retourner.? Sa popularité l?a aidée par la suite. Elle se rappelle encore de Matar, le boulanger qui livrait le pain entre St-Martin et Le Morne. De temps en temps, il la déposait au Morne dans son van.

<B>Un miracle</B>

Il n?y a rien de plus louable que d?aider son prochain dans la vie. Les obstacles quotidiens ne lui faisaient pas peur. A force de marcher dans des endroits isolés, elle a failli se faire agresser à deux reprises. Un jour, une voiture s?est arrêtée à sa hauteur avec à son bord des hommes qui avaient de mauvaises intentions. Elle a alors eu la présence d?esprit de crier : ?Thomas! Thomas dépêche toi? ! Thomas était son neveu. Elle a donné l?impression qu?elle n?était pas seule. Elle avait peur et s?est mise à prier. Miracle ! Au même moment, un prêtre de la paroisse est arrivé à mobylette et l?a accompagnée chez elle. Le paysage de la région changea graduellement. Son père, Noé, devait faire des démarches pour asphalter la route où elle habite. La compagnie Longtill construisait des maisons de la CHA. Elle abandonna alors ses activités au Morne pour être disponible uniquement à Baie-du-Cap. Son engagement au sein de l?Eglise lui a permis de beaucoup voyager. Elle a accompagné le seul prêtre qui couvrait toute la paroisse de la région, de Baie-du-Cap à Tamarin en passant par Chamarel.

D?ailleurs, c?est avec beaucoup de fierté qu?elle affirme avoir participé à la première fête de Ste-Anne. Tante Déa est connue comme celle qui organise toujours ce pèlerinage religieux.

A 81 ans, elle n?est plus aussi active, mais elle continue à faire du social. Elle rend visite aux malades de son quartier et accueille à bras ouverts les nouveaux venus dans la région. Elle a renoncé au mariage pour consacrer sa vie aux autres. Et aujourd?hui, elle goûte, avec sa nièce, à un repos bien mérité.

A l?heure des photos, une lueur de tristesse assombrit ses yeux. Tante Déa aurait tant aimé être avec ses proches qu?elle aime tant et qui lui offrent un amour réciproque, mais malheureusement ils n?étaient pas tous présents. Elle prend alors Cécilia, la fille de sa nièce dans ses bras et la serre tendrement, sur son c?ur toujours rempli d?amour.

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