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Le monde à l?envers

12 février 2006, 20:00

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par Aline GROËME

Les intentions sont claires. Atteindre la barre des deux millions de touristes par an à Maurice. Mais pour leur montrer quoi ? Quand la mode du bronzer idiot est révolue, il faut donner à voir et à vivre autre chose que les plages de sable blanc, les hôtesses d?accueil déguisées en danseuses de séga et les cabarets d?hôtels autour des thèmes New York New York ou le carnaval de Rio.

Alors enfin, on pense au culturel. Et si, de cinquième roue de la charrette, cette essence du nous-mêmes, pouvait se partager. Mieux se monnayer. Qu?un ?culturel ? comme Emmanuel Richon a été appelé à être conseiller auprès du ministère du Tourisme est un signal. Il se veut fort, Emmanuel Richon est le premier à le reconnaître.

Surtout quand on voit les premiers effets : la promesse d?une spectaculaire renaissance pour la Citadelle. De vieux fort assoupi sur sa butte, dont les fissures son camouflées le temps d?un spectacle par de subtils jeux de lumière, la Citadelle ? à en croire les annonces ? est appelée à être un haut lieu de la culture dans la capitale. Depuis le 1er février, il abrite un musée du dodo.

Emmanuel Richon prévoit pour octobre-novembre un musée du vieux Port-Louis, dans l?enceinte du fort. Loin de nous de vouloir enlever tout mérite au nouveau conseiller culturel. Sa sincérité est palpable.

Mais sa démarche de Musée du dodo aurait eu un meilleur écrin si elle avait été installée au musée d?histoire naturelle à Port-Louis. Certes, Emmanuel Richon est au Tourisme, il ne se prive pas pour raconter ses démêlés, ainsi que les nombreux revers essuyés au ministère des Arts et de la Culture. Nous partageons son avis, qu?il est tout de même incroyable qu?un pays qui revendique le dodo comme son oiseau patrimoine, n?ait pas encore pensé à lui dédier un lieu.

Pourtant en termes de cohérence, il nous semble que la tragédie du dodo devrait être le point focal du musée d?histoire naturelle de Maurice.

Revenons, le temps d?une parenthèse, sur les ossements retrouvés en octobre 2005 sur les terres de Mon Trésor Mon Désert (MTMD). Les ?propriétaires? de ces trouvailles patrimoniales ont mis un point d?honneur à faire ressortir que le bec et les tibias déterrés leur appartiennent totalement. Certes la collaboration du Museums Council a été mandée, mais sans aucun pouvoir d?intervention. MTMD a le droit de disposer des ossements comme bon lui semble.

Ce qu?elle envisage : transformer le site de Mare-aux-Songes en un ?complexe commercial? avec restaurants et boutiques de souvenirs, pour attirer le touriste dans une mare qui ne paie pas de mine telle qu?elle est actuellement.

C?est sans doute là un autre débat. Mais ce qui nous gêne le plus, c?est qu?il faille passer par l?industrie touristique pour espérer donner enn nouvo lizour à notre patrimoine. À ces sites doublement marqués : d?abord par l?Histoire, puis par la négligence au quotidien. Ne nous leurrons pas. L?industrie ne s?intéresse pas au patrimoine pour sa valeur sentimentale, mais bien pour les roupies sonnantes et trébuchantes qu?il représente. Avec ce type de packaging, la mémoire se transforme en produit. Ce qui laisse supposer que les plans de restauration auront à c?ur de soigner tout ce qui est susceptible d?attirer le touriste, plutôt que l?attrait national d?un site. C?est le monde à l?envers.

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