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Patrimoine : de l?or en barre ?
Eparpillé. La gestion de notre patrimoine est divisée ? pour ne pas dire écartelée ? entre divers ministères. Ce qui aggrave le manque de coordination des initiatives. Point départ de l?atelier consacré au ?Patrimoine et sites culturels? aux Assises du tourisme. C?était vendredi au centre de conférences à Pailles.
Autour de la table : Emmanuel Richon, fraîchement nommé conseiller culturel au ministère du Tourisme, Pierre Argo, photographe et Philippe Lahausse de la Louvière, ancien président du conseil d?administration du National Heritage Fund Board. Dans l?assistance : Prem Mahadeo, directeur de l?Aapravasi Ghat Trust Fund.
Exemple concret de cette dispersion entre une multitude d?organismes : le château de Mon Plaisir est sous la tutelle du ministère de l?Agriculture, La Citadelle sous celui du Tourisme, les théâtres municipaux dépendent du ministère des Administrations régionales.
Pour la ?fierté culturelle croisée?
Mais la pierre d?angle des débats est restée sans conteste la question des moyens financiers destinés à la préservation du patrimoine. Maints intervenants ont pris la parole pour souligner ? encore une fois ? le budget inadéquat du ministère des Arts et de la Culture. Philippe Lahausse de la Louvière est même venu de l?avant avec une idée de fonds géré par une instance ?indépendante? mais avec ?droit du regard du gouvernement?, tout en stipulant ?qu?il faut éviter que cela soit politisé?.
Prenant à contre-pied tous ceux qui pensent que la préservation du patrimoine est avant tout une question de moyens financiers (la majorité), Emmanuel Richon affirme : ?Ce n?est pas vrai. Pour faire un musée, il faut trois choses. D?abord, il faut une collection, c?est-à-dire des choses à montrer. Ensuite, il faut un public, il faut savoir comment le faire venir. Et puis, il faut un site. Si on a aucun des trois, alors c?est que le projet est bidon.?
Invité à réagir sur la pertinence de la classification d?un site patrimoine national, le conseiller culturel devait rappeler l?épisode de la poste centrale. ?Classer un site ne sert à rien. Cela n?a pas empêché un gouvernement de décider que le bâtiment de la poste ? qui servait à cette fonction depuis des siècles ? serait transformé en centre culturel.?
Selon lui, la meilleure protection est celle qui vient de l?éducation. Emmanuel Richon se dit pour la ?fierté culturelle croisée, le meilleur vaccin contre la bêtise?. En clair, que l?admiration d?un monument dépasse sa communauté d?origine. ?Que la Jummah Mosque ou le temple Kailasson par exemple, ne soient plus admirés que par les musulmans et les tamouls, mais que l?on apprenne à tous les enfants indistinctement à les respecter, à en comprendre le symbolisme. Ce n?est que comme cela qu?ils auront envie de les protéger plus tard.? Dans cette veine, conseiller culturel s?est prononcé en faveur de l?introduction de visites guidées dans ces édifices, ?en fonction des heures des offices religieux.?
Générer des revenus pour assurer la maintenance
Réfutant l?idée que cela relève de l?utopie, Emmanuel Richon ajoute que cette formule entraîne la création d?emplois ? dont celui de guide ? tout en générant des revenus pouvant servir à la maintenance de ces lieux.
Interrogé sur le futur de la Citadelle, il nous a indiqué qu?après y avoir installé un musée du dodo, ?parce que c?est tout de même effarant qu?à Maurice, il n?y ait pas ce type de rendez-vous,? il a annoncé la mise en place d?un musée du vieux Port-Louis, entre les murs du fort. ?Il devrait être prêt d?ici octobre ? novembre.?
Pour sa part Pierre Argo n?a pas manqué de partager ses avis marqués sur ?l?obsession pour la réparation. Je suis d?accord qu?il faut un inventaire des sites, mais faut-il attendre que les réparations soient effectuées avant de publier un guide des sites ? Cela risque de prendre longtemps.?
Très en verve dans son rôle de modérateur de cet atelier de travail, Pierre Argo s?est fait un devoir de demander s?il y avait un représentant du National Heritage Fund Board qui souhaitait prendre la parole. La représentante de cet organisme devait timidement dire qu?elle ?ne faisait que partie de l?administration. Qu?il y a un board qui prend des décisions. Que cela existe depuis deux ans et que cela n?a pas fonctionné. Qu?il n?y a plus de directeur et que la nouvelle Chairperson, Diana Bablee a été nommée, voilà deux semaines.? Philippe Lahausse de la Louvière n?a pas bronché. Toujours est-il que parmi les résolutions prises lors de ces Assises du tourisme, figure la tenue éventuelle d?une Semaine du patrimoine en août 2006. Rendez-vous est d?ores et déjà pris.
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