Publicité

Au pays de Candide

12 février 2006, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

par Christine DACOSTA

Un homme est agressé sur le pas de sa porte par plusieurs dizaines d?individus. Armés de sabres, de surcroît. Une femme se dit victime d?une agression sexuelle dans les rues de New-Grove, pendant que, dit-elle, des villageois assistent à la scène. Sans broncher. Un jeune étudiant de 15 ans est roué de coups dans les couloirs de son établissement scolaire par un camarade de classe hostile. Dans deux des trois cas, les événements se passent au grand jour et les éventuels témoins peuvent difficilement arguer que, de toute manière, la nuit, tous les chats sont gris.

Pourtant, les enquêtes policières ? quand il y en a une ? butent sur le même mutisme des témoins. Ces derniers, et ils sont nombreux, se murent dans un silence pour le moins déroutant quand on connaît la propension du Mauricien à faire feu de? la moindre rumeur, à se repaître des malheurs du voisin, ?tu sais, celui dont le fils a??

Nous voilà donc aveugles et sourds. Muets aussi, cela s?entend. Nous barricadant derrière les épais rideaux de nos salles de séjour, nous réfugiant dans le confort de l?indifférence. Rien vu, rien entendu, captivés, sans doute par des images de BBC World et de TéléRéunion. Car à l?île soeur, le chikungunya fait rage, mais pas ici, voyons !

Voilà donc le Mauricien se fabriquant son Utopie, victime de sa bonhomie. Persuadé que son île paradis est à l?épreuve du crime. On le lui a si souvent répété qu?il a fini par se projeter dans cette image d?Epinal.

Du reste, les autorités elles-mêmes entretiennent cette candeur, que ce soit en tergiversant sur les chiffres exacts concernant les cas de chikungunya ou en ?se refusant à tout commentaire? lorsque surviennent des épisodes de violence dans des établissements secondaires. Et c?est mûs par les mêmes réflexes de déni que les témoins regardent ailleurs pendant que les agressions en pleine rue se multiplient?

On peut bien sûr se mettre un instant dans leur peau. Apeurés (cette peur qui vous prend au ventre et vous coupe les jambes, on veut bien le croire), craignant des représailles (mieux vaut prévenir que guérir, dit-on). Reste pourtant une question. De taille. Une question qui devrait nous tenailler tous. ?Et si c?était moi ??

Publicité