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Jean Suzanne sonne la charge
Où va-t-on ? C?est la question que bon nombre de chefs d?entreprise des Technologies de l?information et de la communication (Tic) se posent depuis juillet dernier. Et cette semaine, ce n?est pas le ministre de la Technologie informatique qui a apporté les réponses à cette interrogation, mais Jean Suzanne, le Senior Adviser du Premier ministre. Son analyse de la situation est sans concessions. Il identifie les principales faiblesses qui font que les Tic ne sont pas encore le 5e pilier de notre économie. Le conseiller du PM livre un plan qui paraît ambitieux, mais suscite néanmoins l?adhésion des professionnels du secteur.
« C?est intéressant. Je crois que les opérateurs et professionnels des Tic apprécient cette démarche », explique Ganesh Ramaligum, le président d?Act, l?association des opérateurs Tic du pays. « Il a bien identifié les problèmes et je crois qu?il a raison dans le fond. Maintenant qu?il a énoncé ses idées, il faut en discuter et les mettre en ?uvre le plus vite possible », ajoute Thomas Buffard, le directeur des centres d?appels ICCA Mauritius et Pro Contact.
<B>Développer la culture informatique</B>
Le plan de Suzanne se décline en cinq projets. Trois d?entre eux visent à régler quelques sérieux problèmes dans le pays, tandis que les deux autres favorisent la mise en place du développement d?une industrie à rayonnement régional.
Le Senior Adviser du PM explique que le secteur des Tic, ses horaires, les débouchés qu?il offre mais aussi les contraintes qu?il impose, demeurent mal compris du grand public. « Il est inutile de semer sur un terrain qui n?a pas été préparé et fertilisé », estime Suzanne. Il pense donc qu?il faudra entamer « un important exercice d?information et de communication auprès du grand public ».
Mais pour développer la culture informatique dans le pays, il faut que l?outil soit accessible à tous. Jean Suzanne note ainsi que les ménages et les petites et moyennes entreprises (PME) demeurent faiblement équipés. Le prix prohibitif des ordinateurs expliquerait, selon lui, ce phénomène. Il préconise donc de favoriser l?assemblage d?ordinateurs localement, ce qui devrait créer une mini-industrie d?assemblage et générer près d?un millier d?emplois, tout en ramenant le prix des ordinateurs aux alentours de Rs 15 000.
<B>L?ouverture aux jeunes talents étrangers</B>
Ce discours est toutefois balayé d?un revers par un jeune entrepreneur de Triolet. « J?assemble les ordinateurs que je vends. Des dizaines d?autres le font. C?est ce qui nous permet de les vendre à Rs 17 000. Ce prix est attractif car les ventes sont intéressantes. Je ne vois pas comment on va faire baisser davantage les prix étant donné que les ordinateurs sont déjà duty free. En revanche, il faut faire baisser le tarif d?Internet. C?est cela qu?il devrait plutôt envisager ! »
C?est effectivement l?un des cinq projets de Suzanne. « Après avoir fait entrer l?ordinateur dans les foyers et les PME, il faut pouvoir les connecter aux autoroutes de l?information », affirme-t-il. Une proposition qui reçoit l?aval express de Ganesh Ramalingum, qui note qu?il reste beaucoup de travail à faire dans ce domaine avant que les prix des télécommunications et d?accès à Internet ne deviennent vraiment accessibles au plus grand nombre.
Ayant installé une culture informatique, Suzanne se met à voir grand. Ainsi, il vise tout le bassin de l?océan Indien en préconisant l?émergence d?une « technopole régionale », sorte de « Silicon Valley africaine » qui serait basée à Maurice. En fait, le conseiller du Premier ministre applique l?idée de Knowledge Hub aux Tic.
Il part d?un constat : Maurice est un illustre inconnu dans le monde de la haute technologie et des Tic. Pourquoi les enseignes prestigieuses comme Dell ou Cisco voudraient-elles externaliser du développement informatique ou de la comptabilité à Maurice ? Mais par contre, si Maurice s?arrange pour se bâtir une « crédibilité », ceux qui nous boudent aujourd?hui pourraient accourir demain.
Suzanne préconise l?ouverture aux jeunes talents étrangers dans le domaine informatique ou dans toutes les recherches qui seraient susceptibles de servir les intérêts du pays, et ce, en leur offrant des incitations au séjour, aux études et à la recherche. « Les entreprises viendront à Maurice parce qu?elles y trouveront la plus forte densité de compétence dans la région et les étudiants étrangers viendront d?autant plus nombreux ici qu?ils y trouveront une plus forte probabilité de trouver un emploi correspondant à leur formation », explique Jean Suzanne.
Mais les opérateurs locaux reparlent de la formation des Mauriciens. Ganesh Ramalingum explique ainsi qu?une approche concertée entre l?industrie, le gouvernement et les universités locales reste encore à définir.
« La stratégie par rapport à la formation de ceux qui s?engageront dans des métiers plus pointus des Tic nécessitant plus qu?un HSC reste encore à définir. Nous avons une direction intéressante. Mais pour la mise en ?uvre tout reste à définir », prévient un directeur de centre d?appels.
Suzanne nourrit toutefois un certain optimisme qui lui fait entrevoir un nouveau tissu industriel dans les Tic, par le biais d?une intégration verticale. « Il y aura de grandes entreprises adressant en direct les marchés étrangers, des PME travaillant en sous-traitance des grandes entreprises et un fort réseau de micro-entreprises présentes partout dans l?île et traitant des petites opérations à plus faible valeur ajoutée. »
L?idée séduit les opérateurs. On s?emballe même au point d?imaginer les futurs clusters qui pourraient, par exemple, aller à la conquête du marché africain. Mais il faut déjà apprendre à travailler conjointement à Maurice. « Les possibilités sont énormes. On peut s?occuper de gros projets à plusieurs. Tandis que l?un installe un réseau de câbles informatiques, l?autre assemble et vend les ordinateurs alors qu?un troisième développe les logiciels spécifiques au client ou au pays », estime Ramalingum.
<B>Principal enjeu :l?empoi</B>
C?est une industrie basée sur davantage de valeur ajoutée qu?on veut promouvoir. Mais cela voudra-t-il signifier la disparition de certains métiers à faible valeur ajoutée comme les télévendeurs ou téléconseillers des centres d?appels ? Certainement pas. Ainsi, Francois de Grivel, directeur du Centre V Lines à St-Antoine, explique qu?il va continuer ses opérations de centre d?appels. « Mais je vais également m?intéresser à des activités à plus forte valeur ajoutée, donc à tout ce qui est Business Process Outsourcing à l?avenir. »
Forte ou faible valeur ajoutée, l?un des principaux enjeux demeure l?emploi. Et à ce chapitre Suzanne annonce la couleur en estimant que 5 000 à 8 000 emplois pourraient être créés d?ici 2010. C?est jouable, dit-on déjà parmi les opérateurs des Tic. L?optimisme revient dans ce secteur, il était temps?
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