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Criminalité zéro

25 janvier 2006, 20:00

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Une société cherche plusieurs moyens pour exorciser ses démons. La peine de mort est l?un d?eux. À Maurice, c?est un débat qui surgit de manière sporadique, porté surtout par ceux qui pensent que la peine capitale peut être un argument de dissuasion.

Au-delà de la dimension philosophique de ce débat, il est intéressant de cerner cette manie que nous avons de revenir sur cette question à chaque fois que des crimes atroces sont commis. Il importe au préalable de souligner le fait que le premier exercice qui aurait dû être entrepris depuis longtemps est une étude scientifique sur la criminalité à Maurice. En l?absence de telles données, nous nous laissons souvent gagner par l?alarmisme en affirmant continuellement que la criminalité est en hausse. Ce qui ne serait, d?autre part, pas étonnant du fait que le processus de modernisation sociale entraîne presque automatiquement une hausse du taux de criminalité. Les sociétés développées ont cette particularité de développer une race de criminels qui tuent pour des raisons banales.

Quand une personne se fait tuer pour Rs 25 ou Rs 50, on peut comprendre que les proches de la victime réclament la peine capitale contre les meurtriers. Mais il est aussi vrai que les criminels sont des produits de la société dans laquelle ils vivent. Ce qui implique que toute critique sur les ?hors-la-loi? est aussi une critique de la société. Si la vie humaine perd de son sens, c?est aussi parce que la société l?a banalisée. Qu?elle n?a pas su, dans sa quête obsessionnelle du progrès, soigner l?âme de ses citoyens. Ce qui est mis en cause couvre un ensemble d?institutions : de la famille à l?école en passant par les organisations religieuses. Il ne s?agit pas de faire du moralisme primaire et le procès facile des institutions qui ont échoué, mais davantage de comprendre les raisons pour lesquelles les sociétés dites modernes laissent sur la route de la paupérisation un nombre croissant d?individus. Quelque part, ces sociétés sont appelées à désacraliser l?idée même de la réussite et du progrès. Ce serait retrouver un sens autre que celui que véhicule la société de consommation. C?est un exercice d?introspection que la société mauricienne gagnerait à réaliser.

Entre-temps, cette société se signale surtout par un tiraillement entre son aspiration à la modernité et ses vieux fantasmes d?une discipline rigide voire d?une répression radicale. À ce titre, ils sont nombreux les nostalgiques de cette époque où les parents élevaient les enfants d?une main de fer, où les enseignants infligeaient des punitions corporelles à leurs élèves. Il est toujours tentant d?expier ses propres manquements en soumettant les autres à l?arbitraire de son pouvoir.

On mesure la pertinence de cet argument surtout lorsqu?on connaît les dérives auxquelles peut céder la force policière. L?erreur judiciaire est plus à même de prendre place dès lors qu?un individu est soumis à des actes tortionnaires pour faire des aveux. Si la justice humaine est faillible, la justice mauricienne, elle, est encore plus aléatoire quand on connaît la demande de réforme du judiciaire que réclament des juges et des magistrats. De la même manière, que peut-on attendre d?autre d?un détenu dompté par une logique carcérale qui amplifie la tendance à la criminalité ?

Ce sont autant de déterminismes sociaux qui devraient pousser les partisans de la peine de mort à plus de modération. Au lieu de peine de mort, il faudrait peut-être commencer à travailler pour une criminalité zéro. Ce n?est pas une utopie que de croire le citoyen capable de comprendre la valeur de la vie.

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