Publicité
La délégation des îles à Khartoum plaide non coupable
Par
Partager cet article
La délégation des îles à Khartoum plaide non coupable
Comme lors du jugement de toutes les affaires spectaculaires, la salle d’audience du tribunal de Moroni a fait le plein mardi. La centaine de personnes présentes a pu entendre plusieurs fois la même phrase : “On n’a vu le dossier que le samedi soir. On n’a connu son contenu qu’au moment où on a rencontré les enquêteurs de la gendarmerie.”
Ce refrain exprime en résumé la ligne de défense de la délégation envoyée au Soudan par les présidents des îles autonomes, et qui est accusée de faux et usage de faux.
À l'exception du colonel Halidi, les prévenus nient avoir vu le document incriminé, qui leur a permis d’être accueillis à Khartoum, où se tient une réunion de l’Union africaine, comme une délégation officielle, avant le jour où ils ont été placés en garde à vue.
En attendant le verdict prévu pour samedi, les prévenus ont passé trois heures difficiles devant les juges dans un procès contradictoire. Le conseiller juridique du président El Bak a été le premier à nier en bloc les accusations de faux et usage de faux, et de recel de document administratif.
Devant la cour, Aboubacar Abdou Moussa, dans un boubou blanc et en bonnet, a annoncé que si lui et ses compagnons ont obtenu le visa pour Khartoum, c’est grâce au président El Bak qui a rencontré l’ambassade du Soudan à Dubayy. Moustoifa Said Cheikh et Biarithi Tarmidi ont avancé les mêmes arguments.
L’actuel conseiller spécial du président, Moustoifa, tout en disant devant le procureur qu’il a été piégé, a affirmé qu’il était certain que le document n’était pas faux dans la mesure où ils ont obtenu le visa. Le représentant de l’île de Mohéli, très serein, a tenté d’expliquer pourquoi il voyageait en utilisant un titre qui n’est plus le sien, à savoir celui de Premier ministre.
“Depuis que j’ai quitté le poste en 2000, je porte toujours titre d’ancien Premier ministre. Je préfère cela par rapport à ma fonction actuelle”, précise Biarithi ministre de l’Administration territoriale de la petite île des Comores.
<B>Six mois ferme requis</B>
Durant l’audience, le représentant de l’île de Ndzuani a été présenté malgré lui comme le chef du groupe. Le Colonel Halidi Charif n’aurait pas emboîté le pas aux autres. “Je ne suis pas le chef du groupe mais le porte-parole”, dit-il avant de livrer l’origine du document incriminé.
“C’est quelques heures avant mon départ pour la Tanzanie que Mohamed Yahaya surnommé PEK m’a donné cette note. Je ne l’ai pas ouverte et même si je l’avais ouverte je ne pouvais rien savoir car je ne sais pas lire en arabe et cela n’est pas une honte. Il faut que vous sachiez monsieur le président que je suis ancien ministre des Affaires étrangères et je sais que je ne pouvais pas prétendre représenter le chef de l’État ou un ministre impunément.”
Le procureur, très virulent à l’égard de la bande à Moustoifa, a requis six mois de prison ferme, neuf mois de sursis et 150 000 francs comorien (300 euros). “Vous n’êtes pas des hommes, sinon vous devriez assumer votre geste. En refusant en bloc l’accusation, vous avez fait preuve de lâcheté”, a déclaré Idi Bazia, procureur de la République sur un ton moqueur.
De son côté, l’avocate de la défense a qualifié de politique le procès. “Le déroulement de cette affaire montre directement qu’il s’agit d’un procès politique. C’est monsieur Halidi, candidat aux présidentielles prochaines, qui est visé. Le fait d’utiliser la procédure de flagrance montre qu’on veut expédier le procès alors que toutes les preuves ne sont pas encore réunies”, accuse Harimiyat Kassim.
Pendant que les juges vont statuer sur leur cas, les membres de la délégation sont retournés en prison où ils sont déférés en mandat de dépôt depuis lundi.
Ahmed ABDALLAH</B> <B>Le Canal du Mozambique</B>
Publicité
Publicité
Les plus récents