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Collèges d?élite : un retour pas forcément nécessaire
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Collèges d?élite : un retour pas forcément nécessaire
Les collèges d?élite sont-ils vraiment indispensables au bon fonctionnement de notre système éducatif ? Faut-il faire un tri au niveau du Certificate of Primary Education (CPE) pour envoyer les 1 200 ou 1 300 meilleurs candidats dans des établissements différents ? La rentrée scolaire est placée sous le signe du débat sur l?élitisme dans notre système éducatif.
Clairement, deux camps s?affrontent : les pro et les anti. Ceux qui prétendent qu?il faut sélectionner les 1 200 - 1 300 écoliers qui ont eu les meilleurs résultats au CPE pour les placer dans des établissements d?élite et ceux qui sont absolument contre cette idée.
Un constat s?impose cependant. Il existe davantage de pédagogues qui décrient un retour vers un système élitiste que de pédagogues qui approuvent la création de neuf collèges nationaux qui admettront les meilleurs élèves du CPE. D?ailleurs, aussitôt la décision du gouvernement communiquée, vendredi soir, la levée de boucliers n?a pas tardé. Et ce n?est probablement que le début.
Faire partie d?une élite à 11 ans ?
Mais d?abord faudrait-il connaître les raisons pour lesquelles le gouvernement a décidé de revenir à un système où la compétition prédomine. Et là, force est d?admettre que le public n?a pas eu d?explications pédagogiques ou scientifiques, ni du ministre de l?Education, Dharam Gokhool, ni d?un autre membre du gouvernement. La conférence de presse qu?il a programmée pour cet après-midi devrait répondre aux interrogations quant à la légitimité d?un retour vers un système élitiste.
Il devra préciser si la décision gouvernementale est un acte purement politique suivant une promesse électorale faite dans un certain milieu ou si c?est une décision mûrement réfléchie, dans l?intérêt des enfants.
?Beaucoup de questions restent sans réponse. Sur la base de quoi revient-on à un tel système ?? demande Veena Ballgobin, chargée de cours en didactique (théorie et méthode de l?enseignement) à l?université de Maurice. Au sein du gouvernement, l?un des arguments avancés, pour défendre l?orientation prise, est qu?une compétition plus pointue au niveau du CPE encouragera l?enfant à étudier davantage et que l?isolement des meilleurs élèves dans des collèges qui leur sont réservés permettra l?émergence d?une élite de qualité supérieure.
?Si tel est le cas, je voudrais savoir si la génération ranking a produit une élite intellectuelle et si oui, où sont passées leurs idées ? Parce qu?il n?y a pas eu de renouvellement au niveau des débats depuis au moins dix ans. Quelle a été leur contribution au pays ? Ce système ne favorisera pas l?émergence d?une génération de gens qui pensent et qui peuvent avoir un esprit critique et d?analyse?, souligne Veena Ballgobin.
Pour cette dernière, les collèges d?élite ont essentiellement ?produit une élite académique centrée sur elle-même qui pense d?abord à ses propres intérêts. Je ne crois pas qu?un système élitiste aide à prendre conscience de l?intérêt du pays. L?on a surtout vu que l?élite venant de ces collèges part à l?étranger après ses études.?
A un autre niveau, parmi la profession enseignante, beaucoup estiment que décider de l?orientation à donner à un enfant sur la base d?un simple examen à la fin du primaire c?est faire fausse route.
?Fait-on partie d?une élite parce qu?on a bien réussi dans quatre matières à un examen lorsqu?on a 11 ans ? C?est aberrant. Pas besoin de collèges spécifiques pour permettre à une élite d?émerger. Elle surgira de toute façon. Pourquoi ce v?u d?isoler chaque catégorie d?étudiants. Cela ne se fait nulle part ailleurs au monde. Ronaldinho jouerait-il moins bien au football s?il se trouvait sur la pelouse du Stade George V ? Je ne crois pas?, explique Hervé de St Pern, directeur du Bureau de l?éducation catholique (BEC).
?Un collège d?élite est un établissement qui peut développer le potentiel et les talents de chaque enfant et nous sommes loin de ça. Chaque collège du pays doit être d?élite. En se restreignant à neuf établissements, l?on mettra une très grande pression sur 120 000 enfants au primaire en les faisant concourir pour 1 300 places seulement. C?est très mauvais comme système.? D?ailleurs, conclut Hervé de St Pern, ? le ranking a été ce qu?il y a eu de plus mauvais dans l?éducation?.
Ce système, introduit en 1980 et abolit en 2002, était à la base d?un cycle infernal où l?enfant se voyait écartelé entre l?école, les leçons particulières et les devoirs à la maison. Forcé à ingurgiter les sujets examinables, le développement intégral de chaque enfant n?avait ni sa place à l?école ni à la maison. Beaucoup l?ont oublié ou ne s?en sont pas rendu compte.
D?ailleurs, de nombreux parents applaudissent le retour de la compétition au CPE. ?Chaque parent croit que son enfant est ce qu?il y a de meilleur au monde. Malheureusement, pour beaucoup de parents, l?éducation se résume à apprendre des manuels alors que c?est bien plus que ça?, soutient Daniel Koenig, ex-enseignant au collège Royal de Curepipe, ancien recteur du collège Sookdeo Bissoondoyal et du St-Joseph et ancien chief technical officer au ministère de l?Education. ?Dans un monde qui tend à la démocratie, il est évident que l?éducation ne peut être la propriété d?un petit groupe. Il est tout à fait injuste et illogique de faire un système où l?on se concentrera davantage sur quelques élèves.?
Compartimenter
Pour les défenseurs de la compétition au primaire, la mise sur pied de collèges nationaux ne se fera cependant pas au détriment des enfants. ?Ils arrivent dans le cadre de l?éducation obligatoire jusqu?à 16 ans. Ils ne sont qu?un aspect de la réforme proposée. C?est un élément parmi d?autres, qui visent dans leur ensemble à former l?intelligentsia mauricienne. La seule différence avec les collèges nationaux, c?est qu?ils admettront des élèves très performants. Ce ne seront pas des special schools?, avance Suttyhudeo Tengur, président de la Government Hindi Teachers? Union. ?L?éducation nationale doit pouvoir répondre à la fois aux besoins des surdoués, aux high flyers et aux late developpers.? Et cela, c?est plus aisé de le faire en compartimentant, laisse-t-il sous-entendre.
Steven Obeegadoo, le précédent ministre de l?Education et actuel secrétaire général du Mouvement militant mauricien, est loin de partager cet avis. ?Identifier une élite à 11 ans pour la placer dans des collèges séparés où l?on enseigne le même programme d?études que dans les autres établissements, cela ne s?est jamais vu. Est-ce ainsi qu?on veut construire une société égalitaire ? Parler d?élite en 2005, c?est complètement absurde parce que c?est une notion qui a disparu dans la pensée éducative moderne. Elle n?a aucun sens, même pas pédagogique.?
Surendra Bissoondoyal, ancien directeur du Mauritius Examinations Syndicate et conseiller du ministère de l?Education de 1998 à 2005, pense que de toute façon, une élite ne peut être identifiée à l?âge de 11-12 ans. ?A cet âge-là, l?enfant doit apprendre comment vivre avec les autres, apprendre la vie et la société. Il doit être ouvert sur le monde et non pas renfermé sur ses livres. Un système élitiste se concentrera avant tout sur l?enseignement des matières et non pas sur le développement global de l?enfant. L?éducation n?est pas livresque.?
Pour Nita Deerpalsing, député travailliste de Belle-Rose-Quatre-Bornes, tout ce débat est faussé. ?L?idéal serait le modèle scandinave où les écoles ont un niveau égal. Le système prend en compte les différents niveaux dans les classes. C?est au prof de s?adapter aux besoins de chaque élève. Si nous avions cela, tout ce débat sur l?élitisme n?aurait même pas lieu d?être.? En attendant, le gouvernement a tranché et une compétition farouche à partir de la Standard III en sera la conséquence. A moins que l?opinion publique puisse le faire changer d?avis?
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