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?Il y aura un retour à une croissance soutenue sur le moyen terme?

10 janvier 2006, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● <B>Le taux du chômage reste élevé. Croyez-vous à un renversement de cette tendance cette année ? </B>

Il y a quelque temps, le Fonds monétaire international (FMI) avait analysé le problème du chômage à Maurice. Il avait trouvé qu?il existe chez nous un unemployment puzzle. L?évolution du chômage prend la forme d?une u-curve. Dans les années 80, la zone franche a largement contribué à absorber le chômage. Pendant au moins quatre ans, nous nous étions retrouvés dans une situation de plein emploi.

Il y a un paradoxe dans la mesure où l?économie a connu une croissance soutenue avec un taux moyen annuel de 5 % durant ces 25 dernières années et qu?une telle croissance ne résorbe pas le chômage.

L?autre puzzle est le taux de chômage élevé. Certains secteurs, dont la zone franche, n?arrivent pas à trouver des gens localement et doivent importer de la main-d??uvre. Dans les services financiers, on fait aussi face à un déficit de ressources humaines qualifiées.

● <B>Qu?est-ce qui explique donc ce paradoxe ? </B>

Le FMI avait montré du doigt le système centralisé de fixation des salaires que sont les tripartites. À chaque fois, on en parle, mais il n?y a jamais eu une réelle volonté pour s?attaquer au problème. Les tripartites ont favorisé une fâcheuse tendance à déterminer les salaires dans l?ensemble de l?économie indépendamment de la performance des différents secteurs.

Ce mécanisme décourage les gens à investir dans la formation et la spécialisation. Les salariés n?ont aucune motivation à poursuivre leur formation car ils pensent que les salaires vont évoluer de la même manière dans tous les secteurs. Le skills premium est faussé par un système centralisé.

D?autre part, les employeurs trouvent ce système coûteux. Ils recrutent moins et vont même jusqu?à réduire leurs effectifs.

Il est grand temps de mettre en place un mécanisme de négociations sectorielles. J?espère que le gouvernement, les employeurs et les syndicats vont se mettre d?accord pour évoluer vers ce système. Les employés obtiendront des hausses salariales sur la base de la productivité et de la performance de leurs industries. Les négociations par secteur aideront à réabsorber le chômage. Les entreprises vont recruter si elles jugent qu?elles ne sont pas en train de payer leur personnel plus ce qu?il en faut.

Il faut également focaliser sur ceux qui restent pendant plus d?une année au chômage. De manière générale, il s?agit d?une personne qui n?a pas réussi aux examens du Certificate of Primary Education (CPE). Cela représente le plus gros segment des sans-emploi. Il faut s?attaquer à ce problème. Il faut accélérer le processus de recyclage professionnel pour ceux qui ont perdu de l?emploi dans le textile, par exemple. Il n?est pas très difficile de recycler les licenciés du textile dans l?hôtellerie.

Nous avons désormais une vision plus claire du chômage grâce à la nouvelle méthode de sondage du Bureau central des statistiques. Il y a un meilleur suivi des chômeurs et de la durée du chômage.

● <B>La création d?emplois dépend également de la croissance. Quand aura-t-on le retour d?une forte croissance ? </B>

Nous avons connu une expansion soutenue au cours de ces 20 à 25 dernières années. L?économie a connu une progression de 5 % en moyenne par année. Nous constatons que la croissance s?essouffle.

Nous avons plusieurs moteurs de croissance à savoir l?agriculture, le secteur manufacturier et le tourisme. Nous avons créé un quatrième pilier, en l?occurrence les services financiers, lorsque nous avons réalisé que nos accords de préférences commerciales sont menacés.

Dans les années 80, la croissance a été créée principalement par les intrants, c?est-à-dire le capital et la main-d??uvre. Les Hongkongais nous ont apporté leur technologie dans le textile. Il y a eu également une augmentation massive de nouveaux emplois.

Dans les années 90, il y a eu surtout une hausse massive de la productivité (de la main-d??uvre et du capital) qui a augmenté la croissance qui s?est répercutée positivement sur le Total Factor Productivity (TFP).

Ces derniers temps, la productivité stagne. Il est temps de remplacer les technologies qui génèrent des retours décroissants. Il faut rehausser la productivité pour maintenir la croissance.

Il faut en même temps développer des nouveaux moteurs économiques. L?émergence de nouvelles activités favorisera une accumulation de capital et de la main-d??uvre. Cela influera positivement sur le TFP sur le moyen terme.

Le ministre des Finances estime qu?il nous faudra avoir huit à neuf moteurs de croissance dans les cinq prochaines années. Dans le seafood hub, par exemple, je pense qu?il y aura une accumulation de capital et de main-d??uvre. Il y aura subséquemment un impact favorable sur la productivité. Tout cela aidera à ramener une croissance forte. Le rapport Competitiveness Foresight du National Productivity and Competitiveness Council va aussi dans le sens de l?exploitation de nouveaux horizons.

● <B>Les conditions sont-elles réunies pour stimuler la relance de l?économie sur de nouvelles bases ? </B>

Tout le monde est d?accord sur la nécessité de diversifier la base de l?économie. Il est réconfortant que nous en avons pris connaissance à temps, alors que beaucoup d?autres pays ont tergiversé à l?heure des décisions. Maintenant, c?est le moment de prendre les mesures qui s?imposent pour retrouver une croissance forte dans les années à venir.

Le gouvernement a pris la bonne décision de créer un climat d?investissement business-friendly pour attirer les investisseurs. L?on parle beaucoup du taux d?investissement qu?il faut relever, mais je constate que l?on s?inquiète peu de notre taux d?épargne qui est à un niveau alarmant : 18 % du produit intérieur brut (PIB), soit le taux le plus bas depuis 1984. Il ne faut oublier que c?est l?épargne qui tire l?investissement privé.

Selon un postulat économétrique, un taux élevé d?épargne contribue à augmenter la production par employé sur le long terme. Nous avons connu un taux d?épargne record dans les années 80. Nous étions même à 30 % du PIB à un moment donné. Cela a débouché sur une augmentation de la production par employé.

Un faible taux d?épargne va nous affecter sur le long terme. Le gouvernement ne doit surtout pas négliger cette variable qui est très importante. Il faut qu?il trouve des moyens pour mobiliser plus d?épargne dans l?économie. Il n?y a pas que les dépôts bancaires. Il y a aussi les placements en Bourse. L?avènement de l?Alternative Development Market est un pas dans la bonne direction.

● <B>Quelles sont les chances d?attirer l?investissement étranger en quantité suffisante ? </B>

Nous n?avons pas réussi à attirer un gros flux d?investissement direct extérieur (IDE). Des pays africains avec des conditions économiques nettement moins brillantes que les nôtres ont pu obtenir plus d?IDE que nous. Le niveau d?IDE témoigne de la confiance des opérateurs étrangers dans notre économie.

Si le gouvernement arrive à concrétiser toutes les nouvelles initiatives de développement, il y aura un flux important d?investissement étranger.

● <B>Êtes-vous satisfait que le climat d?investissement s?est amélioré ? </B>

Il y a toujours de gros efforts au niveau du cadre bureaucratique. Beaucoup de nos clients étrangers se plaignent de la lenteur des services, que ce soit pour les permis de travail ou pour les certificats d?investissement. Le système de certification demande à être amélioré sensiblement.

<I>?Un faible taux d?épargne va nous affecter sur le long terme. Le gouvernement ne doit surtout pas négliger cette variable qui est très importante. Il faut qu?il trouve des moyens pour mobiliser plus d?épargne dans l?économie.?</I>

● <B>Le débat ?roupie forte? versus création d?emplois refait surface. Quelle est la meilleure solution pour le pays ? </B>

Il n?y a pas de remède miracle. Même la Chine doit son succès en grande partie à sa politique de taux de change. Le FMI a reconnu que Maurice s?est développée, en partie, parce qu?elle a su jouer avec son taux de change.

Il y a certes un équilibre délicat à maintenir. La Banque de Maurice a pour objectif principal de promouvoir la stabilité des prix. Elle subit de temps en temps la pression du gouvernement et des opérateurs.La Banque centrale doit faire preuve d?economic wisdom et laisser le taux de change, évoluer avec les forces du marché. Le FMI, dans sa public information notice sur Maurice, souligne que la Banque de Maurice ne doit pas trop intervenir sur les open market operations des devises car cela peut mettre de la pression sur nos réserves. La Banque centrale doit intervenir uniquement pour corriger des distorsions jugées sévères.

● <B>Y a-t-il des risques que le pays va vers une récession en tenant compte de la conjoncture actuelle ? </B>

Non. Il n?y a aucun danger de récession. Il y aura des récessions sectorielles. Le textile, par exemple, va connaître une légère contraction cette année-ci, mais la situation devrait se stabiliser dans les prochaines années. L?industrie parviendra à préserver quelque 40 000 à 45 000 emplois principalement dans les segments à haute valeur ajoutée. Je suis confiant que les nouveaux secteurs tels le seafood hub, les technologies de l?information et des communications atteindront leur vitesse de croisière.

Il y a un potentiel énorme dans les services financiers, en particulier dans l?offshore. D?autre part, des opportunités énormes se présentent dans certains créneaux du tourisme, notamment au niveau du tourisme des affaires avec l?organisation des conférences et des salons professionnels. Il y a un gros marché à prendre. Le business tourist dépense cinq à huit fois plus que le vacancier.

Avec toutes ces nouvelles initiatives, il y aura un retour à une croissance soutenue sur le moyen terme. Il faut prendre des décisions immédiatement. Nous espérons que le prochain budget aidera à créer le déclic parmi la population et contribuera à rendre le climat d?investissement plus intéressant. Les conditions sont là. La balle est maintenant dans le camp du gouvernement.

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