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?L?industrie textile s?est rétrécie mais elle s?est aussi renforcée?

8 janvier 2006, 20:00

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● Pourquoi quittez-vous le port franc après avoir occupé pendant près de cinq années le poste de ?Chief executive officer? à Mauritius Freeport Development (MFD) ?

En quittant le groupe Floréal en 2000, après 23 années de carrière dans le textile, je voulais changer de secteur. J?ai été séduit par le port franc, qui a pour mission de transformer Maurice en une plateforme économique pour la grande région entre l?Afrique, l?océan Indien, l?Asie et l?Australie.

Quand j?ai accepté le poste de CEO de MFD, mon principal défi consistait à améliorer le taux d?utilisation des 32 000 mètres carrés d?entrepôts que représentaient alors la Phase I de MFD. C?était un défi commercial qui consistait à expliquer et à vendre le concept du port franc.

Aujourd?hui, après mûre réflexion, je me suis rendu compte que la stratégie commerciale du port franc vise surtout la grande région entre l?Afrique, l?Asie et l?Australie, sans oublier Dubayy. Or, il se trouve que pour des raisons familiales et professionnelles je souhaite absolument me rapprocher à nouveau du marché américain en priorité et aussi du marché européen évidemment.

● Peut-on voir une certaine part de déception aussi dans votre décision de quitter le port franc ?

Je suis en quelque sorte déçu que le port franc n?ait pas décollé plus rapidement. Mais je suis satisfait de la tendance très positive des deux dernières années avec, entre autres, le développement rapide du seafood hub qui se pose comme un futur pilier de l?économie. Je suis confiant que c?est maintenant que le port franc va prendre son envol.

La zone franche manufacturière a été créée en 1972 et elle n?a décollé que dix ans après. Les infrastructures de MFD ont été complétées fin 1997 et les portiques du New Container Terminal début 2000. Je pense donc qu?il est normal que le port franc prenne presque autant de temps que la zone franche pour entrer en pleine expansion.

Si le port franc a pris du temps pour trouver ses marques, c?est aussi parce qu?il a fallu changer la stratégie de marketing en cours de route. Le Master Agreement signé par les développeurs et les autorités s?est également avéré contraignant. Cet accord nous oblige à construire de nouveaux entrepôts non pas pour accompagner la demande de nos clients mais selon un calendrier établi d?avance, ce qui implique une charge financière supplémentaire.

Néanmoins, je suis persuadé que le renforcement de l?équipe marketing ainsi que la nomination du nouveau Chief Operating Officer, Dominique de Froberville, permettront à MFD de récolter très prochainement le fruit de tous ses efforts.

● Vous abandonnez donc tout cela pour revenir dans le textile...

Après avoir décidé de quitter MFD, j?ai reçu une proposition très intéressante pour prendre la direction de Denim de l?Ile, qui est un consortium comprenant deux partenaires italiens majoritaires ? Italdenim et Filartex ? et un partenaire mauricien, Ian Espitalier- Noël.

Denim de l?Ile a repris les opérations de Novel. Il s?agit d?un grand complexe industriel de 80 000 mètres carrés, qui abrite sur un seul site une filature, une unité de tissage, une teinturerie et des activités de confection. C?est donc une opération verticalement intégrée.

La filature a été entièrement refaite avec de nouveaux équipements européens. Elle a une capacité de production de 8 000 tonnes de fil par an. Le tissage et la teinturerie peuvent produire plus de 10 millions de mètres de tissus denim par an. La confection produit actuellement environ deux millions de jeans par an.

Notre stratégie est de doubler la production de jeans afin d?utiliser plus de tissus en interne et générer plus de valeur ajoutée. Mais nous aurons toujours suffisamment de capacité pour servir nos fidèles clients locaux tels que Firemount, Palmar et Real Garments.

● N?est-ce pas paradoxal que vous revenez dans le textile alors qu?il est en déclin ?

Je crois toujours que l?industrie textile a un grand avenir. L?industrie s?est rétrécie avec le départ massif des entreprises hongkongaises mais en même temps, elle s?est renforcée avec des investissements importants consentis par des groupes mauriciens. S?ils continuent à investir, c?est qu?ils croient en l?avenir de leurs entreprises et ils se donnent ainsi les moyens de lutter contre les grands fabricants du monde entier.

Je crois aussi beaucoup dans des partenariats à l?image de Denim de l?Ile. Ce partenariat entre Maurice et l?Italie est un modèle de la stratégie à suivre pour préserver l?avenir de l?industrie du textile-habillement. Nous avons réussi à convaincre de très grands producteurs italiens à venir prendre la place des hongkongais. Ce passage de témoin est un symbole très fort. L?Italie est le leader mondial de la mode, de la qualité, de la technique et de l?innovation. Il faut multiplier ce genre d?initiatives et inciter d?autres producteurs italiens ou européens à investir dans l?industrie textile à Maurice.

● Pourquoi les producteurs textiles européens viendraient-ils à Maurice ?

Les Italiens partenaires de Denim de l?Ile ont trouvé à Maurice un partenaire idéal. Nous ne leur garantissons pas les coûts les plus bas mais une expérience de trente années de textile, une qualité de main-d?oeuvre formée et malgré tout compétitive qui maîtrise parfaitement les techniques de production.

Maurice a une bonne connaissance du marché et est très pointue au niveau du marketing. Il y a aussi une très grande facilité dans la communication. De notre côté, nous obtenons des capitaux étrangers, une technique de pointe, une méthode de production, une discipline et une rigueur et aussi une réputation au niveau international. C?est un win-win partnership.

● Malgré votre optimisme, force est de constater que les exportations de textile se sont contractées de 17 % au cours des trois premiers trimestres de 2005 ?

Cette baisse est essentiellement attribuable à la diminution des exportations sur le marché américain à cause du départ des hongkongais. La part que représentent les Etats-Unis dans les exportations de textile du pays est passée de 29 % en 2002 à 23 % en 2004 et va chuter encore à 21 % en 2005. En valeur, nos exportations sur le marché américain sont passées de Rs 9,5 milliards en 2002 à environ Rs 6 milliards en 2005. Par contre, les exportations progressent de 6,5 % sur le marché européen.

Il est donc clair que la priorité est de retrouver notre place sur le marché américain. Il nous faut revenir à une situation, où ce marché représente 30 % ou plus de nos exportations. Avec ses 280 millions d?habitants, les Etats-Unis sont le plus grand marché du monde et celui qui possède le plus grand pouvoir d?achat.

Pour reconquérir des parts de marché, il faut assurer une présence constante et faire un énorme effort de marketing. Il ne faut pas viser les grands discounters mais plutôt cibler l?immense marché du moyen de gamme et, si possible, atteindre le haut du moyen de gamme.

● Outre les partenariats et une stratégie ciblant le moyen de gamme, qu?est-ce qui peut sauver l?industrie du textile-habillement ?

Notre principal problème, c?est la distance trop grande par rapport à nos principaux marchés. Nous jouons dans la ligue des circuits longs avec des pays comme la Chine, le Bangladesh, le Cambodge. Nous devrions changer de division pour jouer dans la ligue des circuits courts où nous retrouvons des pays tels que la Turquie, le Mexique et l?Europe de l?Est.

La seule façon de nous rapprocher de nos marchés, c?est d?utiliser le fret aérien ou une combinaison de fret aérien et de fret maritime qui permettrait de réduire énormément les délais de livraison. En un mot, qu?est-ce qui peut sauver le textile ? C?est l?avion.

Propos recueillis par Stéphane SAMINADEN

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