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Lettre ouverte à qui n’aime pas Vaco !

17 décembre 2005, 20:00

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Au plus infortuné des Mauriciens. Plus malheureux que toi, tu meurs ! Il paraît que tu n’aimes pas la peinture de Vaco Baissac. Qui pourra te consoler, toi, le plus malheureux des hommes ? Ne sais-tu pas, ne comprends-tu pas que tu te prives d’une source d’illumination bénéfique. Une partie de ta maison, de toi-même, part en fumée et hop ! tu contemples une reproduction d’une œuvre de Vaco et voilà le soleil de retour dans ta vie. Voilà un feu d’artifice aux mille couleurs qui te redonnent de l’énergie. Que demander de plus à une peinture-amie ? D’autant plus qu’elle s’expose à l’école des Beaux-Arts de l’institut Mahatma-Gandhi.

<B>Vaco nage dans la facilité !</B>

Et alors ! Pourquoi la peinture doit-elle s’embarrasser de tristesse et de morosité. Sa facilité est d’ailleurs apparente. Elle est le fruit de quinze années d’études, suivies de trois décennies et demi de dessin et de peinture. Le coup de crayon et la sûreté du trait s’acquièrent par un entraînement incessant. Ils sont l’équivalent des gammes chez les grands musiciens. Les grands artistes occidentaux se comptent par milliers, mais il n’y a qu’un Jean Cocteau, qu’un Picasso, pour la sûreté du coup de crayon, le seul trait possible entre la lourdeur, la gaucherie, la disgrâce, la déformation, la défiguration.

<B>C’est une peinture stylisée…</B>

Mais pas stéréotypée. Chaque trait, chaque geste a une grâce qui lui est propre. C’est cette répétition de réussites qui peut engendrer une uniformisation mais dans l’excellence, dans la perfection parce qu’elles sont toujours le fruit d’une recherche incessante, l’enfant d’une obsession constante à concentrer dans un trait l’insaisissable beauté intérieure de toute créature. Le dessin et la peinture de Vaco peuvent paraître faciles parce qu’ils se construisent à partir d’un élan mystique autour duquel tout s’articule dans un seul but : restituer sur toile un concentré, trié sur le volet, de toute la beauté naturelle qui nous entoure.

Il y a toujours une architecture savamment esquissée que viennent épauler les tonalités monochromes ou polychromes, multipliant à l’infini les rayons lumineux que dégage l’ensemble. La facilité ? On a dit la même chose à Christophe Colomb, mais à son retour d’Amérique. Il a alors demandé à ses détracteurs de faire tenir un œuf à la verticale. Impossible à réaliser, lui a-t-on répondu. Il écrase alors une des extrémités de l’ovale de l’œuf et fait tenir debout ce dernier. Il suffisait d’y penser. Tout est facile quand un génie pense à quelque chose pour l’humanité. Dans le domaine de l’Art, la facilité demeure la chose la plus difficile à acquérir.

<B>Toujours cette peinture-vitrail…</B>

Et alors ! Le vitrail est un prisme magnifiant le passage de la Lumière que tamisent des espaces de différentes couleurs. Vaco réussit l’exploit de réussir un effet-vitrail par le seul éclat de sa façon de peindre ce qu’il veut peindre.

<B>Ça fait chapelle…</B>

Rien n’interdit un vitrail profane pour illuminer une baie vitrée, une fresque éclairée de l’arrière, dans un lieu public. Il fait ce que les autres hésitent encore à faire. Et si quelqu’un s’agenouille devant un vitrail profane de Vaco, il témoignera que le respect qu’impose une œuvre est plus grand que l’on pense.

<B>Vaco abuse de la gamme inépuisable des couleurs.</B>

Soyons sérieux. Ses toiles sont autant monochromes que polychromes. Elles sont volontiers uniformément ou presque vertes, bleues, rouges, jaunes ou ocres. Mais comme il n’a pas son pareil pour doser les tonalités et les teintes, ses toiles, mêmes monochromes, donnent toujours l’effet d’un festival de couleurs, une explosion de joie contemplative, la satisfaction de savoir intimement que le monde dans lequel nous vivons est beau, esthétiquement harmonieux, édéniquement cohérent et homogène pour peu que nous sachions le voir avec un regard aussi artiste que celui de Vaco Baissac.

Nul ne parvient avec autant, non de facilité, mais de maîtrise que lui à jongler avec les nuances d’une même couleur. Il faut y voir une économie de moyens, une volonté d’esquisser seulement l’essentiel qui demeurent le signe distinctif des peintres les plus talentueux et les plus habiles. Le vert chez Vaco va du jaune serin au bleu nuit tout en demeurant vert.

Le bleu pâle des fleurs blanches plantées dans la chevelure de la vahiné bleu roi est d’une blancheur d’un clair de lune aussi beau que celui qui illumine présentement nos soirées mauriciennes. Ses toiles en rouge sont à elles seules des flamboyants en pleine floraison, même si elles décrivent diverses scènes de la femme au foyer ou dans ses œuvres, loin de tout « dais d’arbres tout empourprés ».

Le sari vert est un chef-d’œuvre de composition architecturale et de symphonie de dégradés. Les voiles transparentes dont Vaco entoure la Femme, qu’il ne cesse de peindre sous ses facettes immortelles, sont autant de halos de tendresse de notre Botticelli.

<B>Parlons-en des femmes peintes </B>

par Vaco. On ne fait pas mieux comme poupées Barbie.

Erreur fatale. La poupée Barbie n’a pas d’âme. Elle n’est que poupée. Il faut la vêtir et lui multiplier les accessoires pour tenter d’en faire une image, pour espérer lui donner une signification. Nul besoin chez Vaco de cacher ce corps féminin car il est expressif par toutes ses fibres.

La femme peinte par Vaco vit, vous regarde, plante son regard dans le vôtre, communique avec vous, vous parle, raconte son besoin de tendresse, partage ses sentiments, vous confie ses attachements. Elle n’est jamais sexy ni encore moins aguichante. Elle est éminemment sensuelle jusqu’au bout des lèvres qu’elle a gourmandes. Vaco ne peint pas des pépées ou des nanas mais des déesses.

<B>Elles se ressemblent toutes.</B>

Erreur. Il suffit de comparer n’importe laquelle à une de ses sœurs, prises au hasard, pour qu’éclatent des différences. Chaque femme peinte porte en elle ses propres empreintes digitales, ses propres spécificités. Comparez, par exemple, le nez d’une Mauricienne à celle d’une vahiné. Ici Vaco peint la mélancolie et là la joie de vivre, ici la prostration et là une rêverie, ici une offrande et là un sacrifice, ici une maternité et là un acte d’amour.

La femme bénéficie de la peinture sculpturale de Vaco. Pas d’aplats ou presque, mais des surfaces colorées, travaillées. Au couteau, au pinceau, au grattoir, au lavage, peu importe. La peinture chez lui a sa propre consistance. Elle court le long des gestes inachevés de la femme qu’il peint. Elle jongle avec les aspérités, les gouttelettes. Sa peinture faite d’airain dépoli nous renvoie vers Rodin. Sa peinture est aussi patinée que ses sculptures.

<B>Il ne se renouvelle pas.</B>

Son voyage dans les Mers du Sud s’inscrit en faux contre cette assertion.C’est une peinture carte postale.Prenons cette remarque pour un compliment. Vaco a tellement magnifié et illuminé les paysages et les objets-symboles de Maurice que nous ne pouvons plus les voir sans revenir d’instinct à son travail de sublimation, comme nous ne pouvons nous empêcher de préférer le Montmartre de Maurice Utrillo aux cartes postales illustrant cette butte parisienne, comme nous préférons les bords de la Seine de Bernard Buffet ou de Jacques Prévert aux cartes postales, comme nous prions plus facilement devant un Christ de Rouault que devant un plâtre de Saint-Sulpice.

« Tu perds ton temps. Il n’existe pas quelqu’un ne pouvant pas ne pas apprécier les œuvres de Vaco », me murmure mon épouse, lisant par-dessus mes épaules. Si elles étaient nulles, le Musée Véra de Saint-Germain-en-Laye, la présidence belge de l’Union européenne ne les auraient pas réclamées pour les exposer.

Fin donc du cauchemar. Vaco n’a pas de détracteurs. Il ne peut en avoir.

L’île Maurice est aussi un jardin d’Éden et Vaco Baissac est son peintre, digne de sa beauté multiforme.

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