Publicité

Une pétarade terrorise nos parlementaires

11 décembre 2005, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Au début de décembre 1980, l?Assemblée législative connaît un moment de forte émotion qui bouscule considérablement le ronronnement habituel des travaux parlementaires. Se pose aussi et une fois de plus la question de l?utilité ou non d?une sécurité renforcée à l?hôtel du gouvernement et ailleurs.

Au moment où? éclate l?incident-pétarade, le Premier ministre, Sir Seewoosagur Ramgoolam, discourt justement sur la nécessité d?adopter une loi anti-hijacking, prévoyant de sévères peines d?emprisonnement à tout pirate de l?air se réfugiant à Maurice. Il s?arrête pourtant, interloqué en pleine péroraison, car sa voix, déjà inaudible ou presque, est couverte par une pétarade particulièrement déplacée au milieu du décorum parlementaire. SSR demeure très gaullien en la circonstance, se contentant d?attendre, toujours debout et immobile, que l?ordre soit rétabli pour qu?il puisse reprendre son discours, alors qu?autour de lui c?est la débandade générale, le sauve-qui-peut, des députés essayant même, à quatre pattes, de gagner prudemment la sortie.

Peu à peu le calme se rétablit et on apprend que les policiers, présents à l?hôtel du gouvernement, sont parvenus à arrêter l?auteur de la pétarade. Ils l?interrogent au poste, situé à l?entrée de l?hôtel du gouvernement. Les parlementaires regagnent leur siège respectif. Il n?y aura pas décompte des voix, permettant de savoir qui l?emportent en nombre entre ceux, se posant en aspirants martyrs prêts à donner leur vie pour que la démocratie règne toujours malgré les risques inhérents, et ceux, pleurnichant à qui mieux mieux que leur sécurité n?est pas suffisamment protégée quand ils posent leur honorable séant sur un des maroquins de l?auguste hémicycle.

Les langues commencent à se délier. On apprend ainsi que l?auteur de la pétarade intempestive n?est pas tout à fait sain d?esprit. Ce jeune homme est connu pour ses travaux et recherches sur la langue créole et sur les moyens de la promouvoir. Il compte à son actif plusieurs publications et même un dictionnaire de la langue créole. Il souffre toutefois de paranoïa et se plaint d?être persécuté par des personnes cherchant à faire obstacle à ses efforts pour promouvoir la langue créole.

Il prend place dans la galerie du public à l?Assemblée législative, le 9 décembre vers 14 h 15. Il sait qu?il y a un contrôle policier à l?entrée et prend soin de cacher des paquets de pétards dans ses? chaussettes. Il est aussi un fonctionnaire d?autant plus connu des services de sécurité qu?il assiste régulièrement à des séances parlementaires.

Au moment de la présentation de la loi anti-piraterie aérienne, on le surprend en train de marmonner et de réciter des textes religieux. Il se lève soudain, sort la filoire de pétards dissimulés dans ses chaussettes, met le feu aux poudres et envoie le tout en direction de l?espace réservé aux honorables membres de l?Assemblée législative. La pétarade tombe au milieu de la galerie des invités de marque, heureusement vide à cette heure suivant le déjeuner. La panique s?installe dans l?enceinte parlementaire. Le lanceur de pétards en profite pour prendre la poudre d?escampette. Mais c?est compter sans les braves pandores de service qui lui mettent la main au collet et le conduisent manu militari au poste de police. Du renfort est demandé. Des S.S.S. font irruption de partout. Par mesure de prudence, les services de sécurité ferment les portes donnant accès à l?hôtel du gouvernement. La situation ne tarde toutefois pas à se décanter au fur et à mesure que la police se rend compte qu?elle a affaire à quelqu?un pas tout à fait sain d?esprit.

Au sein de l?Assemblée, la confusion et le tumulte sont à leur comble. Le Premier ministre debout, stoïque mais sans voix, paraît quelque peu dépassé par les événements. Des députés jugent toutefois l?affaire suffisamment grave pour poser à qui de droit la question de la sécurité des représentants du peuple de Maurice dans l?enceinte parlementaire. Et ce n?est pas Mme Maya Hanoomanjee, récemment interpellée plutôt violemment, dans les couloirs de l?Assemblée, sur les raisons d?une de ses interpellations, qui leur donnera tort. Du côté travailliste, on évoque volontiers la présence envahissante de partisans mauves alors que Paul Bérenger discourt sur l?affaire Sheik Hossen. Dans le camp adverse, on évoque ce ministre osant siéger au Parlement sans avoir laissé au vestiaire l?arme à feu sensée assurer sa sécurité. Prudemment, le speaker fait savoir à son petit monde qu?il attend les conclusions de l?enquête policière avant de prendre position à ce sujet et donner son ruling.

Les journaux, rapportant cette pétarade intempestive, ne précisent pas si elle favorise ou non un consensus en faveur de l?adoption au plus vite de la nouvelle législation anti-piraterie aérienne.

Publicité