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Le prix du papier journal s?envole

12 décembre 2005, 00:00

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Une crise sans précédent. Le prix du papier journal est sur courbe exponentielle. Cette matière première se fait rare dans la région. Et le recours à des fournisseurs inhabituels et éloignés plombe davantage les coûts opérationnels.

Le papier journal représente entre 25 % à 30 % des coûts de production. Le prix a augmenté de 30,5 % pour passer à 620 dollars la tonne en 2005 (voir graphique). Les perspectives en 2006 ne sont guère reluisantes, le prix continuant à grimper.

Plusieurs facteurs se chevauchent pour influer sur un prix élevé à la tonne : une consommation en hausse dans le marché domestique sud-africain, d?où Maurice importe normalement son papier, et la forte demande venant de la Chine et de l?Inde. Aucun fléchissement ne se profile à l?horizon, commentent des spécialistes. Au mieux, le prix fort se stabiliserait.

Jusqu?ici, les entreprises de presse s?approvisionnent auprès de deux importateurs traditionnels : MWT Paper Processing et Raffray Brothers, qui commercialisent les marques Sappi et Mondi de l?Afrique du Sud. Mais ces producteurs ont opté récemment pour la vente de la totalité de leur production sur le marché domestique en forte croissance.

Olivier Montocchio, directeur général de Raffray Brothers explique : ?Maurice cherche toujours à négocier ses importations à des prix les plus bas possibles. Puisque le producteur obtient un meilleur prix au niveau domestique, il existe un manque de motivation à exporter vers Maurice.? D?autant plus que le volume d?importation de Maurice n?est pas jugé aussi important.

Quant à la Chine, elle a réduit ses exportations drastiquement afin de répondre à ses besoins domestiques. Du coup, elle éponge les productions étrangères. Selon le premier producteur mondial, le Norvégien Norske, la Chine a enregistré une croissance de 3,5 % pour les neuf mois de 2005 alors que l?Inde a frôlé la barre des 10 %. La consommation augmentera en Asie, excluant le Japon, à la suite de l?amélioration dans le niveau de vie et d?éducation.

Du coup, Maurice se tourne vers d?autres sources d?approvisionnement qui sont bien plus éloignées. Olivier Montocchio souligne que le fret devient par conséquent une lourde charge financière. ?Le coût du fret entre l?Indonésie et Maurice est supérieur de 100 dollars la tonne par rapport à l?Afrique du Sud?, souligne le directeur général de Raffray Brothers.

Femi Publications, propriétaire/imprimeur du Défi Plus, explique que face à la tendance, ses frais de production sont sévèrement touchés. Il en est de même pour une série d?hebdomadaires ?Afin de minimiser l?impact, le groupe a décidé de se tourner vers des sources indiennes et taïwanaises en passant par la filière MWT?, explique Patrick Adakalum, responsable de production chez Femi Publications.

?Les délais de livraison sont plus longs?

Dans les milieux de la grande presse, l?on ajoute que ?quand nous nous tournons vers des sources russe et indonésienne, nous sommes contraints de casquer davantage pour le fret. Les délais de livraison sont plus longs. Les lignes maritimes sont irrégulières. Nous sommes forcés de constituer un stock plus important?.

En temps normal, une entreprise de presse se constitue un stock pour un trimestre. Dans la conjoncture actuelle, elle en commande pour six mois. Femi Publications s?est de son côté constitué un stock de six mois à travers des fournisseurs traditionnels. ?Le fait de doubler le volume équivaut à casquer davantage pour les services d?entreposage déjà coûteux?, ajoute Teddy Wan, directeur financier du groupe La Sentinelle, propriétaire-imprimeur des titres l?express, l?express-samedi, 5-Plus, l?express-dimanche et lékip.

Un directeur de presse confirme qu?il s?agit d?une ?vraie crise?. Et dit même jouer juste dans la gestion de son stock. Il préfère importer par petits lots pour combler ces commandes qui n?ont pas été respectées jusqu?ici.

Des marchés arrivés à maturation

Sur le plan international, la consommation est en baisse. Norske indique que la demande a chuté de 3,3 millions de tonnes depuis 1997 en Amérique du Nord. Aux Etats-Unis, qui s?octroient 30 % de la production mondiale du papier journal, les principaux titres de presse ont vu leurs finances touchées par la hausse du prix de cette matière, allant même jusqu?à réduire le personnel, à l?instar du New York Times, le Los Angeles Times et Chicago Tribune.

Cette crise de papier, avec l?augmentation de prix, se développe alors même que, sur le plan international, la production est en baisse. Un constat que confirme le Pulp and Paper Products Council. En effet, des unités transformant la pâte à papier se reconvertissent dans d?autres segments à valeur ajoutée. ?Les marchés de l?Amérique du Nord, de l?Europe de l?Ouest et du Japon sont considérés comme étant arrivés à maturation, avec peu de croissance attendue dans le long terme?, explique la Newsprint Papers Association, qui regroupe 23 producteurs de l?Amérique du Nord, sur son site.

Mais réduire sa production revient à plonger dans un cercle vicieux avec des coûts de transformation, tels l?énergie et les produits chimiques, élevés. Des pays comme Maurice payent cher leur consommation. Une grande question se pose : jusqu?à quand les entreprises de presse pourront-elles vendre leurs produits au prix actuel ?

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