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La naissance d?une nation racontée

7 décembre 2005, 20:00

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De la lave humaine en fusion. Toute prête à déchirer l?écorce terrestre de nos préjugés. Tel un explorateur armé de sa seule plume, Jean Claude de l?Estrac s?avance au bord du cratère. Sonde le gouffre du temps de 1810 à 1968. Celui qui s?ouvre avec La période anglaise, pour culminer avec l?émergence d?une nation.

Filet de sécurité de l?auteur : ?raconter? l?histoire sans chercher à ?prouver? quoi que ce soit. Jean Claude de l?Estrac reprend l?aventure entamée l?an dernier. Pour livrer Mauriciens, enfants de mille combats.

Le deuxième tome de la trilogie a été lancé hier par Raouf Bundhun, vice-président de la République. Critique, dont l?attention a été retenue par la ?minutie scientifique, loin des simplifications abusives et des non-dits honteux. Jean Claude de l?Estrac nous présente une synthèse dépassionnée d?une tranche importante de notre histoire.?

Tout part d?un paradoxe. Celui des ?colons français se réjouissant de l?arrivée des vainqueurs britanniques?. Fil conducteur à suivre en douze chapitres.

Forte de son statut de préfacière, Vijaya Teelock de l?université de Maurice, historienne et présidente de l?Aapravasi Ghat Trust Fund, a partagé ses réflexions sur la lucidité de l?historien. La sienne l?a poussée à écrire : ?Le passage d?une politique élitiste à la politique de masse, l?auteur le raconte sous l?angle des confrontations qu?il a engendrées. Il semble privilégier une interprétation ethnique de l?évolution politique plutôt qu?une analyse basée sur la classe sociale, bien qu?il soit difficile, à Maurice, de parler de l?une sans aborder l?autre.?

Complexité corroborée par Christophe Vallée, professeur de philosophie. ?Le livre nous montre comment les Anglais ont utilisé le système de castes pour mieux régner (?) Tout le mérite du livre est de montrer l?alliance de sérieux, de tragique et d?espérance dans l?Histoire de Maurice.?

Essence humaine confrontée à celle des systèmes. Celui de l?esclavage qui tire à sa fin. Celui de l?engagisme qui a faim de bras pour labourer les champs de canne. De leur formidable ascension jusqu?à ?posséder près de la moitié des terres cultivées du pays.?

L?apaisement est à chercher ?tout au long de la période anglaise, (dans les) rivalités de classes, préjugés qui déchirent, désirs de revanche, colère des gens de couleur, Indiens abusés par les Indiens eux-mêmes (?), violences intestines, bataille des intelligences, guerre des femmes, temps des revendications?.

Autant d?intensité n?a pas échappé à Fred Constant, professeur des universités et conseiller culturel à l?ambassade de France. Pour lui, le deuxième tome de la trilogie de de l?Estrac est ?un nouveau roman national,? qui ?évite les fausses lectures naïves?.

Avec pour point de départ sa propre démarche, celle du ?défricheur de l?Histoire?, Yvan Martial, journaliste et historien, a lui reconnu les mérites de celle de son confrère de l?Estrac, qui ?brasse plus large et plus profond (?) pour rendre l?essentiel. Le seul effort demandé au lecteur est celui de tourner la page.?

Celle du premier tome, Mauriciens, enfants de mille races, c?est avec un bonheur non dissimulé que l?auteur continue à la tourner. Ses satisfactions : une seconde édition pour un ouvrage entamé il y a 18 ans et son entrée dans les bibliothèques scolaires.

● Disponible en librairie à Rs 400.

<B>?Vestiges de la vie marronne?

Ils étaient voués à être des meubles. Mais les marrons ont refusé cette disposition inhumaine du Code noir. Ils ont résisté par la fuite. Du ?petit marron? fugueur pour une période de moins d?un mois au ?grand marron?, fuyant le plus longtemps possible les battues des détachements armés, qu?ont-ils légué à notre histoire ?

C?est ce pan de patrimoine qu?éclaire Maroonage and the Maroon Heritage in Mauritius. L?ouvrage, ?uvre d?un collectif d?universitaires et de chercheurs réunis autour de Vijaya Teelock, a été lancé hier par le ministre des Arts et de la Culture, Mahendra Gowressoo.

Publié deux ans après sa conception, il est le fruit des travaux du Maroon History Group, formation qui a vécu de 2002 à novembre 2003. Ce décalage a provoqué l?ire de Prem Mahadeo, actuel directeur de l?Aapravasi Ghat Trust Fund et ancien directeur du National Heritage Fund (NHF). ?Combien de personnes ont eu accès au rapport final du Maroon History Group ? Même ceux qui ont participé aux travaux n?ont pas reçu de copie. Pourquoi ? C?est inacceptable.?

Son coup de gueule a littéralement éclipsé les autres orateurs, dont Joyce Fortuné, récipiendaire d?une bourse Fullbright, Satyendra Peerthum, de l?Aapravasi Ghat Trust Fund et Robert Auguste, plus connu sous le nom de Moustache, Oral Historian, récemment élu conseiller de Chamarel.

Très remonté contre les divergences de vue entre ?techniciens sur le terrain? et l?ancien conseil d?administration du NHF, Prem Mahadeo a vivement regretté les obstacles à l?avancement du dossier. ?Nous avons visité 99 caves dans toute l?île. Nous y avons trouvé des preuves que des marrons y ont vécu. Nous avons aussi trouvé des ossements de dodo. Où sont conservés tous ces éléments ??

<B>?Quatre endroits spécifiques?

Il a qualifié Maroonage and the maroon heritage in Mauritius d??extrait? du rapport du Maroon History Group. L?ouverture consacrée à Maroonage and Slave Resistance s?appuie sur une analyse du roman Georges d?Alexandre Dumas, signée Amédée Nagapen. Historien qui livre aussi la communication qui clôture le livre : Le toponyme marron.

Véritable promenade à la recherche des ?vestiges de la vie marronne?, Amédée Nagapen soutient que ?seuls ont survécu quelques rares lieux dont le nom a conservé l?épithète marron (?) Les cartes géographiques, à ce jour, localisent quatre endroits spécifiques : Cap Marron , à la pointe nord-est du district de Rivière-Noire, Piton Marron, à l?extrémité nord de la montagne des Créoles, Mare Marron , dans le sud-est, au quartier du Grand- Port et Ruisseau Marron, un affluent de la Rivière-des-Anguilles qui prend sa source à Grand-Bassin.?

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