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Maurice joue sa dernière carte diplomatique sur le sucre

29 novembre 2005, 20:00

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Le lobbying sucrier joue maintenant les prolongations. Maurice n’a pu éviter une baisse drastique du prix du sucre sur le marché européen. Elle tente maintenant d’obtenir des compensations de l’Union européenne (UE) pour pouvoir maintenir l’industrie sucrière sur les rails.

Le gouvernement démarre les consultations au plus haut niveau avec l’UE au sujet des mesures d’accompagnement. Le Premier ministre, Navin Ramgoolam a déjà évoqué la question avec son homologue britannique, Tony Blair, récemment. Le ministre français de l’Agriculture, Dominique Bus-sereau sera en visite chez nous à partir de vendredi pour discuter du dossier de compensation.

Le gouvernement aura également l’occasion d’exposer nos demandes au commissaire européen au développement, Louis Michel, qui sera en tournée à Maurice la semaine prochaine (il participe à la réunion des bailleurs de fonds pour les Comores). “Nous profiterons de ces occasions pour engager des discussions détaillées sur le plan d’action 2005-15 et pour promouvoir notre cas en termes de mesures d’accompagnement”, a indiqué le ministre de l’Agro-industrie, Arvin Boolell, lors d’une déclaration à l’Assemblée nationale hier.

<B>Insatisfaits des promesses de l’UE</B>

Le ministre a énoncé les grandes lignes de la feuille de route pour protéger le secteur sucre des dangers qui le menacent surtout lorsque la baisse deviendra plus aiguë (la réduction se fera par étape : 5 % en 2006-07, =5 % en 2007-08, 15,6 % en 2008-09 et 36 % en 2009-10). Les principales composantes du plan d’action sont en démarchage en vue d’obtenir des meilleures enveloppes d’aide possibles auprès des Européens ; s’assurer que le sucre soit inscrit comme produit sensible à l’Organisation mondiale du commerce; accélérer la réforme de l’industrie sur le plan local ; et concevoir une nouvelle stratégie de marketing pour le sucre qui soit plus adaptée au nouvel environnement commercial.

Jusqu’ici, Maurice et ses partenaires d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) se disent insatisfaits des promesses d’aide de l’UE. Cette dernière propose une enveloppe de 40 millions d’euros (Rs 1,4 milliard) à l’ensemble du bloc ACP pour 2006.

<B>Un traitement plus juste pour les ACP</B>

Les ACP veulent bénéficier du même traitement dont jouissent les territoires ultra-périphériques de l’Europe (les départements d’outre-mer des nations européennes) pour faire face à la baisse des recettes. “Les producteurs sucriers ACP demandent un traitement juste. Nous avons les mêmes contraintes que les régions ultra-périphériques de l’UE. Nous avons vu ce que l’île de la Réunion est en train d’obtenir. Nos besoins ne sont guère inférieurs” insiste le ministre Arvin Boolell.

Les assistances financières seront nécessaires pour compenser le manque à gagner en termes de recettes mais également pour financer la restructuration.

“L’UE doit nous donner les moyens pour la restructuration. La baisse a beaucoup choqué mais c’est du passé maintenant. Il nous faut maintenant regarder l’avenir. Il faut avoir les moyens nécessaires pour s’en sortir”, affirme Patrice Legris, le directeur de la Mauritius Sugar Producers Association (MSPA).

Pour les sucriers, il y a urgence. La restructuration (qui inclut des coûts sociaux substantiels avec notamment les départs à la retraite volontaire) et la modernisation nécessiteront des investissements de l’ordre de Rs 23,5 milliards sur les dix prochaines années Mais avec la baisse de recettes, l’industrie ne sera pas en mesure de mettre de côté de tels montants pour effectuer ces investissements.

Les producteurs demandent à ce que les éventuels fonds pour la modernisation soient déboursés en amont. “L’industrie sucrière est déjà endettée à la hauteur de Rs 5,5 milliards avec le Volontary Retirement Scheme (VRS) et le Blueprint. Nous aurons besoin de Rs 7 à 8 milliards durant les prochains quatre ans pour financer les projets de mécanisation et une autre phase de VRS. Nos plans sont prêts mais nous attendons un engagement ferme de l’UE avant de les mettre en pratique”, affirme Patrice Legris.

Pour ce dernier, la politique de prix pratiquée jusqu’ici en Europe a favorisé le développement des coûts sociaux au sein de l’industrie sucrière. Toute la question devra être revue à la lumière des récents développements.

Chez les petits planteurs, le gouvernement entend promouvoir de manière plus agressive le regroupement en vue de réduire les coûts des opérations. Ils seront également encouragés à participer dans l’exploitation commerciale des produits dérivés de la canne, dont la production de l’énergie à partir de la bagasse et la fabrication de l’éthanol, entre autres.

L’encadrement institutionnel de l’industrie sucrière est également appelé à connaître des mutations. “Il faut rendre les agences de soutien au sein de l’industrie plus efficientes et plus efficaces. Il y a déjà eu une réflexion pour réduire le montant du cess (une contribution des producteurs pour financer les institutions sucrières)”, explique Jean-Claude Hoareau, administrateur de Mon Désert Alma.

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